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Lettre de province

La CASAS,(+) prochain contre-modèle de l’UGTA ?

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 10.11.2018 , 11h00
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Il fallait bien qu’un jour ou l’autre, le monopole syndical prenne fin et que l’UGTA, version Sidi Saïd, se rende à cette évidence historique que son déficit de crédibilité est désormais trop lourd pour qu’il soit encore possible d’amender les dérives de ses quinze dernières années. Longtemps compromis par leur proximité avec le pouvoir, ses dirigeants inspiraient plutôt la vassalité que le partenariat chaque fois qu’ils étaient invités à la table des «négociations». Or, le malaise chronique qui, depuis plusieurs années, rongeait le monde du travail n’avait-il pas fini par être, d’abord, à l’origine de la baisse notable du taux de syndicalisation avant de féconder l’idée de syndicats autonomes ? Depuis environ 10 années, le front social s’était habitué à la présence de ceux-là et à l’audace de  leur communication qui contraignirent souvent la puissance publique à négocier avec eux afin de dénouer les situations de blocage, notamment dans le système éducatif. 
En s’imposant dans le domaine de la contestation, ils s’étaient, en effet, acquittés de toutes les embûches bureaucratiques dès l’instant où l’on reconnut le bien-fondé de leurs demandes. De petits succès en grandes victoires, les syndicats autonomes allaient redessiner les véritables contours du futur syndicalisme algérien et, par voie de conséquence, de disqualifier peu à peu le prétendu pragmatisme d’une UGTA à la réputation sulfureuse. Et si, au cours de la longue parenthèse ayant vu leur nombre se multiplier, l’on hésita au sujet du projet confédéral craignant surtout qu’un rapport de force entre les branches d’activités aboutisse à une sorte de diktat. Il fallait donc attendre la réunion de 2016 quand les dirigeants parvinrent cette fois-ci à un compromis à l’origine de légalisation, dès cette semaine, de leur statut de confédérés. Sans doute que ce schéma fondateur leur avait été imposé non-seulement par les impératifs organiques mais surtout par les paramètres idéologiques en train de recadrer l’économie du pays. En effet, contrairement à l’UGTA, ce syndicalisme met implicitement en avant le péril de la disparition de l’Etat social au vu des mécanismes de régulation et d’austérité que l’Etat impose sournoisement au salariat. Or, dans l’inévitable face-à-face, quand la paupérisation est codifiée d’en haut, quel syndicalisme doit-on lui opposer ? En somme, cette question ne peut attendre de réponse d’un militantisme syndical fonctionnant comme une «organisation de masse» du parti unique du pouvoir. En clair, la «centrale unitaire» n’est plus en mesure d’assumer les nouveaux défis d’un Etat du… doute et au sein duquel  les classes sociales les plus fragiles sont les moins bien défendues. Et même si les membres fondateurs de la prochaine CASA (Confédération algérienne des syndicats autonomes) demeurent prudents dans leur jugement, l’on devine tout de même que le probable agrément de cet autre agrégat syndical contresignera fatalement le placardage d’un sigle entaché de multiples dérives qui ont mésestimé les droits des travailleurs tout en accordant des quitus au démantèlement économique des biens de l’Etat.
Ainsi, au nom du dogme préconisant en apparence la consultation et le compromis, cet ersatz de syndicalisme allait s’en remettre docilement à l’intelligence économique des acteurs du pouvoir. D’ailleurs, le déclin syndical qui pointait à l’horizon de la maison du 1er-Mai, dès 2005, n’était-il pas imputable pour l’essentiel à l’émergence d’une caste de bureaucrates n’ayant fréquenté que les kasmas du FLN du parti unique et, par conséquent, biberonnés à la sève du carriérisme ? Pour preuve, la plupart de ces dirigeants actuels en sont à leur quatrième mandat ! Or, ce personnel rompu à toutes les compromissions réussissait parfois à être «excellent dans le pire» : celui notamment de s’auto-démentir de ses précédents soutiens. C’est de la sorte que l’UGTA est devenue progressivement le premier adversaire des courants alternatifs au moment où ceux-ci commencèrent à s’organiser en associations syndicales. Conditionné par les fausses appréciations de son médiocre entourage, Sidi Saïd, lui-même, mettra en place, dès 2008, une stratégie de dénonciations nominales. Un hideux procédé qui avait ouvert la voie à la traque des syndicalistes non encartés. 
L’honneur perdu du syndicalisme dénonciateur de ses semblables éloignera définitivement une multitude de travailleurs de ses structures. Et pour cause, les enseignants et les fonctionnaires des administrations locales, entre autres, l’assimilèrent à une officine supplétive du pouvoir chargée de mater le front social. Bien plus qu’un simple reproche, cette accusation n’avait-elle pas été souvent interprétée dans les termes les plus infamants par ses victimes ? Désormais inapte à désamorcer le moindre mouvement de contestation, l’on se demande déjà combien de temps Sidi Saïd conservera encore les faveurs du régime. Car, dans un contexte politique et social aussi compliqué, que, de nos jours, ni le palais et ni les gens de l’UGTA n’ont intérêt à se rabibocher. Alors que le vieux syndicat n’est qu’une fausse caisse de résonance, même quand elle prétend jouer de son influence, à quel usage le pouvoir pourrait encore destiner cette coquille vide au moment où il a un pressant besoin de relais crédibles ? Autant supposer que sans aller vers la brutalité du divorce, le pouvoir laissera l’UGTA dépérir par elle-même.
Sans doute que même les architectes de la nouvelle maison du syndicat croient eux aussi à ce scénario. A moins que le régime soit à son tour capable de toiletter la vieille chaumière syndicale. C'est-à-dire  garder le sigle tout en rénovant les dépendances. Bref, d’une manière ou d’une autre, le grand remplacement syndical débutera ce lundi 12 novembre avec l’inauguration de la maison CASA.
B. H.

(*) CASA : Confédération algérienne des syndicats autonomes.

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