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Le Soirmagazine

Enquête-Témoignages Trop jeunes pour être veuves

Publié par Soraya Naili
le 01.09.2018 , 11h00
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Alors que la vie maritale venait à peine de démarrer pour elles, le conjoint est passé de vie à trépas. Au moment où elles s’y attendaient le moins, ces jeunes dames ont basculé vers le statut de veuve. Maladie ou accident, le destin s’en est mêlé. Avec ou sans bébé, ces jeunes veuves ont été confrontées à un dilemme. Refaire leur vie ou vivre un veuvage forcé. Chaque chemin de vie est différent. Chaque histoire est atypique. Elles en parlent.

Hassina, 33 ans
«Je me suis mariée à 22 ans. Un an plus tard et alors que j’étais enceinte de mon fils, mon époux a trouvé la mort dans un accident de voiture. Mon enfant n’a jamais connu son père. A l’époque, nous vivions avec ma belle-famille. Après la disparition de mon mari, j’ai regagné la maison de mes parents avec mon bébé. C’était le ‘‘mektoub’’ !  J’ai repris mon statut de ‘‘veuve célibataire’’. Mes frères me surveillaient. Je n’avais pas le droit de sortir seule. Il ne fallait pas que les gens médisent de moi. J’ai beaucoup souffert. Perdre mon époux était déjà une épreuve difficile à surmonter, pourquoi fallait-il qu’on en rajoute ? C’est un cousin lointain qui est venu voir mon père pour demander ma main. Mon fils avait alors trois ans. J’étais  indécise. Accepter ou refuser la demande. Je me devais de continuer ma vie. Je n’allais pas rajeunir et les prétendants n’allaient pas se bousculer à ma porte. Mes parents ne voulaient pas me mettre la pression, mais quand j’ai dit oui, ils ont poussé un ouf de soulagement. Je me suis mise à leur place et j’ai compris leur inquiétude. Avoir une fille veuve à 22 ans avec un bébé sur les bras n’était sûrement pas drôle. Je me suis donc remariée, j’ai fondé une autre famille et eu deux autres enfants. Ainsi va la vie.» 

Maya, 28 ans
«Je n’ai jamais pensé que je serai veuve à 25 ans. Comment le pouvais-je ? Ma grand-mère fut veuve, la tante à mon père aussi, mais à un âge avancé. Eh bien non. La mort frappe à tout d’âge. Mon conjoint fut emporté par un cancer fulgurant à 30 ans à peine. Le ciel m’était tombé sur la tête et une autre bataille   m’attendait. Ma belle-famille a décidé de me chasser de l’appartement que j’occupais avec mon époux. J’ai lutté pour rester dans le nid que j’avais construit avec mon compagnon, mais la loi n’étant pas du côté de la femme dans notre pays, j’ai dû partir. Je ne pouvais pas rejoindre mes parents à Annaba. Je travaillais à Alger, j’ai dû donc prendre un studio en location. La société est aussi impitoyable envers les femmes, divorcées ou veuves. Vivre seule pour une jeune femme est très mal perçu. J’ignore pourquoi, mais l’étiquette de dépravée et de dévergondée vous colle à la peau alors que vous menez une vie des plus normales : travailler, sortir, faire ses courses... C’est comme si une veuve avait besoin de la protection d’un père, d’un frère, d’un cousin... d’un mâle, quoi ! Depuis le décès de mon mari, j’ai eu à affronter beaucoup de choses pénibles. Le regard de la société et le poids des traditions nous enchaînent.»

Aymen, 25 ans
«J’ai convolé en justes noces à 19 ans. Ma vie conjugale a duré un an. C’était un mariage de raison, mais je m’étais habituée à mon compagnon.Avant cette horrible nouvelle fut très difficile à encaisser, deux ans plus tard, j’ai connu quelqu’un d’autre. Cette fois-ci, j’ai cru reconnaître le visage de l’amour. Ce sentiment était  fort agréable. Toutefois, lorsque mon prétendant demanda ma main, j’ai ressenti de la culpabilité. En fait, j’avais l’impression de trahir mon défunt époux. Je craignais aussi le jugement des autres. Une veuve qui refait sa vie aussi vite, c’est louche. Mes parents, en revanche, ne voyaient aucun inconvénient à ce que je sorte de mon veuvage. La vie m’offrait une seconde chance et j’allais la saisir au vol. Bien sûr, les médisances de la part de mon ex-belle-famille    parvinrent à mes oreilles, mais je n’en fis pas cas. Je suis repartie de plus belle dans la vie. A présent, je ne suis plus veuve, mais mariée, avec un enfant.» Perdre son époux alors qu’une longue vie à deux se dessinait en filigrane est certainement difficile à vivre pour une jeune femme. Après une période de deuil, certaines veuves prématurées ont réussi à surmonter cette épreuve et à refaire leur vie. Car vivre, c’est aussi avoir la chance de tout recommencer à zéro.

 

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