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Kiosque arabe

Trump et l'alternative du diable

Publié par Ahmed Halli
le 16.04.2018 , 11h00
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Dans quelques semaines ou quelques mois, après avoir affaibli suffisamment l'armée syrienne et convaincu Poutine, les coalisés vont donner le feu vert pour la contre-attaque décisive. Daesh étant hors jeu, en tant qu'étendard, et ses troupes ayant été réintégrées dans les diverses milices intégristes, c'est la Turquie, déjà présente, qui mènera la contre-offensive terrestre. Objectif : réduire à néant ce qui reste de la Syrie, comme puissance régionale et surtout comme pays qui est encore en guerre avec Israël, que cette guerre soit virtuelle ou intermittente. Pour atteindre cet objectif inavoué, neutraliser et soumettre la Syrie, comme ils l'ont fait pour l'Irak, les puissances occidentales doivent lever le dernier obstacle, l'armée syrienne. Tout le bruit fait autour des armes chimiques présumées, pour utiliser un terme cher aux médias occidentaux et à la chaîne Al- Jazeera, n'est que poudre aux yeux, si j'ose dire. De ce côté-ci de la barrière, on ne croit pas une seconde aux explications tordues d'un pays, les Etats-Unis, qui a déjà menti et qui a de bonnes raisons d'utiliser le mensonge, comme par le passé. Après tout cela, même si les coalisés juraient sur la Thora, l'Evangile et le Coran, en y ajoutant les œuvres complètes et très performantes de Boukhari et Mouslim, personne ne les croirait. Car, même si le proverbe «a beau mentir qui vient de loin» a toujours une place de choix dans nos pays, et face à des peuples formés à toujours croire ce qu'ils ne voient pas, ça ne passe pas. Certes, le mensonge est gros, avec des chances d'être cru selon l'évangile du «Père Goebbels», mais il implique trop de menteurs, en l'occurrence cette coalition des «Trois+trois». Nous avons donc côté missiles et haute technologie le trio Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, et côté argent, et main-d'œuvre, la Turquie, l'Arabie Saoudite et le Qatar. Ces trois puissances régionales sont lourdement impliquées depuis sept ans dans le conflit syrien, elles affichent des divergences, voire des dissensions, mais c'est l'allégeance aux Etats- Unis qui prime. En réalité, la coalition devrait s'appeler «Un+deux+trois», le numéro 1 et chef, Trump, dirigeant la symphonie du mensonge avec l'orchestre et ses instruments exécutant fidèlement la partition. N'oublions pas Israël sans qui rien ne peut se faire dans la région et qui a déjà tenté, mais sans succès, de détruire des cibles militaires syriennes avec son aviation. C'est sans doute l'échec d'Israël à affaiblir le potentiel militaire syrien et le risque de voir ses avions subir de lourdes pertes, du fait des batteries de missiles russes, qui a décidé Trump à intervenir. La volonté américaine de détruire la Syrie, confortée par le bellicisme de ses deux alliés français et britannique, étant établie, la question concerne l'attitude de la Russie : laissera-t-elle le plan aboutir ? Pour l'écrivain irakien Jawad Bashara, la volonté américaine d'en finir avec Assad et avec la Syrie, comme cela a été fait avec l'Irak, mais la Russie ne veut pas lâcher Damas. Pour l'instant, bien sûr, parce que c'est la diplomatie secrète et les canaux de communication qui permettent encore d'éviter un affrontement direct entre les Etats-Unis et la Russie. Ainsi, note-t-il, sans l'accord de la Russie, jamais Israël ne se serait hasardé à envoyer ses chasseurs bombardiers en Syrie, sachant que les S.400 russes sont capables de les détruire en entier. S'il est permis de s'interroger sur les limites du soutien de Poutine à Bachar, il n'y a guère de doute, en revanche, sur la volonté des puissances occidentales de redessiner la carte de la région. Salim Nassar, un chroniqueur du quotidien Al-Hayat, relève le caractère quasi-simultané de la décision américaine d'attaquer la Syrie et de la nomination d'un faucon à la Sécurité nationale. John Bolton que des observateurs placent volontiers à la droite de Trump est un ancien conseiller de l'ancien Président Bush à qui ses opposants ont offert une grenade désarmée à son départ. Quant à l'arme chimique, brandie comme prétexte à l'intervention militaire occidentale, l'argumentation des trois puissances occidentales est vague et pleine de confusion, note Salim Nassar, qu'on ne peut soupçonner de sympathie pour Assad. Il rappelle, à cet égard, que Vladimir Poutine avait assuré à ses partenaires occidentaux qu'il ne permettrait pas à Damas d'utiliser l'arme chimique. De plus, il a demandé à la chancelière allemande, en prévision de la réunion du Conseil de sécurité, l'envoi d'une mission d'enquête sur place, pour établir la réalité des faits. Il l'a également informée qu'il avait lui-même envoyé des experts militaires à Douma, et qu'ils n'avaient trouvé aucune trace de substance chimique sur les lieux. Sur le même registre, et sur le magazine électronique Shaffaf, notre confrère palestinien Hassan Khader se pose d'autres questions. «Pourquoi le monde s'éveille-t-il soudain à l'utilisation de l'arme chimique, pour se rendormir juste après, comme si tuer des gens avec des obus, des balles, et par la faim, n'était pas un crime de guerre ? Et puisque nous en parlons, pourquoi les projectiles que les islamistes lancent sans discernement sur les quartiers de Damas ne seraient pas des crimes de guerre ? Dans ce conflit, la réalité est que les bandes islamistes se sont emparées de l'insurrection syrienne, et l'ont vidée de tout son contenu national et démocratique. Daesh et les milices islamistes intégristes ont étendu leur emprise sur tous les pays où l'autorité de l'Etat s'est affaiblie.» Hassan Khader note, enfin, que ce sont ces bandes islamistes qui écrivent sur tous les murs de Syrie cette proclamation : «Assad aw nahraq albalad » (Assad, ou nous brûlons tout le pays). C'est cette alternative du diable que Trump et sa coalition ont reprise à leur compte, après avoir suspendu la guerre contre Daesh, lâché leurs alliés kurdes d'hier, et laissé Daesh 2 se reconstituer, sous l'égide de la Turquie.
A. H.

 

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