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Le Soirmagazine

C’est ma vie Des voisins envahissants

Publié par Belaïd Mokhtar
le 08.09.2018 , 11h00
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Mes voisins et moi avons tous poussé un ouf de soulagement quand Saïda a décidé de déménager. 
Nous pensions pouvoir enfin retrouver  la quiétude de notre quartier avant son arrivée il y a plus de cinq ans…
Nous lui reprochions d’être trop bavarde, trop envahissante et trop curieuse. Nous ne pouvions mettre le bout du nez dehors sans être accostés et subir un interrogatoire. On attendait,  faut-il l’avouer, avec  une certaine appréhension la venue de nouveaux occupants de l’appartement qui vient d’être libéré. Le jour où un grand camion s’est garé devant l’habitation, nous les vieilles à qui rien n’échappe étions toutes aux aguets, curieuses de connaître les nouveaux arrivants. 
Il y avait trois hommes dont un gros qui donnait des directives aux deux autres sans trop les épauler dans leur harassante besogne. Il doit sans nul doute être le nouveau locataire. Une jeune femme svelte et dynamique à l’écart  surveillait l’opération. 
J’ai appris par la suite qu’elle est l’épouse du pachyderme. Il forme un couple plutôt atypique. Ils ont quatre enfants, trois garçons et une fille. Et aussi, deux terrifiants molosses aux crocs acérés, sans muselières !
J’ai pensé que l’exhibition ostentatoire de leurs  deux bêtes féroces  avait pour but de terroriser et étouffer dans l’œuf  d’éventuelles réclamations du voisinage. Personne n’oserait toquer à leur porte en sachant qu’il risque de tomber nez à nez sur les deux monstres.
Tout ce beau monde gesticulait, criait et s’interpellait sans penser une seule seconde que cela pouvait gêner les voisins. L’emménagement a duré une journée entière, ce n’est que  très tard dans la nuit que leur tapage a cessé.
Moi, devinant à qui nous allions avoir affaire, j’ai remercié Dieu que ma maison se trouve loin de la leur, mais cela ne m’a pas empêchée d’avoir une pensée pour la petite famille de mon amie Safia, son appartement est mitoyen avec ces drôles d’oiseaux qui viennent d’élire domicile juste à côté de chez elle. Pauvre d’elle, il lui faudra beaucoup de patience.
Les nuisances sonores débutèrent assez vite. Tous les soirs l’habitation se transformait en discothèque dès le coucher du soleil. On est alors obligés de fermer nos fenêtres pour ne pas entendre leur musique assourdissante.  
Après les parents, ce sont les galopins de ce couple infernal qui nous font vivre un véritable calvaire. 
Avec leurs bicyclettes, ils ont pris possession de la petite cour de notre impasse faisant d’elle un véritable circuit cycliste où il est dangereux de s’aventurer sans raser les murs.
Ils essayent souvent d’imiter les champions que l’on voit à la télé réalisant des exhibitions périlleuses avec leurs vélos, et comme ils ne sont pas aussi doués que leurs idoles, ils leur arrivent souvent de percuter les véhicules   garées devant les bâtiments.
La voiture du mari de Safia  porte plusieurs éraflures qui peuvent témoigner de leurs maladresses. Quand, hors d’elle, une victime des méfaits des galopins réclame réparation des dégâts, les deux parents jurent d’une même voix et par tous les saints que leurs petits anges sont innocents.
Ne pouvant plus supporter toutes les dégradations sur leur véhicule, les incursions dans leur terrain dès qu’ils s’absentent,  et ce, malgré la construction d’un mur assez haut après l’arrivée des envahisseurs, les ordures déposées devant chez eux, le jeune couple a fini par plier bagage et partir. L’habitation abandonnée est à ce jour inoccupée. Plus aucune personne saine d’esprit ne souhaiterait vivre à proximité de ces énergumènes.
Quand les garnements arrêtent de pédaler, c’est pour sortir leur ballon. 
