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Rubrique Kiosque arabe

Pourquoi ont-ils tué Hind Radjeb ?

Vu, et mémorisé à jamais, sur les chaînes de télévision ce samedi matin 10 février 2024, au quatrième mois de la guerre vengeresse et cruelle que mène Israël contre le peuple de Ghaza: une chaîne satellitaire arabe fait état d'un drame, à l'intérieur du drame palestinien, à savoir la fin tragique d'une petite fille de Ghaza, Hind Radjeb, découverte sous les décombres de sa maison. Depuis une dizaine de jours, on était sans nouvelles de la fillette, mais samedi matin son corps meurtri, ainsi que ceux de cinq membres de sa famille, a été découvert enseveli sous les gravats. Comparée au sort tragique de quelque 14.000 enfants palestiniens, tués par les bombes israéliennes, la disparition de Hind peut paraître anecdotique, alors qu'elle a incarné l'espoir. Elle a été un symbole d'espoir pour le million et demi de Ghazaouis qui se sont passionnés pour son sort et ont attendu qu'elle réapparaisse, sans se soucier du fracas de bombes. Changement de décor : une chaîne française qu'il est superflu de nommer, tant elles se ressemblent toutes depuis le 7 octobre 2023, diffuse un document de propagande en faveur d'Israël. Il s'agit d'une évocation de la «Shoah» et de la montée de l'antisémitisme, compris comme la haine du Juif, dont la droite française se défroque et se disculpe en soutenant à fond Israël.
Hind Rajeb ? Connais pas ! Les images affluent et les enfants et les petits-enfants des auteurs et complices des rafles du «Vel d'hiv», pour ne citer que cette abomination, redonnent de la voix, pour étouffer Ghaza. Tous les nostalgiques de «L'Algérie de papa» se découvrent un amour soudain, voire une passion pour Israël, et substituent à leur millénaire phobie une toute nouvelle, celle des Arabes. Enfin, certains Arabes, ou supposés tels. On fait comme si l'évocation de la «Shoah» et des inscriptions nazies sur les murs pouvaient camoufler les images des destructions, et des meurtres actuels commis par Israël à Ghaza. Des crimes de guerre, puisqu'il faut les appeler ainsi et puisque le mot génocide ne résume que les malheurs du peuple juif, et que le génocide n'existe pas quand il touche des Palestiniens. Lorsque des dizaines de milliers de Palestiniens périssent sous les bombes, on peut tout juste évoquer des éléments pouvant concourir à un génocide, Ghaza ne perd rien pour attendre ! On est, en quelque sorte, dans l'antichambre du génocide, ce n'est pas moi qui le dis, mais relisez les attendus et les conclusions de la Cour internationale de justice (CIJ). Ainsi va ce monde : il n'est pas comme on le voudrait, et la compassion tardive de certains Européens, sur les traces de Biden, ne nous fera pas oublier ce qu'ils ont fait.
Mais comment expliquer ce soutien constant des États-Unis et de leurs alliés européens à Israël, un soutien qui va jusqu'à fermer les yeux sur les crimes de son armée et de ses colons ? Avec plus de froideur, l'homme politique et polémiste tunisien, Mohamed Hachemi, tente de répondre, en partant de deux récits très répandus chez les Arabes, à savoir : Israël est le bras colonialiste de l'impérialisme américain, occidental et sioniste qui projette de démanteler les États arabes et de s'emparer de leurs richesses. Ce récit est celui des forces de gauche, de certaines élites au pouvoir et de nationalistes, comme les nassériens, les baathistes, les socialistes et assimilés. Le deuxième récit dit qu'Israël est une épine plantée dans le nombril des musulmans par l'Occident mécréant afin d'en finir avec un Islam qui est en mesure de gouverner le monde, quand il est au summum de sa puissance. Ceux qui se réclament de ce récit se trouvent à l'université Al-Azhar, chez les tenants de l'Islam politique et dans les institutions religieuses de tous les pays arabes, sans exception. Ce récit figure dans les programmes des institutions scolaires et universitaires et il est omniprésent dans les journaux et les réseaux sociaux. Mohamed Hachemi est persuadé que 99% des Arabes croient en ces deux récits, basés sur une vision erronée de l'Histoire.
A la place de ces deux visions, et sachant que le sentiment de culpabilité de l'Occident, et de l'Europe en premier lieu, n'explique pas tout, l'auteur avance deux raisons essentielles, et crédibles : la première est que les fondateurs d'Israël ont choisi le camp de l'Occident et son modèle de démocratie. La seconde tient dans les progrès économiques et technologiques accomplis par Israël et qui font de l'État sioniste un partenaire attitré de l'Occident, et un allié, qui contribue à sa civilisation. Un raisonnement qu'il ne faut pas prendre pour argent comptant, mais qui explique en partie les affinités européennes avec un État colonialiste qui a commis autant de crimes, en un laps de temps aussi court. Des affinités que les peuples européens ne partagent pas du tout à voir les manifestations gigantesques qui ont eu lieu aux États-Unis et en Europe pour dénoncer le génocide en cours. Ce sont ces millions de manifestants réclamant la fin des souffrances du peuple palestinien qui nous incitent à croire encore que le modèle de démocratie occidentale est encore viable. Tout comme il faut espérer, pour le bien de l'humanité, que les Américains mettent fin au système injuste qui les gouverne, et qui les somme de choisir prochainement entre la peste et le choléra. L'alternative du diable : Biden et Trump. Et c'est bien l'alternative du diable qui a tué Hind Radjeb.
Nous ne ferons pas l'injure au Président Biden de le traiter de menteur au moment où il déverse argent et armes sur Israël tout en compatissant hypocritement avec ses victimes à Ghaza. Mais que vaut la vie d'une fillette de six ans, enterrée vivante dans sa maison bombardée, et que valent les souffrances de millions de Palestiniens, devant l'envie de rester encore président ?
A. H.

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