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Les choses de la vie

Vendredi 15 mars : le test de vérité !

Publié par Maâmar Farah
le 16.03.2019 , 11h00
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Il y a trois semaines, j'écrivais ici même que rien ni personne ne pouvait empêcher le système électoral coutumier, grosse mécanique bien huilée de détournement des voix, de sortir de l'urne, encore une fois, Abdelaziz Bouteflika. Cette certitude ne signifiait pas que je m'inclinais devant la tricherie et cédais ainsi au pouvoir des oligarques. Au contraire, pour avoir mené ce combat, parfois seuls, nous autres de la corporation des journalistes indépendants, savons mieux que quiconque que les plumes solitaires et les quelques voix non structurées dans l'Ordre de la politique politicienne ne pouvaient récolter, au mieux, que quelques mots anonymes d'encouragement enfouis dans les boîtes du courrier électronique ou les SMS. C'est ce sentiment d'impuissance, doublé d'un dégoût total face aux pratiques maffieuses d'un syndicat d'affairistes milliardaires, illettrés et opportunistes, qui peut expliquer notre scepticisme habituel, voire notre pessimisme parfois.
C'est autant dire que la surprise fut grande, chez nous d'abord, de voir le peuple sortir dans la rue pour réclamer que cessent ces pratiques qui s'exercent au nom de la... démocratie ! Démocratie de façade monopolisée par des partis de gros mangeurs de dinars et de dollars qui se font payer pour applaudir encore plus fort; une espèce qui prolifère de la base au sommet, raflant des prêts bancaires colossaux et des projets à en veux-tu en voilà. Ce fut l'ère où les gros sous ouvraient les portes des assemblés locales et nationales. Une faune de malotrus ne connaissant rien à la politique prit possession de ces augustes forums dédiés à la parole libre et aux idées d'émancipation, non pas pour y semer les graines de l'espoir afin d'enfanter le sourire chez les jeunes, mais pour asseoir un système de corruption et de rapine aux dimensions infinies ! Du plus petit village aux grandes villes, ce système se multiplia rapidement pour créer une nouvelle maffia des affaires très puissante.
A un niveau supérieur, et par le jeu des alliances, la nouvelle bourgeoisie se pavanait dans un luxe tapageur, s'octroyant des terres dans les meilleures plaines du pays, dilapidant le patrimoine national, se partageant des demeures historiques, vivant entre Paris et l'Algérie, n'ayant aucun contact avec la «plèbe ». Ces anciens pauvres, propulsés par la goujaterie, le larcin et la corruption dans un monde où tout est faux, ne vivent que par la soumission aux maîtres du moment. Ces familles venues du néant se partagent les hauts postes, les ambassades, les grosses usines, les prêts, les logements somptueux à Paris ou Genève, les comptes bancaires dans les paradis fiscaux. Petit à petit, elles ont investi tous les domaines, y compris le monde fermé et protégé des hydrocarbures où elles activent en catimini et, comme si cela ne leur suffisait pas, elles s'apprêtent, elles et leurs amis américains, à se partager notre vache à lait. Pendant ce temps-là, de grosses entreprises publiques sont poussées à la faillite. J'ai cité récemment GTH — Grands Travaux Hydrauliques — qui a, à son actif, de grosses et magnifiques réalisations et qui dispose de matériel, de cerveaux et de bras et dont les travailleurs ne perçoivent plus de salaires depuis des mois. Par manque de charges! Non pas parce que l'Algérie n'a plus de travaux dans ce domaine - au contraire! - mais parce qu'il faut privilégier les amis qui raflent tous les projets hydrauliques et qui ne tarderont pas à récupérer le matériel des sociétés publiques, soit sous forme d'un partenariat fumeux, soit en attendant tranquillement leur faillite et la vente aux enchères.
Le peuple a trop dormi et, pendant tout le temps où il faisait la sieste, une brochette d'affairistes a mis main basse sur les richesses nationales. Le pouvoir politique avec ses assemblées fonctionnant à la «chkara», s'est mis au service de cette oligarchie envahissante. Aucun domaine n'échappera à ses tentaculaires bras. Nous sommes passés du monopole public au monopole privé. Les hommes d'affaires honnêtes qui refusent le diktat et la soumission sont vite réprimés, sous une forme ou une autre ! 
