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Les choses de la vie

Les vents de Didouche soufflent sur les Bekaâ...

Publié par Maâmar Farah
le 24.10.2019 , 11h00
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Cette révolution, née soudainement dans les rues de Beyrouth et de Nabatieh, portée par des femmes et des hommes de toutes les religions, de toutes les conditions sociales, s'inscrit en droite ligne dans ce que l'on pourrait appeler les soulèvements populaires de troisième génération. Rappelons que les premières insurrections portaient sur le pain et la dignité. Leur point de départ fut Alger en Octobre 1988, bien avant la ruée des Roumains contre Ceausescu ou la chute du mur de Berlin, événements qui ont précipité l'effondrement du bloc communiste d'Europe de l'Est. Ces révolutions eurent pour conséquence l'instauration de démocraties de type occidental qui ne semblent pas avoir répondu aux légitimes revendications des masses populaires. Ces dernières se sont aperçues du stratagème : les attirer dans le camp des démocraties libérales n'avait aucune motivation éthique ou idéologique. C'était pour grossir l'empire du capitalisme, pour installer aux postes de commande les oligarques locaux ou leurs représentants, tous liés au grand capital international. Dans notre pays, la démocratie, élargie aux fondamentalistes hégémoniques, a dérapé d'une manière sanglante, nécessitant l'intervention des forces militaires et paramilitaires, pour éviter le pire.
La seconde vague de soulèvements populaires, connue sous le nom de «printemps arabe», fut une immense manipulation dont l'objectif était de servir le sionisme international en mettant à terre de grandes nations qui se regroupèrent jadis dans le fameux «Front du refus» opposé à l'abdication égyptienne de Camp David. L'une des images saisissantes des premières sorties des populations dans les rues fut cette levée de drapeaux britanniques, américains et français aux côtés de vieux emblèmes nationaux tirés des oubliettes et qui symbolisaient des époques marquées par l'inégalité, l'injustice et l'absence de droits sociaux pour l'immense majorité des peuples croupissant dans la misère. Car, et quoi que l'on dise, les pouvoirs révolutionnaires qui ont succédé aux royautés et autres règnes d'une fausse noblesse mimant les classes aisées occidentales; ces pouvoirs avaient assis les bases d'un large développement économique et social et modernisé des sociétés archaïques et en marge du progrès. L'enseignement démocratisé et la libération de la femme sont à inscrire parmi les réalisations notables de ces «dictateurs» éliminés physiquement ou contraints à l'exil et à l'humiliation.
Ces révolutions de deuxième génération n'avaient rien de populaire, ni de spontané : elles étaient sous contrôle occidental via des mouvements islamistes «modérés» inféodés à la Turquie et au Qatar. On a vu comment, au lieu de s'attaquer aux véritables problèmes socio-économiques, ces mouvements se sont illustrés dans l'art de l'esquive, préférant mobiliser leurs militants contre les droits acquis par les femmes et tout ce qui respire la modernité. Morsi tenait des meetings sur la Syrie, fustigeant le tyran Bachar, au moment où d'autres tâches urgentes l'attendaient : tirer le peuple du Nil de la pauvreté chronique et donner à l'Égypte les moyens de sortir de l'endettement infernal !
Très vite, les peuples se sont détournés de ces dirigeants hypocrites qui osent mettre Dieu au fronton de leurs sinistres entreprises. En Algérie, et malgré toutes les tentatives et les manipulations, le sinistre printemps sera stoppé à nos portes. Paniqué, le pouvoir de Bouteflika allongea une liste de promesses «démocratiques» qui furent oubliées dès que les vents de ce printemps se sont éloignés. Après sa maladie, un pouvoir parallèle prit les rênes du pays, cédant à une véritable mafia notre économie et même notre souveraineté.
Mais le peuple algérien, s'il reconnaît la manipulation au flair et ne s'embarque pas dans les entreprises hasardeuses, ne peut rester les bras croisés devant les excès de ses ennemis. Absent dans les années 2011, 2012, il lui reviendra l'honneur, comme en 1988, de lancer la première révolution de troisième génération. C'est ce qu'il fit en 1988, comme nous le rappelions précédemment, en lançant la vague des chutes des partis uniques ! Comment ne pas être fier de cette jeunesse qui réécrit l'Histoire à la manière de ses indomptables héros de la guerre de Libération. Dès le départ, aucun drapeau des puissances occidentales n'est levé. Cette révolution est réellement populaire et spontanée. Ses objectifs sont clairs : refuser le prolongement du pouvoir d'un vieillard usé et impotent qui ne règne plus et au nom duquel une oligarchie malfaisante dilapide l'argent du peuple. Mais, très vite, les revendications sont portées à un niveau supérieur : il faut «effacer» tous les éléments de ce pouvoir corrompu et les juger ! Ainsi est né ce Hirak qui émerveilla le monde par son pacifisme, la discipline de ses marches et la créativité de ses jeunes.
Ce Hirak a inspiré les jeunes Soudanais qui ont pu abattre l'indéboulonnable tyran de Khartoum. Après les dérives sanglantes de quelques militaires à la gâchette facile, les choses semblent se normaliser. Et puis, au moment où l'on s'y attendait le moins, voilà que les Libanais sortent à leur tour pour le troisième round de ces nouvelles révolutions. La tâche est ardue car il ne s'agit pas seulement de chasser les dirigeants et de les juger mais, aussi et surtout, de réformer le vieux système politique hérité des Français et qui repose sur le confessionnalisme et le tribalisme. Les Libanais en ont marre des mêmes noms qui dominent la vie politique depuis les années 60 et ils l'ont dit clairement : «Quand un chef disparaît, c'est son fils qui prend sa place !» Les Libanais ne veulent plus de l'opulence des classes dirigeantes corrompues qui est une insulte au dénuement incontestable de larges pans du peuple : «nous avons faim», ont-ils crié !
Contrairement aux Algériens qui marchent quelques heures le vendredi pour laisser la place, ensuite, à l'ordre établi, les Libanais occupent en permanence les rues et les places publiques où fusent des chants révolutionnaires alors que les télévisions ne quittent pas des yeux la mobilisation populaire. Autre fait marquant : les insurgés parlent de la création d'un Conseil de la révolution qui aura des représentants partout dans le pays. «La Révolution, ce n'est pas une œuvre d'art ou une broderie», avait dit Mao Tsé Toung. Elle ne se limite pas, non plus, à l'ego d'un selfie...
M. F.