Ils rameutent d’abord tous les gamins des alentours puis organisent des matchs de foot endiablés et là aussi ce sont les véhicules qui sont à nouveau mis à rude épreuve.   
Il est inutile de se plaindre auprès de leurs géniteurs, vous aurez toujours la même réponse que ce soit de la maman ou du papa.
- Ils sont chez eux, et dehors, c’est un espace commun qui appartient à tout le monde. 
Avant de vous claquer la porte au nez.
Les autres désagréments sonores que nous subissons sont dus aux pétarades des scooters et motos grosses cylindrées appartenant à des personnes étrangères au quartier qui viennent rendre visite de jour comme de nuit à cette famille. Le père s’est auto-proclamé réparateur de cycles et motocycles, et ce, bien sûr, sans aucune qualification ni diplôme lui permettant d’exercer cette activité.
Je vous laisse le soin de deviner le lieu qu’il a choisi pour ces réparations. Vous l’avez sûrement compris, c’est dans son minuscule garage ou carrément dehors. D’où le va-et-vient de ses engins assourdissants.
La maman, ayant à peu près le même niveau d’instruction que son époux, a eu la chance d’être recrutée par un grossiste dans la livraison de poulets aux abattoirs.
C’est la principale source de revenus du foyer. Le peu d’argent que récolte le mari en bricolant et rafistolant des bécanes suffit juste pour acheter ses cigarettes. Malgré tous les désagréments et contraintes que nous endurons à longueur de journée depuis l’aménagement de cette hallucinante famille, je dois avouer que cela ne m’a pas empêchée d’avoir de l’admiration et de la compassion pour cette mère courageuse. J’ai donc pris l’habitude de l’inviter chez moi pour prendre un café  quand elle rentrait trop éreintée du travail. Je lui ai même proposé de l’aider dans ses démarches administratives.
Interprétant mon geste pour de la faiblesse ou de la naïveté, la nouvelle voisine a instruit son mari et ses enfants de rappliquer chez moi dès qu’ils leur manquent quelques denrées alimentaires comme un sachet de lait, du sucre, du café, des biscuits, de l’huile et autres condiments. Un jour, elle a même eu le culot d’envoyer sa fille réclamer du parfum !
Les outils de mon mari sont eux aussi mis à contribution. Clefs à fourche, à pipe, lime, fer à souder et j’en passe sont empruntés et souvent sans espoir de retour. Je commençais à en avoir assez des incessants va-et- vient de ces profiteurs qui nous prennent,  les retraités que nous sommes,  pour des vaches à traire. La goutte qui a fait déborder le vase c’est quand un de ses enfants a envoyé son ballon percuter la vitre de ma fenêtre.
J’ai attendu la venue de sa mère chez moi pour l’informer de l’incident. J’étais tellement en colère que je  n’ai pas pu m’empêcher  de lui  dire qu’elle a raté l’éducation de ses enfants. Elle m’a répondu niaisement :
- Ce n’est pas ma faute.
- C’est de la faute à qui, selon toi ?
- Je ne sais pas.
J’ai alors déversé sur elle tout ce que j’avais sur le cœur. Depuis ce jour,  ma porte est définitivement close pour elle et toute sa smala.
Durant la période où elle me rendait visite, elle m’a confié qu’elle voulait divorcer, mais qu’elle en a une peur bleue  car elle craint  que  ses enfants lui soient confisqués. J’ai déduit d’après ses confidences que c’est un couple à la dérive.
Des plaintes ont été déposées contre eux par l’ensemble des résidants du quartier, une pétition qui circule et qui exige leur départ immédiat, et il y a eu aussi la venue de ce fermier furieux qui a fait un boucan d’enfer devant chez eux réclamant une indemnisation.
Deux de ses moutons ont été égorgés par leurs bêtes qu’ils prétendent être des chiens inoffensifs et qui souvent se baladent à travers nos rues sans aucune surveillance.
Il m’arrive souvent de souhaiter le retour de notre moulin à paroles qu’était Saïda, mais j’ai appris qu’elle harcèle de ses bla-bla d’autres mères au foyer à une quinzaine de kilomètres de chez nous.

 

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