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Rubrique Monde

Nigeria Déception et colère après le report surprise des élections

Les Nigérians se sont réveillés avec un mélange de déception et de colère hier, après l'annonce surprise par la Commission électorale nationale (INEC) du report de la présidentielle, à quelques heures seulement de l'ouverture du scrutin. 
Les élections présidentielle et législatives doivent désormais se tenir samedi prochain, le 23 février, selon l'INEC, faisant état de problèmes logistiques après une réunion d'urgence en pleine nuit. Ce report a aussitôt été condamné par les deux principaux partis du pays,  le Congrès des progressistes (APC, au pouvoir) et le Parti populaire démocratique (PDP) qui se sont rejeté mutuellement la responsabilité. 
Hier matin, le Président nigérian Muhammadu Buhari, candidat à sa succession, a appelé les Nigérians à s'abstenir «de tout désordre civil et à rester pacifiques, patriotes et unis». 
A Port-Harcourt, dans le sud-est du pays, des électeurs qui n'avaient pas encore appris la nouvelle se sont présentés devant des bureaux de vote qui  auraient dû ouvrir à 08h00 locales. 
«Je suis en colère (...) Pourquoi n'ont-ils pas annoncé ce retard plus tôt ? Pourquoi faire cette annonce en pleine nuit ?», a déclaré à l'AFP Chidi Nwakuna, un homme d'affaires de 51 ans persuadé qu'il s'agit d'une manœuvre du gouvernement «pour truquer les élections». Même colère, même suspicion à Warri, dans le sud pétrolier du pays, où un électeur, Oyi Adamezie, dénonçait «un complot pour tricher» : «Sinon comment expliquer le report d'élections prévues depuis un an avec le temps nécessaire pour tout préparer ?» 
Paul Emurotu, comme des dizaines de milliers de ses compatriotes, avait fait le voyage depuis la capitale économique Lagos, pour pouvoir voter dans sa région natale le Delta. «C'est démoralisant», a-t-il lâché. 
La colère des Nigérians s'exprimait également sur les réseaux sociaux. Plus de 84 millions de Nigérians étaient attendus dans les quelque 120 000 bureaux de vote hier pour élire un nouveau chef d'Etat, ainsi que les 360 membres de la Chambre des représentants et les 109 du Sénat. 
La commission électorale s'est réunie en urgence en fin de soirée vendredi, laissant le pays de 190 millions d'habitants en suspens pendant plusieurs heures, alors que les rumeurs d'un report envahissaient les médias nigérians et réseaux sociaux. «Pour pouvoir garantir la tenue d'élections libres, justes et crédibles, organiser le scrutin comme il était convenu n'est plus possible», a finalement annoncé le président de l'INEC, Mahmood Yakubu, après avoir assuré il y a quelques jours que tout serait prêt pour le jour J. 
 M. Yakubu n'a donné aucune précision sur les problèmes logistiques invoqués. Mais trois centres de l'INEC ont été brûlés à travers le pays, et l'opposition dénonçait l'absence de bulletins dans de nombreux Etats. 
L'organisation d'une telle élection pose un défi sécuritaire et logistique colossal, entre craintes de nouvelles violences —des affrontements entre partisans et une bousculade lors d'un meeting ont déjà endeuillé la campagne —, d'achats de voix et de tricheries dans les urnes. 
Dans de nombreuses régions où l'électricité est disponible par intermittence et les routes sont très mauvaises, des milliers d'agents de l'INEC ont travaillé toute la nuit avec les agences de sécurité pour acheminer le matériel électoral sensible, comme les bulletins des candidats, jusqu'aux lieux de vote, à parfois plusieurs heures de route. 
Dans le quartier d'Ikoyi à Lagos, Austin Onwusoanya un agent de l'INEC a raconté avoir attendu en vain toute la journée de vendredi un matériel électoral qui n'est jamais arrivé. Les journalistes de l'AFP ont constaté des problèmes similaires dans de nombreuses villes du pays ces derniers jours. Un nombre record de 73 candidats sont en lice pour la présidentielle dans la première économie d'Afrique et premier exportateur de pétrole du continent. Tous les regards sont tournés vers le Président Buhari, et son principal rival Atiku Abubakar. 
Le scrutin entre ces deux hommes du nord, musulmans Haoussa, s'annonce très serré. Lors des dernières élections de 2015, le scrutin avait été repoussé de six semaines, le chef de l'Etat de l'époque, Goodluck Jonathan, arguant des problèmes de sécurité dans le nord-est du pays, où sévit le groupe jihadiste Boko Haram. 
Huit personnes ont été tuées par des insurgés de Boko Haram dans une attaque à Maiduguri (nord-est du Nigeria) à quelques heures de l'ouverture prévue des scrutins présidentiel et législatifs, a annoncé samedi le responsable d'une milice pro-gouvernementale.

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