Rubrique
Les choses de la vie

Une vie dédiée à l'Algérie et au socialisme

Publié par Maâmar Farah
le 13.02.2020 , 11h00
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«Une pensée émue à Louisa Hanoune et aux autres détenus. Tenez bon ! La vérité triomphera. C'est une question de jours, de semaines, de mois...» : ainsi je concluais ma chronique du 16 janvier dernier. Finalement, ce fut une question de jours... Heureux pour elle, pour sa famille, pour tous les camarades du Parti des travailleurs qui sont restés debout malgré l'injustice qui a frappé leur cheffe... Heureux pour les militants des autres partis qui n'ont pas baissé les bras, heureux pour tous les hommes libres de ce pays et du monde qui ont donné de la voix pour exiger la libération de la pasionaria du PT... Heureux aussi pour la justice de mon pays, qu'elle soit civile ou militaire, qui peut s'élever à la hauteur de l'acte de juger, si complexe sous le poids des considérations politiques et des pressions de toutes sortes.
La condamnation de Louisa Hanoune à quinze années de prison n'était pas juste. Nous n'avons pas toutes les pièces du dossier mais nous comprîmes qu'elle avait été invitée à donner son point de vue sur les évènements en cours, dans une réunion qui prit une tout autre tournure. Elle ne portait aucune responsabilité dans ce qui a pu se dire durant cette rencontre ou ce qui a pu être décidé et le complot dont on l'a accusée ressemblait à une grosse blague : de quels moyens disposait-elle pour constituer une menace pour la sécurité du pays ? 
Le premier jugement prit donc les allures d'une profonde injustice à l'égard de cette dame qui a consacré toute sa vie à la défense de la classe ouvrière et de l'indépendance du pays. On la trouvait là où le travailleur algérien avait besoin de solidarité pour se libérer du joug de l'exploitation et du mépris d'une maffieuse caste de nouveaux riches, des parvenus qui font parfois pire que les colons. Elle était là quand les menaces assombrissaient le ciel de notre pays, appelant à l'unité des rangs et à la vigilance face aux complots soufflés de l'extérieur par l'impérialisme et son élève assidu : le sionisme. Elle n'a jamais reculé quand il s'agissait de luttes pour l'identité ou pour la liberté de la femme.
Louisa Hanoune est une icône de l'engagement algérien en faveur de la Palestine et de son projet national libérateur pour la création d'un État indépendant épousant les frontières de 1967 et ayant pour capitale El Qods. Toutes les causes justes trouvent en elle et en son parti des défenseurs acharnés. Elle est palestinienne, sahraouie, cubaine, vénézuélienne... Comme elle fut jadis vietnamienne et sud-africaine noire. Louisa est une internationaliste convaincue qui milite pour l'émergence d'une société socialiste. Si elle mesure mieux que quiconque les difficultés du parcours et les natures différentes des étapes à traverser, ce qui lui a valu parfois des relations troubles avec le pouvoir, Louisa n'a jamais caché son appartenance à la grande famille de la gauche algérienne. Une gauche décimée, laminée, mise à mal par les méfaits et les tueries de l'obscurantisme, les dilapidations et les injustices criantes du capitalisme sauvage et l'avidité de l'oligarchie prédatrice, mais cette gauche restera vivante dans nos cœurs tant qu'il existera des partis comme le PT, le PST, le FFS et l'ancien PAGS qui fut la grande école du socialisme et de l'anti-impérialisme et qui donna Ettahadi, le PADS et le MDS(*)... Pouvons-nous oublier ces grands hommes aux noms lumineux : Bachir Hadj Ali, Sadek Hadjeres et El Hachemi Chérif ?
Je dérive ? Je parle comme un gars des années 1970 ? J'écris comme j'écrivais dans El Moudjahid ? J'utilise encore les mots en «isme» ? Oui, mille fois oui et fier de le répéter dans les colonnes d'un journal algérien sans dogme où les autres courants s'expriment aussi librement. L'oligarchie et ses relais politiques tentaient souvent de nous complexer avec leur ridicule sentence : «finie l'idéologie !» En vérité, ils voulaient gommer ce qui restait de notre belle expérience socialiste (enseignement gratuit, médecine gratuite, logement gratuit, soutien des prix des matières essentielles, libération de la femme, solidarité avec les peuples en lutte pour leur indépendance, etc.) Cependant, ils oubliaient de nous dire que le néo-libéralisme qu'ils avaient choisi ainsi que la libération des travailleurs, l'emprisonnement des cadres, les privatisations sauvages et j'en passe ne sont autres que des choix IDÉOLOGIQUES clairs !
