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Reportage

Alger-Tizi Ouzou-Boumerdès : Balade historique et touristique Azeffoun, l’art dans les veines (9e Partie)

Publié par LSA
le 20.05.2020 , 06h00
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Par Mohamed Arezki Himeur
Toutes les contrées d’Algérie ont donné des artistes, des femmes et des hommes de culture de renom. Azeffoun en a donné un peu plus grâce, vraisemblablement, au contact, très ancien, de ses enfants avec ceux de la cité des Beni-Mezghenna. Beaucoup de mets du Vieil Alger ont mijoté à petit feu sur du charbon de bois ramené par bateau de «marsa el-fham», port au charbon d’Azeffoun.

Azeffoun (Port-Gueydon, Mersa el-fham) : C’est sur les débris d’un ancien comptoir commercial phénicien que les Romains ont édifié Ruzasus, actuel Azeffoun. Les ruines de leur cité, qui serait un municipe, ont servi à la construction des maisons du village kabyle et du village colonial de Port-Gueydon, créé en 1880 et peuplé de colons l’année suivante. Le village conserve encore quelques traces des ruines antiques, dont des voûtes, des thermes, etc. Il n’a pas livré tous ses secrets pour la bonne et simple raison que les fouilles effectuées jusqu’ici depuis le XIXe siècle ont été quelque peu sommaires.
Les dernières fouilles réalisées en 1923 ont permis de mettre au jour des routes dallées, des voûtes et des mosaïques dans certaines maisons. La mise en évidence de ces trésors archéologiques cachés et des ruines antiques de certains villages de la région, y compris ceux de Mizrana et d’Abizar, auraient attiré de nombreux visiteurs, particulièrement en été. Période pendant laquelle les hôtels et les plages affichaient complet. Le nom de Port-Gueydon a succédé à celui d’Azeffoun le 25 janvier 1885. Le village européen a été érigé en commune le 30 novembre 1956, pendant la guerre d’indépendance. Par contre, la Section administrative spécialisée (SAS) de sinistre mémoire a fonctionné sous le nom d’Azeffoun durant cette période. Elle a, comme toutes les SAS de l’époque, laissé des traces indélébiles dans les mémoires des habitants de la ville et des villages environnants.
Azeffoun a su préserver sa réputation de station balnéaire. En 1934, un magazine dépeignit ainsi Azeffoun : «C’est en effet un charmant village situé sur le littoral. Nulle part la mer n’est plus jolie. La grande plage, par beau temps, la côte un jour d’orage, il n’y a pas plus prenant spectacle au monde.» Il conclut : «Amis lecteurs, allez à Port-Gueydon pour vos vacances. Vous y trouverez : santé, bien-être et tranquillité.» (25)
Le conseil, ou plutôt l’invitation, tient la route. Trente-sept ans auparavant (1897), Louis Rousselet avait prédit qu’«Azeffoun est appelée à devenir une station estivale très recherchée par les habitants de l’intérieur et de l’étranger».(26) Un groupe de touristes marseillais, en excursion d’une journée fin 2019, avait trouvé le site magnifique, susceptible d’intéresser les tours-opérateurs étrangers.
En 1903, les ruines romaines d’Azeffoun ont été classées parmi les monuments historiques de l’Algérie. La région d’Azeffoun a donné une pléiade de grands artistes et d’hommes de culture, dont la seule énumération nécessitera un livre.

