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Lettre de province

Cargaison-connexion : le microcosme a le «mal de mer» !

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 30.06.2018 , 11h00
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Stupéfaite par les récentes révélations impliquant de nombreux barons du régime, l’opinion nationale vient de réagir en recourant à l’humour noir : celui du désespoir face à ce énième feuilleton de la corruption. Edifiée par les précédents scandales dont les procès furent ficelés de sorte qu’ils épargnèrent les vrais donneurs d’ordre pour ne condamner que des lampistes véreux, elle a fini par ne plus faire confiance à l’habituelle promesse officielle d’une hypothétique justice équitable. Or, si le pouvoir n’a que si peu dérogé à ses méthodes de pompier, à l’image du récent exercice de communication du garde des Sceaux, c’est qu’il se trouve tout simplement en panne face à l’énormité de la corruption mise à jour. 
En terme politique notamment, celle-ci  ne risque-t-elle pas de devenir une sorte de caisse de résonance préjudiciable à la prochaine campagne pour le 5e mandat ? Et c’est cette proximité du rendez-vous qui semble perturber plus qu’il n’en faut la feuille de route du palais au point d’obliger celui-ci à jeter en pâture à l’opinion ce DGSN qui jusque-là avait la responsabilité du volet sécuritaire de l’Etat. Même si la décision de le limoger de son poste est en apparence conforme aux mesures préventives que recommande l’éthique, par contre nous n’avons pas le souvenir que le même mode opératoire fut appliqué à d’autres personnalités politiques lorsque certains soupçons les désignaient dans de sordides opérations de pots-de-vin. Ce serait donc les impératifs du calendrier politique qui déterminèrent cette brutale mise à l’écart. Autrement dit, l’affaire de la cargaison destinée à un importateur-corrupteur tombait trop mal pour le premier flic de l’Etat. Il est désormais loin le temps des fanfaronnades de tribunes lorsque le sommet de l’Etat délivrait des leçons d’éthique et promettait l’assèchement des arrosoirs porteurs de pots-de-vin ainsi que l’interdiction, par le biais d’une réglementation restrictive, de l’accès aux marchés de l’Etat. Depuis une dizaine d’années, ce sujet n’est même plus évoqué dans les traditionnelles professions de foi politique. Et c’est à peine si, de temps en temps, l’action gouvernementale donne le change en bricolant des organismes dédiés à la traque de réseaux de la corruption. En principe, donc, les instruments existent sauf qu’il est «déconseillé» d’en faire le bon usage quand cela est nécessaire ! L’Algérie, où la corruption est allée en s’amplifiant au fur et à mesure que les recettes pétrolières autorisaient un train de vie de l’Etat contraire aux règles prudentielles, se retrouve à présent tout à fait incapable de juguler cette tare. Avec une dérégulation économique non maîtrisé et des connivences douteuses qui s’étaient tissées entre-temps, n’avaient-elles pas contraint la puissance publique à lâcher tactiquement du lest au cours de chaque programme d’orientation avant d’abdiquer finalement ? Trop préoccupé par sa survie, le pouvoir déléguera alors progressivement une partie de ses prérogatives régaliennes à «l’initiative féconde» (sic) du privé ! C’était ainsi d’ailleurs qu’il s’en trouva des apôtres du libéralisme économique aux postes sensibles du commerce et de l’importation des besoins du pays. Fourrier secondaire de la mondialisation économique, l’Algérie devint celle du bazar. 
Par ailleurs, même les secteurs stratégiques relatifs aux besoins premiers du pays seront cédés à des particuliers. En effet, il y a quelques années, nul n’ignorait les noms et les prête-noms de ceux qui firent main basse sur le juteux secteur céréalier jusqu’à mettre en péril l’organisme régulateur qu’était l’OAIC. De plus, comment a-t-on expliqué officiellement le fait que les gouvernements successifs aient tergiversé 5 années durant avant de mettre en place un «conseil de la concurrence». Et pourquoi une décision gouvernementale fixant un plafond aux transactions financières et liquide demeure à ce jour lettre morte dans 50% des opérations commerciales ? Autant d’échecs de l’appareil d’Etat qui montre bien que les leviers réels de la gouvernance ont effectivement changé de main. En résumé, c’était l’insupportable souci du pouvoir de gagner en notoriété  qui fera le lit à d’inadmissibles concessions. Matérielles, pour la plupart d’entre elles, elles étaient taillées sur mesure pour les réseaux d’allégeance. De cette séquence politique (2004-2005), date de l’émergence de la culture de la prédation dans tous les secteurs d’activité. Celle que l’on pourrait qualifier de légalisation formelle de la corruption. Certes le «bakchich» a préexisté au pouvoir actuel cependant, il était contenu dans des limites supportables. Concernant, par exemple, certaines largesses octroyées discrètement à la nomenklatura sous le régime du parti unique, ce recours paralégal allait, par la suite, essaimer socialement quand les petites gens s’aperçurent que tout «acte» administratif se monnayait. La corruption s’est, depuis, «démocratisée en ce sens que par le passé, elle n’était que l’apanage d’une minorité d’initiés. De l’obscur édile de village jusqu’aux cadres de l’appareil d’Etat, pas une seule petite autorité détentrice d’une parcelle de pouvoir ne saurait se prévaloir, sans preuve, d’une intégrité octroyée par avance. Sous l’empire de la suspicion générale, même le citoyen ordinaire appréhende son rapport avec l’administration du hameau où il réside sous les angles les moins avantageux moralement. Ainsi la société qui, dit-on, ne peut se tromper indéfiniment se venge à son tour en prenant la mauvaise tangente. Celle qui la pousse aux petits trafics pour échapper aux rebuffades de la bureaucratie. L’anecdote du modeste billet de 200 dinars que l’on glisse dans le livret de famille afin de bénéficier d’un coup de tampon de la part du préposé aux délivrances d’un extrait de naissance, n’est-elle pas significative de la clochardisation morale de ce pays ? C'est-à-dire, celui d’une communauté vouée à la décadence avant la chute et dont Montesquieu illustrait par des exemples les différentes causes de cette fatalité.
«Carthage périt, écrit-il, parce que lorsqu’il fallut retrancher les abus, elle ne put souffrir la main de son Hannibal. Même Athènes tomba parce que ses erreurs lui parurent si douces qu’elle ne voulut pas en guérir. Et que dire des Républiques d’Italie qui se vantent de la perpétuité de leur gouvernement alors qu’elles ne doivent se vanter que de la perpétuité de leurs abus ?... »
Comment donc ne pas être tenté de prêter à la sentence de ce grand esprit du IVIIIe siècle, un clin d’œil à l’Algérie de notre XXIe siècle ? 
B. H.

 

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