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Kiosque arabe

La libido traitée par le biberon !

Publié par Ahmed Halli
le 16.07.2018 , 11h00
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Il existe dans le code pénal égyptien un article, le 98 précisément, qui punit les atteintes aux religions, notamment la critique du fait religieux et le blasphème. Introduit à l'époque de Sadate, cet article avait pour but, selon ses initiateurs, de mettre fin aux attaques contre les Coptes. Dans les faits, cet article n'a jamais découragé les attaques verbales et physiques contre les chrétiens d'Égypte, régulièrement malmenés dans les minbars et sur les plateaux de télévision. La loi sur «les atteintes aux religions» n'a jamais réellement servi à protéger les Coptes contre les imprécateurs islamistes, qui continuent à faire entendre leur discours de haine. Au contraire, l'article 98 a même été utilisé contre des Coptes, comme à Minieh, en 2016 où des jeunes chrétiens avaient été condamnés pour une vidéo caricaturant la prière des musulmans. Cependant, on s'est aperçu, au fil de l'expérience, que ce sont les intellectuels qui en ont le plus pâti, après leurs critiques contre l'influence grandissante des hadiths au détriment du Coran. Quant aux prédicateurs intégristes, comme le cheikh d'Al-Azhar, Abdallah Rochdi, et d'autres âpres vociférateurs, comme Salem Abdeldjalil, ils sont rarement inquiétés. Pour avoir jeté l'anathème sur les Coptes, Rochdi et Abdeldjalil sont poursuivis, en vertu de l'article 98, mais toujours pas condamnés.
Constatant avec dépit qu'il y a longtemps qu'on n'avait pas tué de Copte en Égypte, et quasiment assuré de l'impunité, Abdallah Rochdi a relancé la controverse sur la mécréance des Coptes. La semaine passée, il a, encore, traité ses concitoyens chrétiens de «kouffars», appelant implicitement à les isoler et à les combattre, comme si la survie de l'Islam était en cause. C'est sur le plateau de la télévision Al-Kahéra Oual Nass, et lors d'un débat contradictoire, modérément animé par la star de la chaîne Besma Wahba, que Rochdi a lancé son nouvel anathème. Devant la violence du propos, et en signe de protestation devant ces attaques directes dirigées contre les Coptes, deux des invités au débat ont quitté le plateau de télévision. Les propos de Rochdi ont d'autant plus choqué qu'ils ont été tenus sur une chaîne qui avait accueilli, un certain temps, de grandes figures médiatiques, comme Ibrahim Aïssa et Islam Behaïri. C'est sans doute parce qu'ils n'y sont plus que les responsables de la chaîne ont voulu rehausser leur audimat, en accueillant, en connaissance de cause, un homme aussi sulfureux que Rochdi. Réaction indignée de l'écrivain et polémiste libéral Khaled Mountassar(1) qui a reproché au patron de la chaîne, Tarek Nour, de transformer sa chaîne en "fourre-tout médiatique».
Au lieu de s'excuser, notamment auprès des Coptes d'Égypte, de la violence du discours proféré sur sa chaîne, Tarek Nour a surpris en portant plainte pour diffamation contre Khaled Mountassar. Contrairement à son habitude, la justice égyptienne a agi avec une rare célérité, et ce dernier a été convoqué avant-hier par un tribunal du Caire, où il a été entendu puis relaxé. Bien entendu, Khaled Mountassar a reçu le soutien de diverses personnalités du monde des lettres, des arts et du spectacle, notamment de l'actrice Hala Sidqi et de l'ancien ministre de la Culture, Djaber Asfour. Celui-ci s'est étonné qu'un homme de télévision qui a accueilli, par le passé, un penseur comme Islam Behaïri et lui a offert une tribune puisse s'en prendre à Khaled Mountassar. S'adressant directement au propriétaire d'Al-Kahéra Oual Nass, l'ancien ministre lui a affirmé qu'il n'avait aucune chance de gagner son procès et qu'il partait perdant d'avance. Quant à l'intellectuel Mountassar, pourfendeur des charlatans religieux, il poursuit allègrement à la télévision et sur sa page Facebook sa campagne de démystification du pseudo-miracle scientifique du Coran. Il cible principalement les émissions et conférences diffusées dans le monde arabe et musulman par l'imposteur Zaghloul Al-Nadjar, propagateur efficace de l'ignorance sacrée.
Si vous allez sur sa page Facebook, vous trouverez une illustration exposant un hadith plus que douteux mais utilisé sans vergogne par le «douktour» Zaghloul et un conseil de santé publique. La première image est celle du fameux hadith, dit de la mouche tombée dans votre pot, affirmant les bienfaits d'une des ailes du volatile et les maux contenus dans l'autre aile, sans autre précision. Le second, réellement scientifique, vous prévient contre les virus véhiculés par les insectes volants et déconseille d'offrir l'asile à un «shukunguua», parrainé par le «douktour» Zaghloul. Dans le même ordre d'idées, notre écrivain (coauteur d'un ouvrage collectif sur les méfaits du wahhabisme), a relancé la polémique sur l'allaitement des adultes. La controverse n'est toujours pas éteinte, comme devrait l'être la libido des vieux théologiens, ceci quatre ans après le lièvre soulevé par une sommité d'Al-Azhar sur un hadith qualifié d'authentique. Celui-ci recommandait aux femmes pieuses, désireuses d'engager un majordome, de lui donner le sein, avant de le laisser entrer, faisant de lui l'égal d'un fils qu'elle aurait allaité. Jusqu'ici, aucun théologien n'a osé jeter ce «hadith» aux oubliettes, comme l'ont été d'autres aussi incongrus mais pour couper la poire en deux, certains «savants» ont inventé la théorie de la tétine.
Il ne sera donc pas question de laisser un adulte téter le sein d'une femme, mais de «traire» celle-ci et de remplir un biberon ou une tétine de ce précieux liquide, puis de le faire boire à l'intéressé. Autrement dit, la prescription est désormais de traiter la libido par le biberon !
A. H.

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