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Lettre de province

La saison des aveux et le cas Nezzar

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 18.05.2019 , 11h00
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Il ne fait pas de doute que le syndrome Hanoune est bel et bien à l’origine de la panique générale en train de pousser certaines personnalités politiques à dévoiler publiquement la nature de leurs récentes activités. Voire même à s’en expliquer et à se justifier afin d’écarter les soupçons judiciaires qui risquent de les cibler. En somme le pays assiste, ces derniers jours, à un feuilleton d’aveux inédit. Alors que la polémique enflait justement au sein de la nébuleuse islamiste au sujet des compromissions de leurs leaders et que l’on s’attendait à ce que la machine judiciaire convoque le plus impliqué d’entre Makri et Djaballah, c’est étonnamment un général à la retraite, sorti de nulle part, qui a accepté d’aller, la semaine dernière seulement, à Canossa dans l’unique but de se blanchir des rapprochements qui furent les siens le mois précédent. 
Au-delà donc du fait qu’il ait pris les devants avant d’être humilié par une interpellation judiciaire, le général Nezzar a préféré prendre à témoin l’opinion en diffusant « un rapport circonstancié » relatif aux échanges qu’il eut avec Saïd Bouteflika. Choisissant de s’exprimer dans le détail, il ne lésinera ni sur les propos qu’il tint à l’homme du palais ni sur le scénario catastrophe que celui-ci envisageait de mettre en route. Prolixe comme il l’a toujours été, il semblait donner des gages bien avant qu’on le lui demande. Il est vrai qu’en ce qui le concerne il a, de tout temps, été un soldat atypique. Premier parmi ses pairs de l’état-major tout au long de la décennie 1980 à 1990, il n’a jamais observé le mutisme que l’on attribue généralement à la contrainte républicaine des casernes. 
Tout à fait à son aise dans le débat public, ne s’était-il pas souvent livré à l’exercice de la critique au point de mériter le qualificatif d’agitateur avec la double connotation que ce vocable inspire ? C’est qu’en plus de ses états de services, il possédait d’indéniables aptitudes de débatteur, ce qui allait lui valoir de solides inimitiés. Voilà pourquoi entre le désir de l’interpeller sur le mode du « taisez-vous Nezzar » ou, au contraire, sur celui de « parlez mon général », il n’existe qu’une fine nuance pour séparer l’injonction de la prière. Car dans les deux cas, celles-ci s’adressent à une personnalité haute en couleur. 
Cet ingérable soldat qui ne craignait même plus de se contredire a fait, cette fois-ci, preuve de clarté quant à cette relation qu’il eut avec le palais au moment où la tension était à son comble. Paradoxalement, il s’en sort indemne en tant que témoin du fait que son passé prestigieux plaidait pour lui. Car pour peu que l’on se rappelle que le bouteflikisme et ceux qui le représentent n’ont jamais été en bonne intelligence avec ce soldat, l’on devine qu’il ne pouvait être soupçonné de malveillance à l’égard de l’armée. Est-ce à dire qu’il n’était qu’un agitateur politique à ses heures perdues et parfois même au profit de quelques causes… également perdues ? Probablement. Il suffit d’imaginer qu’il aurait souhaité être désigné sous le qualificatif « d’électron libre » capable de butiner dans les terreaux de la politique.  
En clair, il est demeuré cet officier en rupture avec toutes les castrations que stipule l’obligation de réserve. Avec la casquette protéiforme qui lui convient si bien, il poursuit à ce jour une autre carrière en allant au chevet de tous les scandales politico-affairistes afin d’établir son propre diagnostic. Une constance qui fit de lui un personnage anticonformiste ne s’exprimant qu’à la marge du malheur national après avoir été un acteur du pouvoir et un dignitaire influent. Grâce à l’heureuse mue qu’il opéra dans sa seconde existence publique, il s’était forgé une solide réputation de coq du « village Algérie » prenant un malin plaisir à épingler la basse-cour du pouvoir en s’exprimant souvent sur des supports médias bien choisis. 
S’octroyant le droit de donner un avis sur tout, il a souvent prétendu ne défendre que ses convictions et n’être au service d’aucune chapelle. Seulement, dans cette République gangrenée et dont la totalité de ses institutions se sont déjà effondrées, il lui avait semblé tout à fait « normal » qu’il prête d’abord l’oreille aux plaintes du régime quand le pic de la rupture avec celui-ci allait déboucher sur un clash qui risquait de « disloquer l’armée » (sic). Un tournant décisif lequel, incompréhensiblement, ne l’aurait poussé qu’à l’expectative en gardant par-devers lui la confidentialité sur les intentions des gens du palais mais ignorées par les Tagarins ! D’où cette faute vénielle qui, en tout état de cause, ne pouvait l’absoudre que s’il allait vers les aveux. Or, si Nezzar avait mis plus de deux semaines avant de rebondir face aux soupçons qui pesaient sur lui, c’est qu’il n’avait pas su prendre la véritable mesure de son silence. Pour une fois que l’impénitent discoureur a décidé de respecter le pacte militaire de l’omerta, il le fit, étrangement, au détriment de l’état-major. Et c’est cette longue « hésitation » qu’il semblait difficile à justifier a posteriori mais que le magistrat instructeur sut ne pas retenir en tant qu’écart du justiciable, lui concédant, après son audition, sa qualité de simple témoin. 
Au moment où les juristes nous enseignent que « la bienveillance » de la justice n’est qu’une variable dans l’appréciation des faits retenus, l’on se demande pourquoi pour des accusations presque similaires Hanoune et Nezzar prirent des destinations opposées. L’une fut orientée vers les geôles quand l’autre a retrouvé les siens comme si de rien n’était. 
C’est justement ce singulier distinguo qui taraude le moral des dirigeants islamistes lesquels ne cessent de scruter les signaux du parquet. Makri et Djaballah dont les agitations politiques des derniers mois n’étaient pas nettes, ont-ils réellement trempé dans la complotite éventée et auraient-ils tenu un rôle central aux côtés des gens du palais ?              La réponse importe peu sauf qu’eux-mêmes n’hésitèrent pas à s’accuser réciproquement de ce genre de délit. A travers le crêpage des barbiches qu’ils viennent de s’échanger, ces dirigeants islamistes fournissent à leurs dépens la preuve qu’ils n’ont jamais accrédité la révolution populaire s’exprimant tous les vendredis. Or, leurs cortèges sont plus visibles depuis quelque temps, ce qui veut dire qu’ils ont changé de fusil d’épaule et décidé de faire de l’entrisme à l’envers en s’investissant dans le mouvement du 22 février afin de récupérer une assise sociale laissée en jachère. 
Loin de n’être qu’une hypothèse, leur pernicieux travail de récupération était de plus en plus perceptible au cours des quatre derniers vendredis (les 9 et 10 avril et les 3 et 10 mai). Comme un hasard qui n’en est pas un en vérité, leur adhésion tardive au mouvement populaire n’a eu lieu qu’après le renoncement de Bouteflika puis de sa déposition ! C’est tout dire et tout expliquer…
B. H.

 

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