Rubrique
Les choses de la vie

Une question de sécurité nationale !

Publié par Maâmar Farah
le 11.10.2018 , 11h00
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Alors qu'en Tunisie voisine, la chaîne Nessma est menacée de fermeture par l'Autorité de régulation audiovisuelle (HAICA), un épisode rocambolesque vient de marquer la vie des chaînes télé locales avec l'arrestation controversée d'un journaliste d'Ennahar et la réaction mélodramatique de son directeur et patron. Il n'y a aucune similitude entre les deux affaires, sauf qu'elles traduisent des restrictions à la liberté de la presse et un malaise dans l'audiovisuel privé qui n'arrive pas encore à s'imposer dans des pays où l'on conçoit mal la critique des institutions en place. Les réponses des pouvoirs sont évidemment différentes. En Tunisie, où les chaînes privées locales existent par la force de la loi et sont encadrées par une Autorité bien réelle, ces dépassements de part et d'autre peuvent être interprétés comme des difficultés d'adaptation à un nouveau mode de communication plus libre ; une maladie infantile en quelque sorte qui trouvera sa guérison dans la pratique quotidienne et le dialogue. Bien sûr, ces anachronismes traduisent aussi des luttes politiques ou politiciennes eu égard au caractère engagé de certaines chaînes tunisiennes en faveur de tel ou tel programme. Nessma est une chaîne démocrate et républicaine, moderniste à souhait, qui est mal vue par les tenants de l'obscurantisme et même les conservateurs nostalgiques de l'ancien ordre. L'affaire algérienne ne repose sur aucune «légalité». Ni la chaîne n'est légale dans le sens où elle émet selon les lois non algériennes ni l'arrestation qui s'est faite en dehors du cadre judiciaire n'est réglementaire. Il est évident que nous ne pouvons qu'être d'accord avec tous ceux qui défendent la liberté de la parole et dénoncent certains comportements des services de sécurité. Mais nous ne pouvons aussi ignorer que ceux qui s'élèvent aujourd'hui contre de telles pratiques n'avaient pas dit mot quand la répression s'est abattue sur d'autres chaînes privées. Nous avions publié un espace blanc à la place de cette chronique lorsque Atlas TV fut arrêtée de force et que ses plateaux furent investis par la gendarmerie qui saisit le matériel et cadenassa ses locaux. Notre solidarité ne peut pas être sélective et nous souhaitons sincèrement que ces arrestations dans la rue, au sortir des domiciles ou devant les lieux de travail, s'arrêtent définitivement. Mais la vérité est que, dans ce secteur comme dans d'autres, le flou originel explique toute cette confusion qui continue d'empêcher l'émergence d'un audiovisuel national fort, professionnel et respectueux des lois. Toutes ces chaînes privées que regardent les Algériens sont des créations pirates. Rappelez-vous : durant de longues années, nous appelions à la naissance d'un secteur privé de l'audiovisuel qui viendrait compléter notre propre expérience de presse libre et donner aux Algériens la possibilité de se détourner des chaînes françaises et moyen-orientales dont certaines ne sont guère innocentes. La décision d'autoriser la diffusion de télévisions privées tarda, au point où nous pensions qu'elle n'allait jamais voir le jour. Et puis soudain, à la faveur de la campagne électorale pour les présidentielles de 2014 qui se préparaient déjà dès 2012, une kyrielle de chaînes vit le jour sans aucune autorisation. Alors que la loi parlait de télévisions de droit algérien et seulement de chaînes thématiques, ces nouvelles créations avaient leur siège social à l'étranger et prenaient progressivement la forme de canaux généralistes. C'était clairement pour un but électoraliste puisque la majorité de ces chaînes faisaient de la publicité pour le Président sortant. Celles qui avaient un autre choix furent rapidement balayées et même fermées par la force publique. Dès le départ donc, les choses étaient biaisées. Pour donner l'impression d'un secteur structuré, une Autorité de l'audiovisuel fut créée, simple appareil bureaucratique qui n'avait aucun pouvoir de décision et encore moins un regard sur les programmes de ces