Rubrique
Lettre de province

Makri sera-t-il le futur collabo du régime ?

Publié par Boubakeur Hamidechi
le 28.07.2018 , 11h00
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Tête de pont du courant islamiste, ou du moins ce qu’il en reste, le MSP affiche désormais son souhait de retrouver sa place parmi les appareils politiques à qui seraient dévolues les missions de la gouvernance. Après une rupture avec ce même pouvoir en 2012, le revoilà en train de mener campagne afin de se repositionner en vue de la prochaine redistribution des rôles. La récente offensive médiatique que Makri, le secrétaire général, vient d’orchestrer illustre clairement ce changement de cap. «Nul ne pourra prétendre gouverner seul en 2019», mettait-il en garde, avant de rencontrer le maître-censeur de la scène politique qu’est Ould-Abbès. Un avertissement et en même temps une offre de service qu’il a su convertir en stratégie politique dans la mesure où son parti est tout à fait disposé à assumer sa part de responsabilité gouvernementale sans pour autant émettre des préalables draconiens.
Surprenant, par son inattendue volte-face, les partis se revendiquant de la même mouvance trouvent inopportun son initiative qu’ils dénoncent d’ailleurs violemment comme ce fut le cas de Dhouibi, le dirigeant d’Ennahda. Sans être perturbé outre-mesure par ces fâcheries de famille, le MSP semble à présent en mesure d’imposer son leadership à l’ensemble de la galaxie islamiste dès l’instant où les partis de l’arrière-cour du pouvoir n’éprouvent aucune réticence à échanger des points de vue avec l’ex-maison de Nahnah. Or, avant d’être un retour en grâce d’un parti à qui l’on avait reproché une certaine trahison datant de 2011, ce que viserait à présent le palais ne consiste-t-il pas à réintroduire un troisième pion dans l’échiquier de la majorité réduite à un binôme (FLN-RND) durant plus d’un mandat et déjà trop marquée par la suffisance de ces deux leaders ? Pour étayer cette hypothèse, ne suffit-il pas de remonter au printemps 2017 et au lendemain des législatives qui venaient de sanctionner le régime ? C’était à ce moment-là que Sellal, alors Premier ministre, décida de «démarcher» Makri en personne pour lui proposer de rejoindre l’alliance gouvernementale. L’opération, en se soldant par un cinglant refus, allait faire sa réputation auprès de l’opinion. Car, en s’emparant de cette opportunité, celui-ci n’était-il pas parvenu à occuper intelligemment l’espace médiatique en distillant de pertinentes analyses concernant l’évolution des relations du courant islamiste avec le pouvoir en place ? En se souvenant de ce qu’il avait énoncé pour récuser «l’indécente» proposition de Sellal, Makri reprend à présent le même sujet mais en le projetant dans le proche futur. Avec beaucoup de cohérence, ne s’est-il pas engagé à faire de l’idée d’un «consensus transparent» la pierre angulaire pour une possible sortie de crise. D’ailleurs, cette formule-là traduit parfaitement ce qu’il reprochait au pouvoir un an auparavant. A cette époque, ses arguments se résumaient à la terrible philippique diffusée sur les réseaux sociaux. «Ceux qui dessinent, disait-il, des stratégies d’avenir pour l’Algérie sans que les gens les voient et qui insistent tant pour nous faire entrer au gouvernement en usant de méthodes obliques sont les mêmes qui ont toujours eu le contrôle sur les intérêts de l’Algérie».
Rien, par conséquent, n’a changé, en apparence, dans sa démarche puisqu’il prétend poursuivre le même objectif donnant uniquement la priorité à la réforme des institutions afin de mettre l’Etat à l’abri des ostracismes doctrinaux. Subtilement d’ailleurs, il évite d’évoquer le «changement de régime» préférant à ce sujet exciper d’une «transition» dans la méthode de gouverner sans pour autant remettre en question les légitimités en place. En laissant entendre que son parti ne se reconnaît guère dans les stratégies épuratrices tout en souhaitant que certaines mœurs politiques changent. Or, pareille ambiguïté dans le propos jette le trouble quant à son interprétation. Bien que ses assertions soient commentées différemment par la presse, cela n’altère guère sa crédibilité aussi bien que les raisons invoquées au cours de la tournée des popotes qu’il est en train de poursuivre. Alors que rien n’a, à ce jour, transpiré à partir du palais en ce qui concerne l’activisme de Makri, la presse, par contre, en a vite fait une superstar de la politique. Sans doute que nos confrères ont-ils plutôt conjecturé à partir de quelques allusions et de petites formules provocatrices pour qualifier cette «agitation d’été» d’indicateur inquiétant et annonciateur de troubles ? Sauf que les critiques se muèrent en commentaires «clean» lorsqu’ils constatèrent que la plupart des appareils politiques représentatifs se sont associés aux consultations menées par le MSP. Et c’est ce singulier quitus d’interlocuteur attitré qui, par la suite, allait faire de Makri un acteur incontournable dans les débats préliminaires avant la présidentielle de 2019. Ets-ce à dire que cette personnalité s’imposera à l’avenir comme la refondatrice de l’islamisme politique ? Difficile d’avancer un quelconque pronostic sur le chemin qu’empruntera ce militant atypique. En effet, son extraction est loin de le destiner aux imprécations de tribunes si chères au FIS. Formaté par le pragmatisme des Frères musulmans d’Egypte dont Nahnah était le représentant officiel ici en Algérie, Makri en avait gardé les recettes de «l’entrisme» enseigné par le fondateur et dont il souhaite en faire usage sans perdre son «âme». Autrement dit, à l’abri des compromettantes accointances politiques synonymes de revirements. C’était ce qu’il reprocha précisément à son prédécesseur, Aboudjerra Soltani, lors du congrès de 2013. Une destitution de l’un et une promotion de l’autre réglées comme du papier musique sur les registres de la compromission et de la rectitude !
De fait, sa propre trajectoire est en train de connaître un tournant inattendu grâce à ce souhait affiché de faire jouer à son parti un rôle de soutien au régime sans pour autant sombrer dans la courtisanerie imbécile. Nouvel auteur du mot d’ordre prônant le «soutien critique au palais», il n’hésitera pas, de surcroît, à le faire adopter par l’ensemble des courants islamistes. Et pour cause, s’il existe bien une famille idéologique que le régime n’a jamais combattue frontalement c’est bien celle-là ! En rappelant cette vieille réalité à ceux avec lesquels il confère actuellement, il est aisé de comprendre pourquoi le Makri de 2018 est prêt à faire amende honorable au nom de son parti. C'est-à-dire mettre celui-ci à la disposition du pouvoir à compter de l’an prochain.
B. H.

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