Rubrique
Les choses de la vie

Et si c'était Tebboune ?

Publié par Maâmar Farah
le 26.09.2019 , 11h00
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Le Hirak a repris du poil de la bête! Le revoilà qui s'élance encore et toujours à travers les rues de nos villes, fleuve incandescent grondant de colère et d'espoir, portant le rêve d'un peuple qui aspire à vivre dans la liberté et la dignité. Le Hirak retrouve des couleurs en cet automne singulier qui marque le début de la longue parenthèse connue sous le nom d'été indien et qui prolonge la chaude saison jusqu'aux confins de janvier et le retour du grand froid. Visiblement, ni la chaleur suffocante, ni le temps glacial n'arrêtent ce mouvement citoyen né d'un refus collectif de continuer à se taire devant la folie destructrice d'un clan ne reculant devant rien pour asseoir son pouvoir absolu et son hégémonie sur l'argent du peuple. Les pratiques frauduleuses et le monopole exercés par quelques groupes privés sur les affaires et les projets publics ont dépassé toutes les limites : à ceux-là, on offrait tout, dans tous les secteurs, et aux autres, on distribuait les miettes, dans un saupoudrage inefficace et coûteux qui n'était que... poudre aux yeux. La grande oligarchie nationale monopolistique et la clientèle politique locale destinataire de ces «miettes», refusaient le changement. Sous la houlette d'un homme qui a usurpé le pouvoir de son frère malade, tout ce beau monde courait derrière un périlleux cinquième mandat synonyme de continuité du vol du peuple algérien.
Ce peuple, à bout de patience, n'en pouvait plus. Les premières clameurs dans les rues portaient un message d'une clarté remarquable : «Non au cinquième mandat !» Les Algériens avaient situé l'origine du mal et le nœud gordien de la crise politique et sociale qui ligotait le pays. Après tous les mandats pris de force, au prix d'un indigne tripatouillage de la Constitution, le pouvoir perdait son caractère républicain et glissait imperturbablement vers la monarchie absolue ! Mais comme l'appétit vient en mangeant, le refus d'un mandat de trop se transforma en revendication politique essentielle : en finir avec toutes les bouffonneries et le décor planté sur les planches d'un théâtre boudé par les spectateurs ! Ce pouvoir corrompu, gâteux et finissant avait usé de toutes les ficelles pour se maintenir; il maniait très bien la carotte et le bâton; il savait reculer pour mieux sauter mais, à force de répéter le même cinéma, faisant preuve d'un manque flagrant de perspicacité et d'ingéniosité, il finit par lasser les Algériens.
Mais, au-delà du largage du Seigneur tout-puissant et de la poursuite des corrompus et autres pillards de haute voltige, le changement profond voulu n'interviendra pas ! Tous les ministres actuels et la majorité des walis ont été désignés par Bouteflika, y compris les plus hautes autorités du pays ! Ce n'est pas un crime d'être désigné par le président déchu, et l'une des tâches essentielles convenablement accomplie fut d'assurer, à tous les niveaux, la continuité de l'État, mais cette situation induit aussi une autre continuité : celle des mêmes pratiques, des mêmes mensonges, des mêmes manipulations archi-connues !
Quant au rôle de l'armée, et malgré les dernières arrestations incompréhensibles et les limitations de mouvement des citoyens qui ont d'ailleurs provoqué un retournement d'une partie des manifestants, faut-il encore souligner, qu'il fut adapté à la situation jusqu'au moment où j'écris ces lignes : aucune violence n'a été enregistrée, ni franche tentative de disperser les marches. Le commandement militaire continue de clamer qu'il accompagne toujours le mouvement populaire. La pomme de discorde demeure cette élection présidentielle rejetée par une partie importante de la population et à laquelle l'état-major demeure fermement attaché. La profusion de candidatures avec des visages ayant presque toujours participé à la crédibilisation des plébiscites bouteflikiens, les interviews télévisées d'un autre âge, répétées et orientées, montrant un autre peuple, totalement différent de celui qui sort le vendredi, le retour des vociférations de Bounedjma and co, ces fameux soutiens burlesques et encombrants de Boutelika, montrent à l'évidence que le pouvoir a du mal à se départir de certaines pratiques ancrées dans les mœurs.
