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Le Soirmagazine

C’est ma vie Le premier amour

Publié par Belaïd Mokhtar
le 28.07.2018 , 11h00
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Quand le vieux Hamid perdit sa femme Feroudja, il priait chaque jour Dieu pour qu’il le rappelle à Lui afin qu’il puisse rejoindre sa bien-aimée, et ce, avant qu’il ne devienne impotent et tombe entre les griffes acérées de ses brus. Il savait qu’elles ne seront jamais aussi douces et prévenantes que sa vieille épouse, décédée à l’âge de 75 ans. Lui-même venait de boucler ses 80 ans et n’espérait plus rien en ce bas monde.
Après plus de 55 ans de vie commune avec son épouse, ils ont appris à s’aimer, à se comprendre, à s’écouter et à affronter toutes les vicissitudes de la vie ensemble. Rien ne l’effrayait durant ce demi-siècle vécu aux côtés de sa tendre Feroudja, mais après son décès il se sentait vulnérable et à la merci de ses enfants qui attendaient sa mort avec impatience. Tous rêvaient de s’affranchir de son autorité et pouvoir enfin se partager son héritage composé d’immenses terrains, de deux belles bâtisses, de tracteurs, véhicules de tourisme, de camions et d’un fabuleux magot qu’il doit sûrement cacher sous son matelas. Le plus cupide de sa progéniture est Boualem, l’aîné. 
Il montrait sans le cacher son souhait de reprendre les rênes, dès le départ vers l’au-delà du vieux paysan alors que ce dernier, malgré son âge avancé, affichait toujours bon pied, bon œil et bonne mémoire.
Connaissant très bien le caractère autoritaire de celui dont il rêvait  de prendre la place, il n’osait jamais le contrarier. Il savait qu’il avait le coup de canne facile quand il se fâchait ; de plus, il pouvait très bien le déshériter la veille de son décès, juste pour lui démontrer que tant qu’il respire encore le chef de famille, c’est Hamid et personne d’autre. Mais l’octogénaire comprenait très bien qu’il allait finir sa vie seul et peut-être à la merci des siens. Il s’imaginait que le peu de temps qu’il lui restait à vivre s’annonçait un vrai cauchemar. C’est son ami de longue date, Slimane, qui va mettre fin à toutes ses pensées morbides en lui annonçant que son premier amour Aldjia était aussi veuve et bien portante.
- Pourquoi  ne pas l’épouser maintenant qu’elle est libre ? Tu t’es conduit comme un idiot durant ta jeunesse, aujourd’hui tu peux réparer la blessure que tu as causée à cette merveilleuse femme.
Des souvenirs se bousculèrent dans la tête du veuf. il se rappela de suite sa  liaison platonique avec Aldjia, la façon dont il a conquis son cœur en l’enchantant avec  sa flûte, leurs escapades à travers champs et bois, leurs promesses de s’unir pour la vie, d’avoir trop temporisé pour demander sa main et de se la voir ravir par un autre. 
En ces temps-là, les femmes obéissaient aux parents et acceptaient, la mort dans l’âme, leurs décisions.
-  «Elle doit me haïr, elle n’acceptera jamais de se remarier avec moi», avoua Hamid
- Ma femme Sakina est son amie intime, je vais l’envoyer en émissaire, je te rendrai sa réponse la semaine prochaine.
Lorsqu’Aldjia fut contactée, elle n’en revenait pas d’apprendre que son vieux grigou de Hamid veuille encore se marier avec elle, malgré son âge avancé. Son cœur s’enflamma de nouveau. Elle aussi se remémora tous les bons moments passés ensembles, les sons envoûtants et ensorcelants qui sortaient de la flûte de son amoureux.
 Elle  se souvient très bien de la fameuse chanson d’amour de l’époque que lui fredonnait Hamid dès qu’ils se retrouvaient à l’ombre d’un majestueux figuier, A t’bib dawiyi akline yir hala (docteur, soignez-moi, je suis dans un état grave). Elle se rappela aussi ses pleurs quand on l’a obligée à convoler avec un autre, elle ne lui en voulait absolument pas. Elle donna son accord pour ce très, très tardif mariage. Ne dit-on pas mieux vaut tard que jamais ? pensa-t-elle.
En apprenant que Aldjia était disposée à devenir sa femme, Hamid était fou de joie. Il réunit aussitôt tout le monde chez lui et leur annonça qu’il envisageait de se remarier. 
Il  expliqua à ses enfants que beaucoup de veufs aussi âgés que lui l’ont déjà fait sans que cela nuise à l’entente et  à l’équilibre familiaux.
Boualem faillit avoir une syncope en entendant ce qu’il considérait comme une absurdité, une folie et une spoliation de biens  émanant de quelqu’un n’ayant plus sa tête ; mais il n’osa émettre la moindre objection devant son géniteur, le contrarier ou s’opposer à ses décisions était trop risqué.
Lui qui se croyait près de l’investiture voyait ses rêves s’envoler. Une héritière allait débarquer et faire main basse sur l’héritage qu’il convoite depuis des décennies.
