Rubrique
Les choses de la vie

La sale histoire de l'argent sale

Publié par Maâmar Farah
le 16.05.2019 , 11h00
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Nous avons toujours écrit que les fameuses décisions suivies aussitôt de surprenantes contre-décisions, marque de fabrique des dernières années de Bouteflika, ainsi que le flou idéologique entourant les grands axes économiques ballottés parfois d'un extrême à l'autre et les mystérieux "dégommages" succédant aux nominations, n'étaient guère le signe d'un flottement au sommet du pouvoir, ni une preuve de sénilité de son chef mais bel et bien la preuve que des forces contraires s'affrontaient autour des décisions fondamentales engageant l'économie nationale. Nous n'avons jamais gobé l'idée que l'ensemble du pouvoir était pourri. Maintenant que les chose se clarifient, il semble que la «bande» n'était pas toujours libre de ses mouvements sinon il y a longtemps que toute la propriété publique aurait été bradée. Il y avait probablement une force contraire qui intervenait, pas toujours au bon moment, parfois in extremis, pour limiter les dégâts. S'agissait-il des forces de sécurité qui craignaient qu'un système inique poussant le bouchon trop loin finit toujours par soulever les masses ? S'agissait-il de quelques sages conseillers qui arrivaient à se glisser jusqu'à l'oreille de Bouteflika dont on nous disait qu'il n'était pas totalement inconscient ? Nous en saurons probablement plus le jour où la justice voudra ouvrir le lourd dossier de l'usurpation de la fonction présidentielle!
Nous n'en voulons pour preuves que la nomination puis le limogeage de M. Tebboune ainsi que l'arrêt inattendu du fameux "partage du gâteau" sous forme de partenariat public privé. Tebboune est nommé pour mettre de l'ordre dans la boutique, notamment en termes de lutte contre le poids encombrant d'une oligarchie prédatrice et immorale. Nommé par qui ? Qu'en pensait le «régent», véritable patron de la «Casa d'El-Mouradia» ? Questions sans réponses mais une piste est donnée par Tebboune himself : il aurait reçu des ordres de la part du président de la République pour nettoyer les écuries d'Augias.
Mais le gars court à sa perte en confondant vitesse et précipitation et ses virulentes attaques contre l'oligarchie mettent le feu à la baraque. La bande n'entend guère laisser ce troubadour remettre en cause la richesse et les pratiques de cette nouvelle caste de maîtres tout-puissants de la décision économique qui attendaient patiemment de prendre les  leviers politiques. C'était cela l'enjeu et le péril majeur du cinquième mandat : abattre définitivement ces forces contraires et livrer le  pouvoir politique à l'oligarchie après lui avoir ouvert les portes du pouvoir économique. L'argent sale qui jouait déjà les trouble-fêtes dans les partis de la coalition et les assemblées élues attendait de grimper plus haut !
Le jour où le trio Saïd Bouteflika-Haddad-Sidi Saïd se donna en spectacle au cimetière El-Alia, par un fou rire grotesque et peu conforme aux bonnes manières, nous savions que le sort du pauvre Tebboune, tout proche de la scène, était scellé. Voici ce que nous écrivions, ici même en 2017 : «Haddad qui rit au cimetière aux côtés de Saïd Bouteflika et de Abdelmadjid Sidi Saïd : voilà l'image qui aura marqué les Algériens durant la semaine écoulée. Elle n'est pas anodine ! Au-delà de son incongruité car elle a lieu au moment où l'on enterre un grand de la Révolution, cette image a été interprétée politiquement comme un soutien de taille au chef des patrons, l'inénarrable Ali Haddad dont les jours semblaient comptés depuis les coups de semonce en série du Premier ministre.
Triste Algérie où il faut aller aux cimetières pour comprendre les enjeux, les batailles cachées et celles qui ne le sont pas, les alliances et les contre-alliances.» (fin de l'extrait, 7 août 2017).
L'oligarchie allait chasser le Premier ministre dans les jours qui suivaient cette pitrerie tragi-comique. Une poignée d’affairistes était sur le point de tout contrôler pour faire passer l’Algérie à un nouveau stade du néolibéralisme. La mainmise de cette oligarchie sur différents pans de la vie politique, économique, sociale et culturelle allait se poursuivre et s’approfondir avec la puissance des médias audiovisuels et de la presse écrite qu’elle contrôlera, créant une nouvelle pensée unique dont le moteur sera l’argent. Ce sera la dictature néolibérale, la pire de toute! La dictature militaire ou bureaucratique n’est pas mieux mais elle permet toutefois d’espérer qu’il sera possible de l'écarter et d’instaurer une véritable démocratie. Car le danger, avec l’oligarchie, c’est de vous faire croire que son système est celui de la démocratie. Voir d’autres pays, parmi les plus grands, pour s’en convaincre. 
