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Les choses de la vie

L'État-Nation face aux périls de la manipulation !

Publié par Maâmar Farah
le 20.04.2019 , 11h00
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Le mouvement du 22 février 2019, né d'une volonté populaire et d'une démarche unie et spontanée du peuple algérien en réponse à l'entêtement du pouvoir, et même s'il garde son autonomie par rapport aux néfastes influences étrangères, ne peut échapper aux multiples appétits de ceux qui, depuis le début des années 90, refaçonnent la carte de l'Europe et du Moyen-Orient en fonction de leurs intérêts.
Le Hirak a vu le jour d'une manière autonome, sans tutelle partisane ou idéologique, ni influence étrangère. Dans les révolutions dites «colorées» et ayant touché les pays d'Europe de l'Est ou durant le sale «printemps» arabe, les drapeaux des Etats-Unis d'Amérique, ainsi que ceux de certaines puissances occidentales, côtoyaient les emblèmes nationaux. Dans les pays arabes, on a carrément sorti les couleurs des anciens régimes sous tutelle occidentale, comme si l'on rejetait d'un trait toutes les transformations économiques et sociales apportées par les vraies «révolutions», comme si, malgré leur caractère dictatorial, ces régimes post-coloniaux n'avaient pas tenté d'apporter le progrès au sein de ces peuples ravagés par la colonisation et réduits à l'état d'esclavage. La violence de la réaction populaire a été à la mesure de la violence exercée par l'appareil répressif de ces pouvoirs s'éloignant peu à peu des valeurs pour lesquelles ils ont éliminé rois et anciens présidents décriés !
Mais on découvrira plus tard que ces mouvements populaires qui ont ébranlé tant de pays, dessinant un arc d'hostilité manifeste sur le flanc Ouest de l'ancienne URSS et bouleversant totalement la géopolitique du côté du Moyen-Orient en éliminant les pouvoirs refusant toute paix avec Israël; on découvrira donc que ces mouvements n'étaient ni spontanés, ni émancipés par rapport aux influences étrangères. En fait, le travail de sape ainsi que la manipulation n'ont jamais cessé. Il y a juste les méthodes qui ont évolué. Dépassée, la radio «Voice of America» cède le pas aux sites internet et aux millions de pages Facebook destinés à propager les fausses rumeurs, à unifier slogans et revendications et à créer le climat propice aux «révolutions».
Aujourd'hui que tout devient clair, il s'en trouve pourtant parmi nos amis qui rejettent ces accusations, comme si les Américains eux-mêmes et leurs relais n'avaient pas reconnu implicitement l'existence de ces plans financés secrètement et menés par la CIA et le Mossad. Comme si la centrale américaine n'avait pas versé plus de 200 millions de dollars dans la fabrication de fausses vidéos sur la «répression» des Tripolitains, images diffusées par Al Jazeera peu avant la chute de Khadafi. Comme si un certain BHL n'avait pas déclaré le plus franchement possible qu'il a agi en Libye dans l'intérêt d'Israël et «en tant que Juif !». C'est lui qui l'a dit. Pas moi ! Comme si la même chaîne n'avait pas montré d'autres images de «combats» entre Arabes et Mozabites, avec l'implication de faux policiers algériens, scènes tournées probablement dans l'Est marocain, etc. Comme si, hier, plus d'une dizaine de «diplomates» français ne débarquaient pas avec un arsenal militaire impressionnant en Tunisie... Les exemples sont nombreux qui montrent que l'image, le son, les réseaux sociaux et l'infiltration d'agents sont les armes de la manipulation moderne.
Tout est clair mais c'est nous qui ne savons pas écouter notre environnement, ni saisir les enjeux du présent et du futur. Il y a quelques années, Mme Hilary Clinton nous faisait l'honneur d'une visite à Alger. Au programme, différentes activités diplomatiques et, surtout, des séances de «dialogue» avec des associations et des groupes choisis par l'ambassade US. Sujet de la réunion : la démocratie ! En fait, il existe des fonds spéciaux destinés à financer de vastes campagnes de sensibilisation — manipulation, plutôt — qui, sous couvert de démocratisation, visent à frapper les pays résistant à l'influence d'Israël dans la région, par la destruction de l'Etat-Nation ! Cet Etat-Nation pour lequel tant d'Algériens sont morts; pour lequel d'autres ont lutté et souffert parce qu'ils savaient que c'est le toit sous lequel se bâtit notre avenir dans la dignité.
