Rubrique
Le Soirmagazine

C’est ma vie Générosité contagieuse

Publié par Belaïd Mokhtar
le 26.05.2018 , 11h00
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L’altruisme est inné chez Salima, rien ne peut l’arrêter à vouloir semer le bien autour d’elle. Très tôt, des signes de solidarité envers les autres sont détectés chez elle par sa mère. L’aînée de ses deux autres sœurs, et n’ayant pas la chance d’avoir un petit frère, elle porte tout son amour sur elles. 

 

Contrairement à ses deux petites chipies, Kahina, la maman, n’a jamais vu ou entendu Salima protester, bouder ou se mettre en colère quand sa part de gâteau est plus petite, que son fruit est un peu abîmé ou que dans son morceau de viande se cache un gros os. 
Quand parfois la chance est de son côté et que c’est à elle que revient la part du lion, elle accepte sans hésitation un échange, uniquement pour faire disparaître la convoitise qu’elle arrivait à déceler dans les yeux de ses petites sœurs, et ce, malgré la désapprobation de sa maman. Voir les yeux de ceux qu’elle aime briller de joie la rend heureuse. Afin d’éviter des punitions à ses deux protégées, Salima, malgré son très jeune âge, passe son temps à ranger leurs jouets, à effacer, nettoyer et essayer de cacher tout ce qu’elles cassaient. Elle accepte aussi les remontrances de sa mère sur des  centaines  de bêtises commises par les deux diablesses en se les attribuant.
Kahina n’étant pas dupe et connaissant parfaitement ses trois filles, fait semblant de croire Salima quand cette dernière s’accuse de méfaits commis par Yasmine et Nora. Elle ne pouvait donc pas la punir tout en sachant qu’elle n’est pas fautive, et elle ne voulait pas la blesser en la traitant de menteuse. Elle était fière d’avoir enfanté une fille aussi courageuse et généreuse.
 Plus tard, ce sont tous les autres membres de la famille qui eurent droit aux services et à la bonté de Salima : une tante qui prépare une fête et qui cherche de l’aide, une autre  qui veut garder son petit pour se rendre chez la coiffeuse, un malade à surveiller, une grand-mère à accompagner chez le médecin ainsi que d’autres corvées aussi contraignantes les unes que les autres pleuvent sur la tête de celle qui ne sait pas dire non.
Sa mère  la met  en garde et essaye de lui ouvrir les yeux devant tant de dévouement, mais rien n’y fait.
- Ma fille, tu es trop bonne avec des personnes qui n’arrêtent pas de t’exploiter honteusement. Pense un peu à toi, apprend à dire non. 
- Voir des personnes heureuses autour de moi me comble de bonheur, répondait à chaque fois Salima.
Kahina est désespérée, impossible de raisonner sa fille qu avait le cœur sur la main. 
A chaque fois qu’elle est obligée de l’envoyer faire de petites courses, ce qui est rare, elle ne rend jamais la monnaie. Après les achats, Salima distribue le reste aux nécessiteux malgré les remarques de sa mère. Elle n’arrêtait pas de lui expliquer qu’ils ne roulent pas sur l’or.
Salima n’en faisait qu’à sa tête. Pour éviter ce genre de dérives, elle était contrainte de mettre une croix définitive sur le concours de sa grande fille quand il s’agit de faire les courses. Sa bienveillance envers les autres a failli, sans l’intervention de sa mère, lui coûtait cher. Voyant à travers sa fenêtre un indigent peu vêtu, grelottant de froid en plein mois de janvier, elle ose, sans demander la permission à sa mère, occupée en cuisine, ouvrir l’armoire de son père et prendre le premier blouson qui lui tombe sous la main, puis court le remettre à  l’homme qu’elle n’avait jamais vu auparavant. Le monsieur la remercia puis fila aussi vite qu’il put avec le beau vêtement sur le dos.
 Une dizaine de jours après cette bonne action, son père, Messaoud, chercha  partout son blouson pur cuir, qu’il a payé une petite fortune, sans succès. Il fit appel à Kahina croyant que c’est elle qui l’a rangé ailleurs. Elle lui répondit qu’elle ne lui a pas changé d’endroit et qu’il devrait normalement se trouver à la place où il l’a laissé.
En entendant le remue-ménage, Salima, qui était dans sa chambre, vient interroger sa mère sur le  pourquoi de ce tapage et ne comprend pas le comportement coléreux de son père. Kahina lui expliqua que la fameuse veste de son père a disparu. Avec son innocence habituelle, Salima avoua :
- Il n’a pas disparu, c’est moi qui l’ai donné à un nécessiteux. Papa a plus d’une dizaine de blousons, un de plus ou de moins, qu’est-ce que cela peut changer pour lui ?
- Tais-toi, malheureuse, et bouche cousue, si ton père l’apprend il est capable de t’étrangler.
Kahina calma son mari en lui disant que c’est peut-être un des nombreux invités qui viennent souvent à la maison qui l’a  escamotée sous leur nez et que, dorénavant la porte de leur chambre restera toujours fermée quand ils n’y sont pas. Elle craignait que sa fille fasse une razzia sur les vêtements de son mari au profit d’autres pauvres.
Une semaine après l’incident, Messaoud rentre à la maison de fort bonne humeur. Sa femme voulait savoir ce qui le rendait soudainement  joyeux, lui qui, depuis la disparation de son vêtement  fétiche, n’arrêtait pas de broyer du noir.
- Tu ne devineras jamais, j’ai été promu au poste dont je rêvais depuis tant d’années. Mon salaire va exploser. Nous pourrons envisager de prendre des vacances et peut-être déménager dans un appartement plus spacieux.
