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Le Soirmagazine

Entretien OUAFA BENSAÂDA, Psychologue Psychothérapeute, exerçant à Annaba, au Soirmagazine :

Publié par Sarah Raymouche
le 10.11.2018 , 11h00
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«Le tout est de se préparer et  de trouver un équilibre à trois»

Psychologue psychothérapeute installée à Annaba, Ouafa Bensaâda  travaille dans  un cabinet depuis 6 ans. Après des études supérieures à l’université de Paris-Diderot, elle a exercé en région parisienne dans une structure d'aide aux personnes en détresse psychique et également à l’aide sociale à l’enfance. De retour en Algérie, pendant quelques années, et parallèlement à son travail, elle était  formatrice bénévole dans une association d’écoute et de soutien psychologique, notamment aux femmes victimes de violences. Dans cet entretien, elle explique le baby-clash et les différentes phases que traverse un couple avec l’arrivée d’un bébé pour trouver un équilibre.

soirmagazine : L’arrivée d’un enfant est  toujours perçu comme une bonne nouvelle et devrait rendre heureux. Pourquoi ?
Ouafa Bensaâda
: Oui, tout à fait ! C’est considéré comme un évènement important. Et de fait, il existe pas mal de rituels pour souhaiter la bienvenue à ce petit être. Dans l’imaginaire de tous, la venue d’un enfant est synonyme de joie, de bonheur, de bien-être. Bref, en un mot,  de vie. Nicolas Favez, psychologue et professeur à l’université de Genève, relève qu’un tel événement renforce les liens d’abord parce que le fait d’avoir un enfant est un projet pour la majorité des couples.  Ce désir répond très souvent à une attente familiale, parentale et sociale forte. En devenant parent, on concrétise ces attentes et on pérennise la famille. 
Sur le plan individuel, pour certains, devenir père ou mère vient renforcer le sentiment d’être un homme ou une femme. Aussi, cela fait partie des choses de la vie qu’on souhaite réaliser, au même titre que l’accomplissement professionnel, dans des mesures qui sont propres à chacun. A ce stade, je voudrais de prime abord noter qu’il y a un avant et un après.

Oui, c’est vrai, on oublie la tension qui survient après la naissance. Mais pourquoi se révèle-t-elle ? 
Cette tension devient palpable dans certains cas quelques jours seulement après la naissance et pour d’autres quelques semaines. Tout dépend de plusieurs facteurs émotionnels, physiques et environnementaux (lieu de vie, présence de personnes aidant le couple…). 
Bernard Geberowicz, psychiatre et auteur de Baby-Clash, le couple à l’épreuve de l’enfant (Albin Michel), explique que le remaniement qui a lieu à l’arrivée d’un premier bébé est très important parce qu’il s’exerce à plusieurs niveaux. D’une part, au niveau de chacun des partenaires, de façon individuelle, d’autre part au niveau du couple, à l’intérieur même de celui-ci, mais aussi entre le couple et les familles d’origine et, enfin, entre le couple et le reste du monde social (amis, travail). 
Cette naissance est une période de crise qui, comme toute crise, sépare deux moments d’équilibre : celui antérieur à la naissance, et, a priori, un nouvel équilibre qui va se mettre en place, après  parfois seulement quelques mois. 
De plus, c’est un remaniement qui n’est pas tout à fait synchrone et pas situé dans les mêmes registres, pour la mère et pour le père. La femme, en devenant maman, peut revivre des traumatismes de sa propre enfance, de sa propre relation à sa mère. Elle traverse la période dépressive du baby-blues, qui ne dure que quelques jours (parfois cela peut durer des semaines, voire des mois), mais n’en n’est pas moins bouleversante. Elle vit une très grande proximité avec son bébé et, en parallèle, une certaine forme de distance avec son partenaire masculin. L’homme, lui, peut être troublé à d’autres niveaux. Il développe assez souvent un sentiment de responsabilité, au sens plein du terme, qu’il n’avait pas toujours développé jusque-là. Comme quelque chose qui se transmettrait de génération en génération autour du chef de famille. Avec le changement de l’ordre des générations, il prend aussi conscience de sa qualité de mortel, ce qui peut être très déstabilisant. L’apprentissage de la paternité matérialise vraiment cette phase de maturité. 