 Il savait qu’il n’avait aucune chance de faire changer d’avis à son vieux père, mais il se dit qu’il allait se charger de pourrir la vie à sa belle-mère et qu’elle déguerpirait assez vite, se dit-il convaincu de son complot.
Chez Aldjia, c’est la consternation. Ses enfants ont d’abord cru à une mauvaise plaisanterie quand Sakina, la femme de Slimane, leur proposa une union entre leur mère et le vieux Hamid, mais lorsqu’ils constatèrent qu’il ne s’agissait absolument pas d’un canular, ils essayèrent de raisonner la future mariée, en vain.
Opiniâtre et décidée à refaire sa vie avec son premier amour, elle haussa le ton et envoya tout le monde paître.
- Moi aussi, j’ai le droit d’être heureuse. Que vous soyez d’accord ou pas, malgré mes 75 ans, je vais convoler.
Devant sa détermination, ses filles essayèrent de lui expliquer gentiment :
-Maman chez nous tu es notre reine, nous prenons tous soin de toi, alors que chez cette famille que nous ne connaissons absolument pas, qui nous dit que tu seras aussi bien traitée et choyée ?
- Vous ne pouvez pas comprendre, mais je vous rassure j’ai une confiance aveugle en Hamid, et je suis sûre qu’il me protégera et ne laissera personne me faire du mal tant qu’il sera de ce monde.  
Pas très convaincus, ils finirent par donner leur accord, le mariage fut célébré et voilà donc le couple dont l’âge additionné dépasse un siècle et demi, uni pour le meilleur et pour le pire.
L’entente, la complicité entre les deux tourtereaux est immédiate, ils ne se quittaient plus et prennent soin l’un de l’autre.
C’est à partir de là que commença le travail de sape du sinistre Boualem, avec la complicité de sa femme Nora et le consentement tacite des autres membres de la famille qui le laissèrent agir à sa guise. ll va donc user de plusieurs ignominies dans le but de faire fuir la nouvelle épouse.
Il voulait jouer sur le moral de celle qu’il considérait comme une intruse venue uniquement le dépouiller. Il commença par ne jamais répondre au salut de sa belle- mère pour lui montrer qu’elle n’était pas la bienvenue dans sa nouvelle demeure, il la toisait méchamment à chaque fois que leurs regards se croisaient. Il incitait les autres à agir de même, il voulait qu’elle comprenne que tout le monde s’était ligué contre elle, et qu’elle ne risquait pas d’avoir d’amis ou de confidents au sein de sa nouvelle famille.
Aldjia était toujours aimable et souriante malgré l’incompréhensible rejet dont elle fut la victime sans que l’on puisse lui reprocher quoi que ce soit. Elle voulait s’intégrer à tout prix quitte à se rabaisser et continuer à faire semblant de ne pas voir et lire dans les yeux de son entourage de l’animosité et même une haine non dissimulée. 
Les raisons de cette résignation, c’est qu’elle était retombée folle amoureuse. Elle se sentait rajeunir, son mari satisfaisait tous ses désirs. Heureuse et comblée dans tous les domaines avec son époux qui ne cessait de l’inonder de cadeaux, de vêtements  luxueux, de toutes sortes de fruits, de succulents gâteaux, de confiseries, mais détestée et agressée verbalement par des remarques désobligeantes dès que son protecteur avait le dos tourné. Elle aurait pu tout révéler à son époux et mettre fin au calvaire qu’elle vivait, mais ayant appris à connaître l’homme qu’elle aime plus que tout au monde, elle n’a pas souhaité semer la zizanie et la division entre le père et ses enfants.
N’empêche qu’elle pleurait souvent en cachette devant l’agressivité de ceux qu’elle ne cherchait qu’à chérir. N’a-t-elle pas le droit d’aimer et de vivre en paix avec celui qui voulait finir ses vieux jours avec elle ?
La cruauté de Boualem devint tellement insupportable qu’il lui arrivait de vouloir fuir cette maison inhospitalière, mais impossible de se résoudre à quitter celui qui lui a rendu la fougue de sa jeunesse. Elle accepta donc les brimades, les insultes, la mort dans l’âme. Dès que son mari s’absentait, même pour un court instant, une boule se formait au fond de son estomac. Elle avait peur d’être agressée physiquement. L’espoir renaît chez elle dès que Hamid rentre à la maison, son tortionnaire file droit et disparaît du champ visuel de sa belle-mère et se prépare  toujours  à d’autres mauvais coups.
 Aldjia rendit heureux son époux pendant plus de huit ans, mais ce qui devait arriver arriva, Hamid tomba gravement malade. Elle restait des heures à son chevet à le réconforter de paroles douces, et ce, jusqu'à son dernier souffle.
Sans protecteur, et ne voulant pas être à la merci de son beau-fils et de la horde qui l’aidait dans sa vile besogne, elle demanda à ses enfants de venir la ramener chez elle. Une semaine plus tard, ne pouvant supporter cette deuxième douloureuse et définitive séparation, elle rendit l’âme à son tour. 

 

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