Nous devons préserver cet Etat-Nation quoi qu'il nous en coûte ! Du reste, on ne peut que rester émerveillés devant la conscience aiguë et la vigilance des jeunes Algériens qui rejettent toute intervention étrangère. Hormis l'emblème de notre identité amazighe et celui de notre engagement anti-sioniste, le drapeau national n'est accompagné par aucune autre couleur rappelant un ordre passé ou un attachement à une puissance étrangère ! Clairs et nets, les Algériens ont dit «non» aux différentes tentatives d'infiltration étrangère. Echaudés par les expériences passées, ils veulent garder à leur mouvement son caractère unitaire et indépendant. Et ça marche bien jusqu'à présent, sauf que...
Sauf que, et c'est visible surtout ces deux dernières semaines, les réseaux sociaux se mettent à distiller, d'une manière intensive, des fake news au caractère dangereux pour l'unité des rangs et l'harmonie des revendications. Ces rumeurs, qui sont malheureusement partagées à l'infini sans aucune vigilance quant à leur caractère nocif, ont pour objectif premier de diviser les rangs des manifestants. Désunis, les Algériens ne pourront rien contre l'ogre qui demeure encore très fort malgré les victoires remportées. Il y a un tas d'informations décrédibilisant toute personne recueillant le soutien populaire. Une autre manière de détruire l'image de certains patriotes : ils sont expressément classés dans la catégorie des «amis de la France» ou comme «ennemis de la religion», etc. Mais il y a plus grave !
Alors que l'unité est le principal étendard du Hirak, — unité du peuple, sans régionalisme, ni différences idéologiques; unité dans les revendications nettes et précises —, voilà qu'apparaissent des pages dénonçant des personnalités de la Kabylie sous un tas d'accusations non fondées, voilà que l'on ressort les vieilles querelles régionalistes, etc. Ces rumeurs et toute cette littérature de bas étage trouvent malheureusement preneurs parmi les jeunes qui viennent directement sur Facebook pour s'informer, sans passer par la presse écrite et même la télévision. Nous ne le remarquons même pas tellement les choses évoluent rapidement, mais la dernière génération, celle qui est née en 2000, ne fréquente guère les écrans télé et s'abreuve uniquement d'internet, le smartphone écartant tous les autres outils d'information !
Ceci pour dire que la grosse machine de propagande et de manipulation s'est mise en branle bien après le début du mouvement. Prise au dépourvu par l'ampleur et la solidité du Hirak, elle semblait totalement dépassée quand, réalisant qu'elle pouvait toujours agir pour casser la mobilisation et affaiblir les rangs; elle s'est mise en branle tardivement. Dire qu'elle vient uniquement de l'étranger ne reflète pas la réalité des faits. Il est clair que certains acteurs mis en cause au titre des accusations dirigées contre la «bande» sont directement impliqués dans cette bataille d'arrière-garde.
La réponse aux revendications des manifestants est certes lente mais elle répond à l'essentiel et se fait par étapes. Comme la responsabilité des opérations est désormais aux mains des militaires, on comprend leur détermination à inscrire leur action dans le cadre constitutionnel, même si, de notre point de vue de civils, on aurait voulu ne pas aller aux élections dans moins de trois mois et surtout une transition ouverte à des personnalités acceptées par tous. En tout état de cause, le peuple est appelé à juger l'état-major de l'ANP sur les actes et l'on remarquera que le dernier discours du général-major Gaïd Salah a été accompagné par la démission de M. Belaïz, ouvrant la voie de la succession à une personnalité peu connue, donc peu sujette à être accusée de "reste" du pouvoir finissant.
L'armée s'est solennellement engagée à pousser vers la réalisation des objectifs du peuple et à le protéger. N'ayant que peu d'issues de secours sécurisées, et face aux multiples périls qui guettent le pays, peuple et armée sont condamnés à agir de concert et à se faire mutuellement confiance. Du reste, nous saurons, dès ce vendredi, comment l'armée va «protéger» le peuple contre les dérives policières.
En attendant, est-il opportun, maintenant et en tenant compte de toutes ces données, de demander le départ du chef de l'armée ou de s'attaquer à l'ANP, alors que nous avons fort à faire avec les «B», les «A» et toutes les lettres de l'alphabet ? Je pense qu'une telle demande, dont je ne discute pas le fond car chacun est libre d'avancer ses idées, est inopportune en ce moment précis. Voire même périlleuse pour la préservation de l'Etat-Nation.  La priorité est ailleurs...
M. F.

 

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