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Lettre de province

Gouvernement : à quoi sert le "deal" d’un Parlement de "has been" ?

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 15.02.2020 , 11h00
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Alors que les constitutionnalistes partagent le même avis concernant l’illégitimité de l’actuel Parlement et surtout s’accordent pour constater qu’il est « loin d’être représentatif du peuple (…) au vu des conditions de son élection sous le régime de Bouteflika »,(1) l’on s’est, à notre tour, demandé pourquoi le Président n’a-t-il pas invoqué une « interruption prématurée » de l’ensemble des mandats du régime précédent afin de pouvoir gouverner provisoirement par ordonnance ? Ne s’étant pas décidé à s’affranchir de cet obstacle que représente notamment un Parlement que refuse violemment la « rue du 22-Février » il n’a, en définitive, contribué qu’à jeter le trouble dans l’opinion en acceptant de soumettre son programme gouvernemental à « l’appréciation » de la majorité de l’ancien régime, laquelle n’en espérait pas tant. C’était justement à de spectaculaires passes d’armes, hors du sujet, que Djerad, le Premier ministre, dut riposter. De vifs échanges verbaux qui n’alimentèrent que la thèse de la victimisation que les députés du FLN et du RND, notamment, se firent fort pour l’imputer au nouveau Président. En somme, les 39 ministres composant le gouvernement, pour la plupart néophytes, durent subir l’épreuve imprévue du bizutage de ces pleureuses se lamentant tantôt de la « censure » qu’on leur a imposée durant des mois et parfois même de la qualité « douteuse » de ceux qui sont appelés à exercer des responsabilités. 
L’aubaine, qui naquit de l’option gouvernementale favorable à la consultation de cette fantomatique Assemblée, était le scrupule légaliste qu’il ne fallait guère concéder à un faux Parlement dénué d’ailleurs d’éthique à l’image du parrain qui le modela durant 20 longues années. Et si le bouteflikisme marqua plus profondément la classe politique et précisément les appareils qui lui étaient acquis, cela tient au fait que le Président destitué avait souvent tenu des propos de petit dictateur vouant un infini mépris aux vertus des libertés publiques. D’ailleurs, c’est à lui que l’on doit une formule assassine résumant parfaitement ce à quoi furent réduites les deux Chambres du Parlement. « Pour nous, déclarait-il, l’instauration de la démocratie pluraliste représentative n’est pas une fin en soi .» Or, cette « fetwa » énoncée en août 2006 appartient à un de ses rares discours officiels consacrés à un colloque sur la démocratie. Ce qui rappelle que sur le sujet, ses vieilles convictions n’avaient pas évolué d’un iota au point de persister dans sa préférence pour les procédures de la cooptation.
Rien d’étonnant à cela car, tout au long de cinq législatures (1997, 2002, 2007, 2012 et 2017), le Parlement dans sa globalité a tenu tous les rôles sauf celui de contrôler l’action du gouvernement. D’ailleurs, le fait que Bouteflika se décida assez tôt pour faire le procès de la démocratie des urnes finira par le qualifier de « despote » auprès des réseaux de l’opposition les plus actifs. Car, si sentencieusement, il ne voyait en le « pluralisme représentatif qu’un pis-aller, il n’avait, au contraire, jamais cru nécessaire de lui substituer la forme achevée de la démocratie qu’il prônait. À travers ce discours qu’il voulait fondateur, l’on retrouve le bluffeur politique qui ne pouvait s’accommoder de la transparence des urnes. Tout au plus, c’était lui-même qui favorisera la multiplication des appareils pour seulement faire illusion dès l’instant où ces derniers firent allégeance à la ligne politique édictée par le palais. 
Confinés dans une « compétition » platonique, les partis à la notoriété établie (FLN, RND, TAJ, MSP, MPA), ainsi que les confettis survivants de la rente, ne pouvaient être attractifs auprès de l’électorat dès l’instant où ils furent jugés pour ce qu’ils sont : c’est-à-dire des « poupées russes », ces « matriochkas » emboîtées les unes dans les autres. C’est pourquoi tous les chahuts auxquels se prêtaient parfois les groupes parlementaires n’ont pu déstabiliser un gouvernement et le contraindre à revoir sa copie.
Après une aussi longue période d’obéissance, l’APN, particulièrement, passera du statut de la validation à la plus terrible atteinte à la Constitution en novembre 2008 quand, à la suite d’un « vœu », pour ne pas dire injonction, émanant du palais, elle amendera la loi fondamentale au bénéfice du principe du « mandat à vie ». Les conséquences de ce délit consenti par les appareils peuplant majoritairement l’hémicycle (FLN et RND) eurent pour effet de disqualifier à ce jour l’institution. Abîmée au lendemain du 3ème mandat de Bouteflika, elle découvrira, à son tour, les bénéfices à réaliser d’un autre commerce, celui du marchandage financier pour l’achat d’un maroquin !
Au cœur de l’érosion morale ayant favorisé sa décomposition, l’institution ne survivra que grâce aux bruyants soutiens dédiés au chef de l’État, comme au temps du centralisme démocratique et le dirigisme du parti unique. Autant de flagorneries que compte la fameuse majorité du pouvoir. Or, qu’ils aient adhéré à une chapelle ou à une autre, les députés ont appris à ne commenter que du bout des lèvres les actes de l’exécutif. C’est que l’immunité parlementaire qui leur sert de confort complémentaire aux avantages matériels les a justement immunisés de la honte. Il est vrai que celle-ci se « boit » puisque, après toutes les hontes bues, il restait tout de même les privilèges. Désormais, peu leur importe que le palais-pourvoyeur ait changé de locataires, eux ne souhaiteraient que de pouvoir postuler à des mandats identiques dans d’autres vies politiques. C’est sûrement pour cette raison qu’ils ont décidé de plaire au Hirak tout en reprochant au nouveau régime de ne pas les avoir consultés sur ce sujet dès son investiture. Il est vrai qu’entre le 19 décembre et le 11 février, cette cinquantaine de journées sans signaux furent ressenties comme une injuste « quarantaine ». Autrement dit, un incompréhensible isolement.
B. H.

(1) Consulter l’interview de Ahmed Betatache, constitutionnaliste,
in El Watan du 3 février.

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