Après un moment de réflexion, Kahina n’a pas pu s’empêcher de faire le rapprochement entre le don du blouson et la fulgurante promotion de son mari.
Elle prit donc son courage à deux mains et avoua à Messaoud la bêtise de Salima. Un silence sideral s’installa avant que son mari n’éclate de rire.
A partir d’aujourd’hui, elle peut bazarder toutes mes fringues sans crainte de représailles. Salima est notre porte-bonheur.  Redonne-lui l’autorisation de faire les courses si elle le souhaite et ne lui réclame plus la monnaie.
A  dix-neuf ans, Salima, qui a arrêté ses études après avoir échoué à l'examen du bac, a accepté de convoler avec le beau Omar, un jeune commerçant de fruits et légumes qui est tombé sous son charme, et comme c’était réciproque elle a dit oui sans l’ombre d’une hésitation. Le jour où  il s’est présenté chez elle accompagné de sa mère pour demander sa main, Omar a spécifié qu’il a déjà acheté un petit appartement afin de sortir de la tutelle de ses parents, cela ne pouvait que ravir la future mariée. Ne pas avoir une belle-mère sur le dos à longueur de journée était un acquis d’indépendance et de tranquillité.
Avant la date du mariage, Kahina passa des heures avec sa fille dans le but de la persuader d’être un peu moins charitable.
- Ton mari est économe, pour ne pas dire radin d’après  ce que j’ai entendu dire ; pour lui, un sou est un sou, c’est en économisant et serrant la ceinture qu’il a pu s’acheter son logement. Il ne supportera pas trop longtemps des dépenses non justifiées, prend garde ma chérie. Mais c’était comme parler à un mur
Une fois la fête célébrée, Salima rejoint son nid d’amour. Le premier mois se passa sans qu’aucun nuage vienne assombrir l’idylle des deux tourtereaux.
C’est une voisine de l’immeuble où réside le couple qui va mettre fin à cette sérénité le jour où elle est venue quémander une gousse d’ail. Salima lui en donna trois, elle allait dire merci quand elle vit le regard noir de Omar posé sur elle. Elle déguerpit aussi vite qu’elle put. Il était ulcéré devant tant de sans-gêne et la crédulité de sa femme. Ne voulant pas la froisser, il lui expliqua gentiment.
- Ma chérie, le prix du kilo d’ail cette année est de six cents dinars, le mari de la femme qui vient de sortir est  ingénieur et perçoit un salaire plus que confortable. C’est une profiteuse qui te prend pour une jeune épouse facile à berner.
Une semaine après ce fait, la dame en question attendit le départ de Omar pour revenir toquer à la porte de Salima.
- Pouvez-vous me dépanner d’un sachet de lait pour les enfants ? Mon mari a oublié d’en acheter hier. N’écoutant une nouvelle fois que son cœur, et oubliant les paroles de son mari, Salima lui remit ce qu’elle est venue chercher.
En guise de remerciements, la voisine, une langue de vipère, propagea à travers tout l’immeuble qu’une épicerie gratuite venait de s’ouvrir au cinquième étage, dans le seul but de créer la zizanie dans le couple et se venger ainsi du regard noir et foudroyant que lui avait lancé Omar.
Puis ce fut un défilé permanent chez Salima. Besoin de sucre, d’un peu de café, d’une ou deux tomates, d’un oignon, de patates...? Toutes les sollicitations sont satisfaites. Les provisions mensuelles du mari ne tenaient pas plus de deux semaines.
C’est un ami de Omar qui réside au deuxième étage qui va avertir l’époux sur les sangsues qui arnaquent sa femme à longueur de journée.
En rentrant chez lui ce soir-là, le marchand de fruits et légumes avait la ferme intention de remettre les pendules à l’heure.  Il vociféra, tapa sur la table et menaça de la répudier si elle n’arrêtait pas de dilapider leur argent. Salima attendit qu’il retrouve ses esprits, puis lui dit :
- Je vais suivre tes directives à la lettre durant un mois, je vais renvoyer tout le monde, pas un grain de sel ne sortira plus de chez nous. A la fin des trente jours, nous en reparlerons et verrons si tu es beaucoup plus riche. 
Omar remarqua assez vite que depuis que sa femme a arrêté d’être généreuse, ses ventes ont chuté de moitié, les impôts lui sont tombés sur la tête, son véhicule  est tombé en panne plusieurs fois de suite, sans citer les autres tuiles. 
A la fin de la période fixée, c’est Omar qui  supplia son épouse de redevenir aussi généreuse qu’avant, mais les voisines qui ont été éconduites par Salima ne revinrent plus, malgré les souhaits de l’époux.
Omar a tant insisté que Salima finit par se fâcher à son tour.
- Je ne vais quand même pas sonner aux portes pour proposer des morceaux de sucre, du café et autres produits alimentaires aux voisines pour te faire plaisir ! C’est à toi de devenir moins radin. Ouvre ton cœur et tes mains aux pauvres, cela éloignera peut-être tous les malheurs qui nous frappent. Devenu aussi rouge qu’une tomate en apprenant que sa femme aussi avait deviné qu’il était avare et égoïste envers les autres, il jura de changer
Il tint parole à partir du jour où il a été traité d’égoïste et de  rapiat par sa femme. 
Il s’est métamorphosé en l’homme le plus généreux du marché où il tient son stand de fruits et légumes. 
Quand un indigent se présente devant lui dans l'espoir d'avoir quelques denrées, il ne repart jamais le couffin vide. Ses ennuis diminuèrent peu à peu et cela lui a permis de retrouver le sourire, à la grande satisfaction de Salima. Il a enfin compris que ce que l’on donne d’une main, le Bon Dieu vous le rend dans l’autre. 

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