télévisions qui se cachaient derrière le statut de chaînes de droit étranger. Au fil des ans, ce secteur privé connut un développement sans pareil. Il réussit à détourner les Algériens des programmes étrangers. TF1, MBC et Al Jazeera furent détrônées par les chaînes algériennes publiques et privées. Mais cela s'est fait souvent au prix d'un alignement par le bas, en offrant des programmes de niveau médiocre et en exploitant exagérément la religion. Très vite, certaines chaînes ont compris l'intérêt qu'elles tireraient d'un changement de statut en s'orientant vers le tout info. En l'absence d'un équilibre pouvant donner au téléspectateur un choix crédible de programmes informatifs, tout l'audiovisuel algérien fut au service exclusif du pouvoir, les rares critiques touchant des niveaux secondaires et notamment les autorités locales. Nous avons toujours appelé à l'émergence de chaînes publiques d'information qui permettraient à l'Etat de contrecarrer des programmes privés parfois inspirés de divers courants politiques ou mus par des intérêts mercantiles. On ne peut confier toute l'information audiovisuelle à un secteur privé de droit étranger et dans un pays où la pratique démocratique est à ses débuts. Discutant avec des responsables de la télévision, nous avions reçu cette réponse : «C'est l'ancienne mode ! L'info télé publique, c'est du passé ! Maintenant partout, c'est le privé qui domine le tout info à la télé...» Nous avons entendu cela au moment où France 24 était bien installé déjà et où France Télévision préparait le lancement de «France info», une nouvelle chaîne publique spécialisée dans l'information ! Sans compter les journaux télévisés de France 2, France 3, TV 5, LCP, etc. Et toutes ces chaînes sont du secteur public ! Et encore, la France est le dernier pays européen à avoir compris la nécessité de disposer de chaînes d'info publiques vers lesquelles le téléspectateur se tourne en cas de crise ou d'événements exceptionnels. En Allemagne, de nombreuses chaînes d'information nationales et régionales s'imposent depuis longtemps déjà et se sont renforcées depuis la révolution numérique qui a vu l'émergence de bouquets où l'info et le documentaire ont une place de choix. Faut-il rappeler le poids imposant de la BBC en Angleterre ? Faut-il citer Raï News et 24 Horas en Italie et Espagne ? Et que dire de toutes ces chaînes d'information du Golfe persique où les Etats continuent d'avoir leur mot à dire dans de grands rendez-vous informatifs conçus selon des normes professionnelles modernes ? Evidemment, vous comprendrez que nos interlocuteurs faisaient référence aux Etats-Unis et à leur système exclusivement privé et dominé par la tendance mainstream ! Pourtant, l'Algérie possède ses propres caractéristiques et laisser exclusivement l'information audiovisuelle aux mains de sociétés privées dont on ignore le financement et les orientations réelles demeure un risque majeur que nous paierons cher un jour ou l'autre. Il s'agit, ni plus, ni moins, d'une affaire de sécurité nationale car si ces chaînes de droit étranger se reconnaissent aujourd'hui par leur docilité au pouvoir qui les nourrit, rien ne dit qu'elles ne répondront pas un autre jour à d'autres forces qui les financeront. Nous ne visons personne mais le danger demeurera tant que l'Autorité de régulation restera impuissante. Composée d'experts reconnus et dirigée par un homme au passé prestigieux dans le monde de la presse, cette Autorité n'a pas pu imposer sa voix au milieu d'une cacophonie assourdissante ! A chaque fois qu'elle tente de faire son travail, on lui rétorque que les télévisions incriminées sont de droit étranger et qu'à ce titre, elles échappent à tout regard national ! Le meilleur exemple de cette impuissante fut l'implication de l'ARAV dans le projet étatique d'organisation du secteur audiovisuel qui devait permettre la création de sept chaînes thématiques privées de droit algérien. Les télés qui occupaient la place eurent une réaction d'enfants gâtés à qui l'on tentait d'enlever leurs jouets et réussirent à faire avorter le projet !
M. F. 

 

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