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Crise libyenne Le duo russo-turc prend-il la paix en otage ?

Publié par Brahim Taouchichet
le 14.01.2020 , 11h00
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Moscou va désormais focaliser l’attention de tous les observateurs politiques et les pays concernés, aux résultats du sommet russe entre les frères ennemis libyens.
Sur injonction de Moscou et d’Ankara, l’appel à un cessez-le-feu est entré en vigueur depuis dimanche dernier, ouvrant la voie à une possible sortie de l'impasse politico-militaire dans laquelle se sont retrouvés les deux belligérants libyens, compliquée par les interférences étrangères dont la plus bruyante est celle de la Turquie. Et c’est cette dernière qui a eu pour conséquence le déclenchement d’un intense chassé-croisé diplomatique dont le but évident est la mise en œuvre d’une solution à la crise libyenne qui dure depuis huit mois, suite au différend entre Fayez El-Serraj, président du Gouvernement d’union nationale (GNA) de Tripoli, et le maréchal Khalifa Haftar, le puissant chef militaire de Benghazi. Ce dernier, qui a lancé une campagne pour la prise éclair de la capitale libyenne, s’est heurté à une vive résistance qui l’a bloqué aux portes de Tripoli. Mais cela n’a pas  empêché les opérations armées de se poursuivre, faisant porter le poids de la guerre aux populations. 
Les interférences étrangères ont poussé à la radicalisation des positions de l’une et de l’autre partie. Et c’est la voie ouverte à un scénario catastrophe dont le seul perdant n’est  autre que la Libye, face au risque d’éclatement de l’unité et de l’intégrité territoriale, déjà de fait entre l’ouest et l’est du pays. Face aux tergiversations des acteurs impliqués dans ce conflit (Emirats arabes unis, Arabie Saoudite, Égypte, France…, d’une part et du Qatar, Turquie notamment, de l’autre), il devenait urgent d’explorer d’autres moyens de résoudre une profonde  crise qui dure depuis la chute du guide libyen en 2011. C’est le duo, né à la faveur de la  guerre en Syrie, qui va prendre les devants ,chacun pouvant se targuer d’arguments à faire  valoir dans les coulisses des négociations à venir. 
Après une première rencontre à Ankara entre les Présidents russe et turc, c’est l’appel à un cessez-le-feu, le 8 janvier, qui est adressé aux deux frères ennemis qui finira par être entendu. Il est entré en vigueur ce dimanche 12 janvier. Ainsi ,Moscou va désormais focaliser l’attention de tous les observateurs politiques. Dans les autres capitales, européennes notamment, l’on est suspendu à la bouche du porte-parole russe chargé du dossier libyen et de tout ce qui filtre de la rencontre  entre les délégations libyennes opposées, représentées par El-Serraj et Khalifa Haftar. Un exercice auquel s’est livré récemment, sans succès,  le Premier ministre italien. 
La réunion dans la capitale russe, ce lundi 13 janvier, a pour but officiellement de discuter et de signer les termes du cessez-le-feu et, aussi, d’encourager les contacts interlibyens… sous le parrainage russe et turc. Bien sûr, pour le porte-parole de cette réunion, il s’agit de relancer le dialogue devant aboutir à la paix. L’on notera la présence à ces pourparlers d’émissaires de l’Égypte et des Emirats ! Alger, par le biais d’un communiqué des affaires étrangères, a salué le cessez-le-feu, tout en appelant les parties rivales à dialoguer. Toutefois, bien des questions sont soulevées par l’initiative russo-turque quant aux chances d’une paix juste entre les deux parties, durable et fiable de par son respect de la souveraineté libyenne. Si Fayez El-Serraj a fait à plusieurs reprises le voyage d’Alger afin de plaider sa cause, le maréchal Haftar, qui ne manque pas l’occasion de bouder son voisin de l’Ouest qui est lié à la Libye par des liens forts du fait de l’histoire, a pris la précaution de ne pas mettre tous les œufs dans un même panier. Et pour cause, une importante délégation pro-Haftar est venue à Alger. Qu’on en juge : elle était composée du vice-président du gouvernement provisoire, du ministre de l’Intérieur, celui des Affaires étrangères et du ministre de la Défense. Si l’on ne doute pas de l’écho favorable de cette visite côté algérien, l’on devine le souci des Libyens de ne pas se laisser avaler par les parrains du cessez-le-feu. Rien n’a filtré de la réunion de Zeralda (Alger) certes, cependant la délégation Haftar était preneuse de la réaffirmation des positions non partisanes de l’Algérie et son opposition aux interférences extérieures et  à l’internationalisation de la crise libyenne. Dans cette optique, le duo russo-turc  s’inscrit en porte à faux des efforts de l’Algérie puisqu’il tend à imposer une solution extralibyenne, sinon en dehors du cadre africain. C’est d’ailleurs pourquoi le président de l’Union africaine (UA), le Congolais Sassou Nguesso, est monté au créneau. 
La réunion de Moscou risque-t-elle alors de court-circuiter les autres initiatives, à l’exemple de la réunion de Berlin à laquelle œuvre Angela Merkel pour la fin du mois sous l’égide de l’ONU ? L’on craint ainsi que la crise libyenne ne soit que plus exacerbée faute d’une paix à laquelle aspirent tous les Libyens dans un souci d’indépendance. D’autre part, l’on a tout aussi bien observé l’absence de l’Europe et à leur tête la France (vu son rôle qui a plongé la Libye dans le chaos actuel), les Etats-Unis englués dans leur conflit avec l’Iran mais très attentifs. La solution idoine ne serait pas de s’atteler à mettre en œuvre une paix  qui ne soit pas entachée par des concessions mortelles à moyen et long terme. Dans ses multiples médiations, l’Algérie aura démontré la pérennité d’une solution qui tient compte des intérêts du peuple libyen. 
Faut-il rappeler son rôle hautement salué dans la libération des otages américains lors de la révolution iranienne (Accord d’Alger 1981), entre l’Irak et l’Iran, entre l'Erythrée et l'Ethiopie  stipulant que les deux pays ne sont plus en guerre, à l'issue d'une rencontre entre les dirigeants des deux pays, s'engageant à mettre en œuvre les accords d'Alger signés en 2000. Accord de réconciliation  Irak-Iran du temps de Saddam Hussein et du chah conclu le 6 mars 1975, à Alger. Nous n’oublierons pas les accords de 2015, qui mettaient fin aux hostilités qui opposaient le gouvernement malien aux insurgés touaregs, regroupés sous la bannière du mouvement Azawad, et connus sous l’appellation des « Accords d’Alger ». C’est dire que les bonnes volontés peuvent aboutir positivement. Faut-il alors que les protagonistes de la crise libyenne soient otages d’une solution imposée, les enjeux géostratégiques faisant ? Quel crédit aura un éventuel accord qui sortira du chapeau russo-turc ? Faut-il pour autant que la paix soit le prétexte à une redistribution des cartes au profit de nouvelles puissances qui imposeraient leur hégémonie à cette région très convoitée ? « Wait and see », c’est aussi valable pour l’Europe qui se tient en embuscade…
Brahim Taouchichet

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