S'il reste nécessaire de corriger le tir et de revoir certaines dispositions à la lumière des contraintes accumulées, il ne faut surtout pas retomber dans les erreurs d'un passé récent. Il ne faut jamais perdre de vue l'expérience lamentable des privatisations et de l'argent public colossal mis dans les poches de l'oligarchie. Oui au secteur privé productif mais surtout : oui au rôle de l'État dans la défense des intérêts du peuple et de la Nation. Nous ne sommes pas encore dans la situation où l'État peut se retirer facilement. Le peuple a encore besoin d'un État fort et entreprenant. L'importation, par exemple, a montré les limites du tout privé : nous importons n'importe quoi ! L'objectif n'est plus de satisfaire nos besoins en produits que nous ne fabriquons pas, mais vise clairement à vider le Trésor public de ses devises ! Cette course effrénée aux importations fait encore plus de mal à notre situation financière avec la pratique, presque généralisée, des fausses factures... L'argent ainsi gagné (volé ?) en devises sonnantes et trébuchantes sert à alimenter... le marché parallèle ! Double crime économique ! Vous allez me traiter de fou, mais je le dis quand même : pour sauver le peu de réserves financières lourdes qui nous restent, il faut nationaliser certaines filières de l’importation. Autrement dit, revenir au système des monopoles étatiques pour CERTAINES matières comme cela existe déjà pour les céréales et le lait. En veillant toutefois au choix rigoureux des cadres dirigeant ces offices et à l'instauration de mesures antibureaucratiques efficaces. Il reste entendu que ces mesures seront à caractère provisoire en attendant la réorganisation du secteur des importations et — c'est l'objectif suprême — la substitution des produits importés par la marchandise locale.
Je veux terminer en souhaitant à Louisa Hanoune un prompt rétablissement et aux détenus du Hirak de garder le moral car le jour du salut est plus proche que jamais. Je crois qu'il ne faut pas attendre du mal du nouveau pouvoir. Il faut lui donner le temps car il n'est pas facile de sortir des marées gluantes dans lesquelles Bouteflika et son clan ont enfoncé le pays. 
Enfin, je ne vois pas pourquoi on tarde à nationaliser les biens de l'oligarchie prédatrice dont les têtes sont en prison : plusieurs vies ne leur permettront pas de rembourser les prêts accordés généreusement par les banques nationales. Et puis, n'ont-ils pas «hérité», dans l’opacité totale, de sociétés publiques souvent rentables ? Rendons à César...
M. F.

(*) Je n’ai appartenu et n'appartiens à aucun parti et, en cela, je reste fidèle au mot d'ordre du Soir (citation de Pullitzer à lire dans l'encadré contenant les mentions légales et les noms des responsables du journal, que les professionnels appellent «Ours»). Cependant, les convictions progressistes de mes 20 années ne changent pas. Je sais : il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas. Tant pis, j'assume !


P. S. : je ne savais pas qu’il y avait des milices islamistes dans les écoles ! Si cette histoire de conseil de discipline pour une institutrice qui refuse de porter le voile se confirme, ce sera d’une extrême gravité ! C’est avec ces reculs progressifs, qui font suite à l’interdiction faite, en été 2017, aux chanteurs de se produire sur les places publiques, subitement occupées par les prieurs, que la bête immonde peut revenir. La politique de Bouteflika nous a fait revenir aux mêmes tribulations et aux reculs républicains d’une manière générale. Pire ! Dans l’Algérie de la fin 1998, personne ne pouvait penser qu’il viendrait le jour où les écoles, temples du savoir et bastions républicains, se transformeraient en sanctuaires de l’intégrisme. 

 

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