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Lettre de province

Abstention massive et ballottage positif pour le Hirak

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 14.12.2019 , 11h00
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Réglée comme du papier à musique, puis formatée afin d’éviter à la procédure électorale de déraper et enfin soumise aux avis de la logistique, cette élection qui, depuis des mois, a été la pierre d’achoppement de tous les désaccords entre l’état-major et le Hirak, manquait cependant d’intérêt politique et également de la nécessaire curiosité que pouvaient susciter des candidats à une présidentielle. Une indifférence qui ne s’expliquerait a priori que par la médiocrité des postulants dont les extractions politiques étaient majoritairement sujettes à caution. Par conséquent, en plus des objections ad hominem sur chacun d’eux, l’on ne peut, par ailleurs, ignorer la revendication principale du mouvement social qui exigea, assez tôt, que l’on aille avant tout vers une période transitoire. Seulement ce fut le contraire qui allait s’imposer à travers l’offre douteuse du recyclage constitutionnel uniquement profitable aux rescapés de l’ancien régime. C’est pourquoi l’enjeu d’un scrutin de cette importance qui, en bonne logique, aurait dû bénéficier d’un intérêt médiatique certain, ne se focalisa en définitive que sur les diktats de la caserne, d’une part, et son incessant rejet par le Hirak, d’autre part. Un détestable bras de fer engagé sciemment par le pouvoir et ne visant rien d’autre que de réduire la voilure de l’audience acquise par la rue. C’est ainsi que ce prétendu jour historique du 12 décembre s’est implicitement dévoyé en rendez-vous pour un «duel» mettant face-à-face la caserne et la multitude marchante attachée au projet d’une transition. Voilà comment l’on est parvenu, des deux côtés de la barricade, à faire peu cas des impétrants à la magistrature suprême pour ne s’intéresser qu’aux différends qui les divisent et cela afin de mesurer qui du refus édicté par le Hirak ou de l’autoritarisme aveugle des décideurs parviendra à modifier à son avantage le rapport de force. Ceci expliquant cela, l’on comprend pourquoi des spéculations qui, habituellement, évaluent à chaud les chances de chaque challenger se révélèrent plus rares par rapport à l’intérêt accordé à l’angoissante question de la participation de l’électorat. De fait, l’absence de paris sur les candidats est autrement plus significative car elle disqualifie l’objet même du vote. Autrement dit, le rôle des candidats a fini par être considéré comme un paramètre négligeable laissant entendre in fine qu’ils étaient interchangeables par rapport aux autres objectifs assignés à cette mascarade. C’est ce qui illustre parfaitement ce que l’on a voulu imposer en recourant hâtivement à cette joute électorale. Dès lors que l’on a estimé que seul la préservation de l’ordre politique prime sur le tri concernant les candidatures, peu importent les critères. C’est ce «ressenti», comme il se dit dans le jargon météorologique, qui a prévalu tout au long de la journée de jeudi. Celui qui donnait l’impression que l’on s’acheminait vers une triste apothéose avec un vainqueur morose qui, lui aussi, devine qu’il ne doit son ascension qu’à l’insigne «baraka» dispensée par les donneurs d’ordres. Comme quoi le déni de transparence qui a prévalu dans toute cette démarche signe dorénavant la défaite de ce qui reste de l’Etat. Cela veut dire que le semblant de scrutin que l’on a entaché de bourrage en amont des urnes rajoute une louche de scepticisme à la mise en garde de l’opinion. Car non seulement les résultats de ce vote ne consacrent guère la réelle légitimité d’une personnalité mais, plus grave encore, ils ont contribué à ouvrir la voie à la restauration des pratiques du système. De celles qui furent inaugurées avec la promotion de Chadli (1979) et qui ont fait de la magistrature suprême une fonction d’abord coptée par de «grands électeurs» en kaki avant que les urnes ne la paraphent pour la forme. En clair, le cordon ombilical qui, depuis près d’un demi-siècle, est à l’origine de toutes les «alliances» au sommet de l’Etat, n’a pas été rompu à la suite de la destitution de Bouteflika. En termes de praxis, la démarche actuelle des dirigeants n’a-t-elle pas consisté à s’inspirer de la méthode du binôme composé d’El-Mouradia et des Tagarins ? D’ailleurs, le chef de l’Etat et le généralissime feront cause commune en s’associant autour d’une présidentielle de «transition». Mais alors que doit attendre l’Etat d’un guide provisoire ? Sera-t-il contraint d’obtempérer à de discrètes lignes rouges ou bien pourra-t-il transgresser les conseils des alliés traditionnels ? Autant d’inquiétudes qui se traduiront sûrement sous forme de mots d’ordre lors des prochaines contestations. Car c’est de l’orientation globale de la future présidence qu’il s’agira. Celle qui, cette fois, doit rendre lisible sa démarche et transparent son rapport avec les institutions. Toutes les institutions, entendons-nous bien, afin de s’affranchir des connivences antidémocratiques. Désormais, l’impatience des chaumières et les mises en garde de la rue mettront à l’essai le prochain Président sous peine de voir son magistère abrégé. Tenu à la satisfaction des exigences de l’opinion, il ne sera pas à l’abri du désaveu capital. C’est qu’au-delà des impasses socio-économiques, le fait d’accéder à cette fonction dans des circonstances exceptionnelles ne peut que le priver de la moindre période de grâce. Car en fin de compte, on ne peut solliciter les urnes et les parrainages secrets et dans le même temps persister dans l’ambiguïté lorsqu’il s’agira de faire le grand ménage. Et puisque le temps des louvoiements est révolu, il n’est plus permis à un Président de se défausser de ses «impuissances» en recourant à la vieille ruse qui consiste à dire qu’on ne l’a pas laissé travailler.
B. H.

 

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