P. S. 1 : à propos de Tliba, j'ai tout dit avant le 22 février 2019. Depuis, je n'en parle plus. Voici d'ailleurs mon commentaire sur cette «affaire» montée de toutes pièces, tel qu'il a paru dans ma chronique du 3 octobre 2019 : «Ma conviction est qu'il va réapparaître comme si de rien n'était... Je n'aime pas les feuilletons !»
P. S. 2 : trop d'importance est donnée au Drabki et je ne vois vraiment pas pourquoi on le fait parler en ce moment précis. Et pourquoi le Sahara Occidental ? Au lieu d'en vouloir à son pays, M. Saâdani devrait s'adresser à l'ONU qui traite ce dossier comme une affaire de décolonisation. Qu'il «cuve» ses milliards à Paris et laisse les patriotes algériens s'occuper d'affaires autrement plus nobles !
P. S. 3 : bravo à M. Bernaoui qui vient de donner un grand coup dans la fourmilière du lobby du tartan. Nous avons des stades partout, il suffit de les moderniser (gradins à couvrir, sièges à installer, éclairage à améliorer, etc.) et de les équiper de pelouse naturelle. Partout dans le monde, le foot se joue sur l'herbe, même dans les pays désertiques. L'une des plus anciennes pelouses du Maghreb — et la meilleure probablement — se trouve au stade vélodrome d'Annaba (Chabou). Il n'y avait ni grands ingénieurs, ni sociétés huppées pour l'entretenir. Juste quelques ouvriers agricoles consciencieux. Lors de sa retraite, feu Doudou, gardien de but de l'équipe de l'ALN, s'en occupa d'ailleurs merveilleusement bien.
Soutien total au ministre dans cette œuvre de salubrité publique car il va être probablement lynché par les médias vendus aux différents lobbies du fric et le tartan, c'est beaucoup de fric !

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