Dans un précédent article, nous avions fait part des dangers qui planent sur cette élection comme nous avions rejeté l'idée d'une longue transition avec Constituante qui propose de repartir à zéro alors que l'Algérie indépendante a sa propre histoire et ses acquis indémontables. A ces deux solutions portant des risques potentiels, nous proposions le recours à une révision constitutionnelle qui aurait rétabli un fonctionnement démocratique des institutions avant de passer à l'élection proprement dite. Le «minimum syndical» pourrait être la Constitution de Zeroual qui contient beaucoup d'éléments positifs comme la formation d'un gouvernement par le parti vainqueur des élections législatives, la nomination d'un véritable chef de gouvernement (en finir avec ce «Premier ministre» imposé par la mégalomanie de Bouteflika !), deux mandats maximum, un rôle précis de contrôle et de sanctions pour le Parlement, etc.
Dans un autre écrit, nous avions suggéré que le système ne pouvait pas ne pas encourager un homme du consensus à briguer ce mandat présidentiel, l'idée admise étant que tout pouvoir ne tolère pas l'arrivée d'un inconnu pouvant déséquilibrer la bonne marche du système. Aucun des postulants actuels n'est le candidat du consensus mais il ne saurait tarder. Il nous semble qu'il pourrait s'appeler Tebboune et ce raisonnement n'est le résultat d'aucune information qui nous serait parvenue ou autre divulgation de quelque source que ce soit. Elle résulte plutôt de l'analyse des précédentes désignations du pouvoir actuel dont le fil conducteur est la réhabilitation des personnalités ayant résisté au pouvoir oligarchique et subi les outrances de ce dernier. Ceci est valable pour l'actuel ministre de la justice, M. Zeghmati, courageux ancien procureur général ayant tenu à boucler Chakib Khelil, très proche de Bouteflika, pour actes de corruption avérés. Cela est aussi valable pour l'ancien ministre de la Justice, M. Charfi, limogé pour avoir «osé» s'intéresser de près au trafic en tous genres du même Chakib Khelil et lancer contre lui un avis de recherche international !
Ce serait donc cette ligne de réhabilitation d'anciennes figures ayant marqué l'opinion publique par leur courage et l'injustice qu'ils subirent, qui semble avoir les faveurs de l'actuelle direction du pays. Et c'est en toute logique que l'on pense à M. Tebboune dont les attaques soutenues -et parfois précipitées- contre les grands noms de l'oligarchie sont restées vivaces dans la mémoire collective. Comme est restée présente dans les esprits l'humiliation qu'il subit au cimetière d'El Alia, le jour de l'enterrement de feu Réda Malek, quand le duo Saïd Bouteflika-Ali Haddad, accompagnés du syndicaliste des patrons, Sidi Saïd, se fendirent d'un fou rire inapproprié pour la circonstance mais fort révélateur du sort qui attendait le Premier ministre !
Ce serait probablement lui l'homme du consensus. On pourrait également penser à un Rahabi ou Benbitour, ayant eux aussi subi la «hogra» présidentielle, mais ces derniers sont trop indépendants et leur conception de la démocratie ne cadre pas avec les ambitions d'un pouvoir n'aimant pas trop les mutations inopinées. La carrure d'un homme d'État doublé d'un justicier froidement abattu par le clan prédateur fera-t-elle oublier les rumeurs qui ont circulé sur l'ancien ministre de l'Habitat et dont on ne sait pas si elles sont fondées ou inventées ? Attendons d'abord pour voir si Tebboune est vraiment l'homme qui aura l'aval du système. Mais surtout attendons de savoir si ces élections se dérouleront normalement...
M. F.

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