C'est autant dire que cette situation, entièrement contrôlée par un système qui utilise la justice, la presse, la télévision et tous les moyens pour protéger les intérêts de l'oligarchie, ne laissait aucune place à la contestation. Certes, de temps en temps, un événement inattendu vient semer le doute quant à l'homogénéité des idées partagées par le haut de la pyramide - comme l'arrêt brutal du partenariat public-privé commis entre Ouyahia, Sidi Saïd et Haddad -, mais, dans l'ensemble, on s'acheminait tranquillement vers un cinquième mandat qui allait renforcer le pouvoir des oligarques et proposer des "réformes" engageant davantage le pays dans la voie de l'ultralibéralisme. Quand est venu subitement ce coup de tonnerre qui ébranla la capitale et toute l'Algérie !
Au départ, la revendication unique était l'opposition au cinquième mandat. Le pouvoir était dans l'embarras. Je parle du pouvoir réel. Sa seule feuille de route date de début 2018 : reporter l’élection présidentielle de deux années et organiser une conférence nationale. La contestation populaire ramena la même proposition mais avec une concession faite par le pouvoir : réduire le cinquième mandat à une année seulement. Cette première lettre n'ayant rien donné au niveau de la rue, on rédigea une seconde en mettant l'accent d'une manière spectaculaire sur le retrait du Président : il n'y aura pas de cinquième mandat ! Les premiers commentateurs de la presse internationale ainsi que des hommes politiques pourtant rompus aux réalités des pouvoirs n'y virent que du feu. En effet, et la rue le comprit très vite, ce retrait de Abdelaziz Bouteflika n'en était pas un puisqu'il restera au pouvoir et, le plus beau, sans élection du tout! Il y restera deux années au lieu d'une seule ! Car si la fameuse conférence nationale doit se réunir à la fin de l'année, cela veut dire que la nouvelle Constitution ne sortira que début 2020. Elle doit être étudiée par les deux Chambres du Parlement, puis soumise à référendum. Cela nous mènera à la fin du printemps 2020. Ramadhan et vacances estivales reporteront donc la présidentielle à fin 2020 ou même à début 2021 ! Comptez !
La logique, la sagesse, voire un minimum de bon sens auraient commandé de reporter les élections de quelques mois, congédier les assemblées élues au niveau national et organiser - sans Bouteflika, âgé et malade - un vote sous le contrôle d'une commission indépendante. Le peuple choisira un nouveau Président qui aura la charge de mettre en place les éléments fondateurs d'une nouvelle république. Il le fera en conformité avec la Constitution et non en la violant comme le propose l'actuel Président dont le mandat expire le 28 avril prochain. Au lieu d'une transition porteuse de dangers, et des exemples africains sont là qui clignotent comme des feux rouges, on passera à un pouvoir légitime et non contesté car choisi librement par le peuple.
La rue ne semble pas près de s'arrêter et je ne pense pas que le pouvoir, défenseur de gros intérêts financiers nationaux et étrangers, la laissera faire longtemps. Parfois, j'ai l'impression que les appels Facebook qui ont ouvert les vannes au fleuve impétueux des contestations ont plutôt servi le pouvoir qui gagne une année supplémentaire sans courir le risque de présenter son candidat à une séance éprouvante - et pratiquement impossible à réaliser -, de prestation de serment. En outre, la «délicatesse» des policiers a de quoi surprendre et l'on se demande si elle répondait seulement à un désir d'éviter les confrontations ou si c'étaient des encouragements pour continuer les manifestations afin d'arriver au résultat escompté : le report de la présidentielle.
Tout cela m'amène à conclure que le véritable test sera pour ce vendredi 15 mars. Le pouvoir n'a plus de carte de rechange. Il a joué tous ses atouts. Il va fonctionner sur le seul argument : «Arrêtez car j'ai répondu à votre demande !» Mais comme tous les éléments indiquent que la rue continuera à exiger un véritable retrait de Bouteflika après le 28 avril, nous allons assister ce vendredi à l'épreuve de vérité. S'il y a un durcissement dans la réaction des forces de l'ordre, cela veut dire que le pouvoir n'est pas près d'aller plus loin et qu'il fera tout pour réaliser ses plans. La rue aussi. Rabi yostor Dzaïer ! (Que Dieu protège l'Algérie!).
M. F.

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