At Rhouna : Deux en un, comme dit la pub. Ce village dispose de deux superbes atouts susceptibles, une fois mis en valeur, d’attirer des touristes et des visiteurs. At Rhouna est bâti sur un promontoire à une dizaine de kilomètres à l’ouest d’Azeffoun, sur la route de Tigzirt. Il offre une vue magnifique sur la grande bleue. Les huit allées couvertes qu’il abrite constituent l’autre atout, et non des moindres, pour drainer des touristes et des voyageurs de passage. Restauré et préservé, ce site a toutes les chances de se faire intégrer dans les circuits touristiques proposés par les tours-opérateurs et les agences locales de tourisme. D’autant qu’il est situé entre deux stations balnéaires (Tigzirt et Azeffoun) très fréquentées pendant la saison estivale, abritant elles-mêmes des vestiges historiques.
Les allées couvertes sont des monuments funéraires mégalithiques, des tombes collectives construites sous forme de tunnel avec de grosses pierres taillées, couvertes de grandes dalles taillées, dont la longueur de certaines dépasse trois mètres. D’autres allées semblables ont été trouvées également du côté d’Ibarissen, près de Toudja, dans la wilaya de Béjaïa. Les allées couvertes d’At Rhouna ont été découvertes en 1953 par l’archéologue français Gabriel Camps. Les fouilles ont mis en évidence des ossements, des bijoux, des jarres de nourritures, etc.
«Des ossements humains et d’animaux, particulièrement de moutons, qui auraient été sacrifiés, accompagnés de céramiques à vernis noir, de perles en pâte de verre et d’objets en métal (anneaux, clous) ont été découverts dans le caveau et dans la chambre», selon Mme Souad Taouintselt, archéologue. «La présence de mobilier récent tel que les perles en pâte de verre laisse supposer que ces monuments ont continué à être utilisés longtemps après leur construction (…) Lors des fouilles menées par des archéologues français, dont Gabriel Camps, il a été découvert dans une sépulture les ossements d’une femme et d’un enfant. La femme était enterrée avec ses bijoux», a ajouté Mme Taouintasert citée par l’agence Algérie presse service (APS).(27)
Le Bulletin de la Société d’anthropologie et de biologie de Lyon (France) avait déjà évoqué, en 1889, la présence d’allées couvertes en Algérie. Leur existence avait été signalée par un de ses correspondants «zélés» installé en Tunisie, le Dr Bertholon. Celui-ci venait d’envoyer au bulletin le fruit de ses recherches sur l’industrie mégalithique en Tunisie. «Après avoir établi que notre nouvelle colonie est aussi riche que l’Algérie en dolmens, cromlechs, allées couvertes et avoir démontré que sous la domination romaine, on pratiquait encore en Numidie l’ensépulturement dans des monuments mégalithiques, M. Bertholon recherche quels ont pu être les importateurs de l’industrie mégalithique en Tunisie. Il croit qu’ils appartiennent à la branche qui a construit ceux de l’Algérie et sont probablement des Shadanes des historiens.»(28)

Taksebt – (Rusippisir) : Superbe site. Le vieux village autochtone est édifié sur un promontoire qui surplombe la mer et la RN24 reliant Azeffoun et Tigzirt. Il est situé à moins de 10 km de la ville balnéaire de Tigzirt. Il abrite des vestiges protohistoriques, dont un mausolée funéraire amazigh en forme octogonale datant du IIe siècle avant notre ère. On y trouve aussi des restes d’un rempart d’une cité enfouis sous une dense végétation. «Là-aussi, il y avait dans l’Antiquité une grande ville dont les ruines, assez confuses, percent en beaucoup d’endroits. Vestiges de thermes, dans le village kabyle, d’une grande église et d’une chapelle chrétienne au-delà du village, vers l’extrémité du cap Tedlès, grand mausolée octogonal, décoré de colonnes, que l’on voit fort bien de Tigzirt et que les gens du pays appellent ‘’Le phare’’. Il est probable que Tigzirt et Taksebt formaient dans l’Antiquité une seule commune, celle de Rusuccuru, qui eut rang de municipe, puis de colonie.»(29)
Des fouilles pointues pourraient fournir plus d’objets et, aussi, de détails sur l’antique Rusippisir. Restaurés et mis en valeur, ses vestiges pourraient attirer des touristes et des voyageurs de passage dans la région. 
L’endroit a toutes les chances de trouver une place dans les programmes des tours-opérateurs et des agences de tourisme locales et nationales. D’autant qu’il est situé dans une zone réputée pour ces sites archéologiques, tels que Tigzirt, At Rhouna, Azeffoun, Abizar, etc. Teksebt offre une vue panoramique sur la mer et la rade de Tigzirt.
M. A. H.

Sources
(25) L’Afrique du Nord illustrée, 7 juillet 1934.
(26) Nouveau dictionnaire de géographie universelle, supplément au tome premier A-C, Hachette et Cie, 1897, Paris.
(27) Mme Souad Taouintaselt, archéologue à l'antenne d'Azeffoun de l'Office de gestion et d'exploitation des biens culturels (OGEBC), APS du 18 mai 2018.
(28) Bulletin de la Société d’anthropologie et de biologie de Lyon, Tome 8, H. Georg, Libraire, Lyon, 1889.
(29) Algérie et Tunisie, collection des guides-Joanne, librairie Hachette et Cie, 1906, Paris.

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