De ce fait, concrètement, le baby-clash c’est…
Comme vous l’avez dit tout à l’heure de tensions, de conflits dans le couple qui s'expliquent par le changement de vie, la fatigue, les nouvelles responsabilités à endosser qui peuvent être angoissantes pour la mère comme pour le père. Cet heureux événement peut faire ressortir de nombreuses choses liées à l’enfance des parents eux-mêmes ou autres comme : des blessures d'enfance non réglées ; une mère qui se sent incomprise ; un père qui se sent abandonné, exclu de la relation fusionnelle mère-enfant. C’est un remaniement des places de chacun,  un changement  des priorités  et du rythme dans la famille qui peut fragiliser les nouveaux parents.  

Comment y faire face ?
L’adage de prévenir vaut mieux que guérir prend tout son sens. En effet, il est important que les parents sachent et réalisent que c’est un bouleversement dans leur vie quotidienne et dans leur équilibre. Il faut réaliser aussi que c’est normal que ces turbulences au sein du couple ou dans l’exercice de leur rôles de père ou de mère sont normales et existent. 
Admettre qu’il est normal de croire qu’on va mal faire. Cela atténue la pression sur soi, donc sur le couple. Il ne s’agit pas de banaliser les moments de découragement qui peuvent survenir, mais d’accepter qu’ils font partie de la vie de tout jeune parent. Bernard Geberowicz relève également que les couples les plus fragiles sont ceux qui, en quelque sorte, n’étaient pas prévenus des difficultés qui pouvaient les attendre. Ils ont un sentiment très fort de déception, de désillusion, qui est moins grand lorsque l’on a conscience de vivre une turbulence que traversent la plupart des couples. La fatigue, le manque de sommeil des premiers mois jouent aussi beaucoup. Si celle-ci est normale et habituelle, elle peut nous rendre égoïste (on  pense toujours être plus fatigué que l’autre) et modifier notre seuil de tolérance aux insatisfactions, aux frustrations. Certains ne parviennent pas à voir la bouteille à moitié pleine et ne se focalisent que sur le négatif. Mais il serait réducteur de chercher une seule et unique cause de séparation car, souvent, les difficultés rencontrées à l’arrivée de l’enfant ne font que réveiller un déséquilibre antérieur.

Y a-t-il un retour à la normale ?
Il n’y a pas de retour à la normale parce qu’une autre «normalité» sera créée, mais à trois. Pour Nicolas Favez, les études montrent qu’il faut en moyenne deux ans pour que la satisfaction conjugale revienne, mais cela peut prendre six mois seulement ou, dans le pire des cas, jusqu’à quatre ou cinq ans. 
La vie change avec un enfant, c’est une nouvelle vie qui commence à trois avec de nouveaux repères à trouver et un temps différent pour chacun pour s’y retrouver. Les raisons sont diverses : tout d’abord, avec le temps, la fatigue des parents, et en particulier celle de la mère, s’atténue pour le bien de tous. Aussi, l’enfant devient de plus en plus autonome. Ainsi, les parents osent davantage le confier et recommencent alors à faire des activités à deux.
 Pour être satisfait dans cette nouvelle vie, les couples ne devraient pas oublier de prendre du temps pour eux. Ce n’est pas la quantité des instants partagés qui compte, mais la qualité. De plus, il ne sert à rien de se sentir coupable d’avoir envie de partager des choses à deux, mais il serait tout autant inutile de s’y contraindre. Aussi, il est bon de se soutenir et de se légitimer l’un l’autre dans les rôles de père et mère et de conjoint. Les études montrent en effet que les couples qui durent sont ceux qui s’échangent beaucoup de commentaires positifs. Si on considère que ce que l’autre fait pour le bien commun est normal, c’est dangereux... 

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