La maladie du président de la République a été bien exploitée par la bande qui avait intérêt à ce que les mandats ne s'arrêtent jamais. Exerçant le pouvoir d'une manière illégale, elle pouvait tout se permettre et tout expliquer. On justifie le peu de performance du secteur économique par les effets du... socialisme alors que ce dernier a disparu des écrans depuis une quarantaine d'années! Et quand la crise a pointé, c'était bien sûr de sa faute si tout ne marchait pas bien ! Non! La situation était plutôt due au manque de courage politique qui a empêché l’Etat de jouer son rôle dans la lutte contre l’importation destructrice et l’informel, le détournant de ses missions sacrées, à savoir continuer à agir pour l’investissement public afin de stopper une désertification industrielle dont on peut mesurer aujourd’hui les conséquences néfastes, lutter contre les importateurs véreux qui bénéficient de taux favorables de change leur permettant de contrôler le trafic des devises, récupérer les impôts que ne payaient pas certains oligarques tout-puissants, offrir du travail aux chômeurs, instaurer l'égalité devant la justice et promouvoir progrès social et modernité.
Quant au fameux partenariat «public privé» concocté à la va-vite sous l'œil bienveillant d'Ouyahia, ce n’était qu’une manière détournée de céder ce qui reste du tissu industriel et de certains biens immobiliers prestigieux de la capitale aux copains politiques à qui il aurait été plus patriotique de recommander d’investir au lieu de lorgner le patrimoine de l'Etat et du peuple ! Quant aux assiettes foncières des usines cédées, elles sont tout de suite détournées de leur fonction industrielle pour servir de surfaces aux projets immobiliers lucratifs ! Cette oligarchie voulait tout et tout de suite. Elle a profité d’une crise dont elle est, en partie, responsable, pour imposer des solutions ultralibérales qui risquaient de mener le pays à plus de problèmes économiques et sociaux. 
Sauf que le jeudi 11 janvier 2018, une décision inattendue de la présidence de la République bloquait tout et remettait en cause le fond et la forme du maudit partenariat. Ouyahia, Haddad et Sidi Saïd, désavoués, n'eurent que leurs habituelles courbettes pour survivre au désastre! Le jeudi suivant, notre chronique était consacrée à ce sujet. En voici un extrait : «Cet épisode reflète correctement les luttes actuelles entre l'oligarchie et les forces patriotiques qui ne sont pas contre la privatisation mais veulent une démarche qui ne s'apparente pas à de la prédation. Nous étions sur le point d'assister — passivement pour la majorité — à un véritable transfert de propriété de biens colossaux, d'hôtels prestigieux, de minoteries disposant de terrains plantés au cœur des villes; bref, d'une fortune colossale appartenant au peuple, bâtie avec hargne et moult sacrifices, vers des poches privées.» (fin de l'extrait, 18 janvier 2018).
Le libéralisme outrancier n’était pas et ne sera jamais une voie salutaire pour l’Algérie. Rejeté par la Révolution, il a été combattu par les élites de l’indépendance et toute une génération forgée dans l’esprit du sacrifice et du patriotisme. Est-ce dans cet esprit que les forces patriotiques à l'intérieur du pouvoir ont agi pour pousser le Président à stopper ce partenariat fait sur mesure pour  la nouvelle oligarchie ? Probablement, car le danger d'un passage en force de l'argent sale était réel. Tous les acquis de la lutte révolutionnaire du peuple algérien pour son émancipation risquaient d'être bradés au profit d'un système proche de la monarchie mais où les rois et les princes sont de sales magouilleurs, des exploiteurs sans foi, ni loi, des tricheurs et des bandits dont la place est au fond d'une geôle et non dans les jets privés et les soirées mondaines où ils baladaient leur sale gueule de parvenus analphabètes trilingues...
M. F.

P. S. : je reproduis, pour la énième fois, ce texte de Larbi Ben M'hidi qui est tout un programme :
«Le peuple algérien reprend une autre fois les armes pour chasser l'occupant impérialiste, pour se donner comme forme de gouvernement une république démocratique et sociale, pour un système socialiste comportant notamment des réformes agraires profondes et révolutionnaires, pour une vie morale et matérielle décente... Le peuple algérien est fermement décidé, compte tenu de ses déboires et de ses expériences passées, à se débarrasser à jamais de tout culte de la personnalité et le messalisme en est une des formes les plus primitives, les plus réactionnaires, les plus dégradantes...» 

CHRONIQUE
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