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Tuez-vous les uns, les autres

Parce que, entre-tuez-vous ne me semble pas adapté au sujet que je m’apprête à évoquer. Car, un tel cas suppose le choix libre d’aller dans un conflit extrême entre deux personnes. Tuez-vous les uns, les autres,  sonne comme une injonction extérieure, les belligérants sont poussés malgré eux à recourir à tous les moyens pour régler leur différend. Souvent, ils se neutralisent et ne veulent pas en rester là. Leur inimitié est une aubaine, c’est là qu’interviennent les affairistes et autres marchands de la mort pour leur fournir des moyens encore plus expéditifs de se tuer l’un l’autre. Tant pis si le sang doit couler, qu’il y ait des morts à ne plus pouvoir en compter. L’on racle le fonds des tiroirs, l’on casse sa tirelire et l’on va même jusqu’à s’endetter pour acquérir des arguments expéditifs auprès des marchands d’armes. Et là, je suis tombé de façon fortuite sur cette info : le carnet de commandes de Rosoboronexport (entreprise russe de fabrication d’armes de guerre), en Afrique subsaharienne est en hausse de 1,7 milliard de dollars. Bien lire en hausse ! Que dire du dénuement le plus complet dans lequel se trouvent aujourd’hui même les pays du Sahel, cette bande de terre poussiéreuse brûlée par le soleil ? Les complexes militaro-industriels se portent comme un charme. Les marchés voraces d’Afrique et d’ailleurs ne sont jamais rassasiés. Sachez que nous ne sommes plus aux armes de poing et autres fusils d’assaut type kalachnikov. 
Les technologies militaires connaissent une avancée exponentielle et conquièrent d’immenses marchés. Ces derniers, au demeurant, provoquent de violentes rivalités entre les marchands de la mort, ou de canons si vous préférez. Et plus malin que moi tu meurs dans la compétition à l’échelle planétaire. Il faut savoir aussi qu’un matériel aussi sophistiqué soit-il devient rapidement obsolète et qu’il faudra remplacer, c’est-à-dire en acheter un autre – au risque de s’endetter à vie et attenter aux conditions de vie précaires des citoyens en les condamnant à la faim, la misère morale. Par exemple,  le prix d’un missile coûte l’équivalent d’au moins  900 000 tonnes de blé. La course aux armements grève ainsi le budget de nombreux pays, qui plus est, sont au plus mal dans leurs finances.  
À la faveur de la crise libyenne, l’on parle  beaucoup du trafic transfrontalier des armes, mais qu’en est-il des commanditaires alliés aux narcotrafiquants ? Poser la question, fouiner dans le sujet équivaut à s’exposer à une mort certaine. Le trafic international des armes marche en parfaite entente avec, encore une fois, les complexes militaro-industriels des États. Le très estimé ancien Premier ministre social-démocrate, Olof Palme, a été assassiné en présence de son épouse de retour de cinéma, le 28 février 1974. Il avait mis en cause la vente d’armes à l’Inde et la  corruption qui accompagnait le contrat. En cause une entreprise suédoise, Bofors. Aucune preuve toutefois. Affaire classée et les affaires continuent. 
Le juteux marché attire de nouveaux barons, tous déterminés. Des conflits entre États sont créés et attisés. Après les classiques marchands d’armes arrivent d’autres, aux appétits qui égalent leurs ambitions. La Chine, la Turquie, l’État d’Israël sont de ceux-là. D’autres, de moindre envergure, pointent le bout de leur nez. Ces armes servent loin  de leur territoire. L’on teste la suprématie des armes par pays interposés. Cela a été le cas récemment dans les affrontements entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Un seul perdant, les populations prises en otage.
B. T.
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