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Reportage

Virée à Ouled ASKER (Jijel) L’ombre de Yamina hante les monts de Boudaoud

Publié par Bouhali Mohammed-Cherif
le 18.05.2019 , 11h00
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En cette journée de mercredi, le troisième jour du mois de Ramadhan, sous une chaleur de plomb, nous avons pris la direction de la commune de Ouled Asker située à quelques kilomètres à l'est du chef-lieu de la wilaya pour assister à la célébration du 74e anniversaire des événements du 8 Mai 1945.

Pour y arriver, nous avons emprunté la route nationale 43 et le chemin de wilaya 135 B reliant la commune d’El Ancer à cette commune située sur une hauteur de 850 mètres. 
Tirant profit de leur passage sur le chemin de wilaya 135 B, les autorités locales ont visité le dalot de Lamelaki reliant l'ancien village socialiste Meherka, Aziar, Temenjer, au chef-lieu de la commune d'El Ancer qui a été réalisé en un temps record en substitution de l'ancien pont remontant à l'époque coloniale qui s'est effondré durant le mois de janvier dernier suite à des fortes précipitations qui se sont abattues sur la région.
Tout au long de notre virée vers Ouled Asker qui fut jadis le quartier général de la Wilaya II du Nord-Constantinois en passant par les localités Tamenjer, Aziar, Meherka, Ghedir-Kebeche, nous avons remarqué que de nombreuses nouvelles constructions poussent en bord de route, signe du retour des populations des localités vers leur douar d’origine, après l’exode des années de terrorisme et surtout à Meherka qui fut jadis un ancien village socialiste avec ses maisonnettes avec des toitures en tuile. Les commerces sont ouverts , les gens vaquaient à leurs occupations quotidiennes dans ces régions recelant un important potentiel agricole notamment l'apiculture et l'élevage. La formule de l'habitat rural a bien marché à Ouled Asker.
La commune a bénéficié d'environ 2 000 aides à l'habitat rural , nous a confié une source des services de la Wilaya. Au chef-lieu de la commune de Bouraoui-Belhadef, nous avons été désagréablement surpris par l'état impraticable de la route principale longeant cette commune dont certains de ses équipements publics sont menacés par un glissement de terrain, selon une source communale. 
Au niveau de la localité Arsseyou, le cortège officiel a été intercepté par un groupe de jeunes de cette mechta relevant de la localité de Menazel. Ils voulaient lui exprimer leurs doléances qui concernent l'aménagement d'une aire de jeu au profit des jeunes de cette région enclavée.
Le wali s'est engagé à prendre en charge cette revendication. A Zouitina, à sa sortie du cimetière des martyrs, un groupe de jeunes, visiblement influencé par le Hirak, brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire «On veut de l'eau et du gaz naturel» «Où sont les 14 milliards de centimes du projet de l'AEP ?». 
Omar , un jeune , la vingtaine entamée, interrogé par nos soins, nous a affirmé que les robinets de Zouitina sont à sec et qu'ils sont contraints de se rabattre sur les camions-citernes. On s'approvisionne de la source de Bouaâloua à quelques kilomètres en payant 1 000 DA la citerne, a ajouté notre interlocuteur sur un ton révolté. Zouitina est la deuxième agglomération de la commune en indicateur de population après El Menazel qui garde toujours une grande symbolique pour la région, étant donné qu’elle fut durant la guerre de Libération le QG de la Wilaya II du Nord-Constantinois de 1957 à 1958, selon le récit de certains moudjahidine. Ali Kafi, Saout el arabe, Liamine Khane, Amar Seghier, Abdelaziz Khelfallah alias Boutemera sont passés par là.
Dans son ouvrage «Six ans de maquis» paru récemment, la moudjahida Yamina Cherrad Bennacer qui fut la responsable de l'hôpital de l'ALN a évoqué la région de Ouled Asker et sa localité Boudaoud durant la guerre de Libération. Yamina, la femme symbole avec laquelle nous nous sommes entretenus lors de la dédicace de son livre il y a quelques mois à la bibliothèque communale Abdelbaki-Salah, souhaite vivement faire son grand pèlerinage dans cette région où elle a passé six ans de sa jeunesse au maquis en compagnie de ses frères et sœurs. 
Elle veut rencontrer les  gens notamment les femmes de cette région pour leur rendre un hommage sincère et une manière de partager avec eux des moments de communion loin du folklore qui «a tué» la grande dimension de notre histoire écrite par des hommes et des femmes courage.
Plus de 50 ans après l'indépendance, l'aura d'hier n'est qu'un souvenir et une symbolique lointains auxquels s’accrochent toujours de nombreux citoyens de cette région hantée par l'ombre de ceux qui sont passés par Menazel, Atroui, Boudaoud, Neghra, Kaâ Zane, Zouitina, Tlata. 
Un fait marquant la célébration des événements du 8 Mai 1945 à Ouled Asker a suscité un grand engouement des citoyens, essentiellement des jeunes et des femmes, dans une région située au fin fond des monts jijeliens contrairement aux festivités qui ont eu lieu au chef-lieu de la wilaya.

Autres temps...  autres problèmes
Loin du récit idyllique de Yamina, objet d’un film documentaire en chantier du jeune cinéaste Adel Foul, sur son passé à Ouled Asker, les gens souffrent «rana maâdebein bezzaf goulou li messouelline yechoufou fina» nous a confié Tahar d’un certain âge sur un ton triste. Actuellement, la pénurie de l’eau potable focalise les discussions des citoyens de cette commune.
D’aucuns s’interrogent sur le sort du projet sectoriel portant l’approvisionnement de leur localité en eau potable à partir de la commune d’El Ancer. «Notre calvaire perdure depuis belle lurette en dépit de nos multiples démarches auprès des services de la commune de Boussif Ouled Asker, de la daïra de Taher et la Direction de l'hydraulique», nous a affirmé Omar la vingtaine entamée. Un peu plus loin en allant vers le chef-lieu de la commune à Tlata, réputée pour son relief dur, un groupe de citoyens d’un certain âge a soulevé le problème de la maternité rurale au niveau de l’établissement public de santé de proximité qui demeure inexploité malgré la disponibilité des accoucheuses et d’une sage-femme.
Il y a lieu de rappeler que des citoyens de cette commune ont mené plusieurs mouvements de protestation réclamant l’ouverture de cette structure sanitaire mais en vain, en dépit des engagements de la Direction de la santé et de la population il y a deux ans. Faute de quoi, les femmes enceintes sont contraintes d’être évacuées vers l’hôpital Saïd-Mejdoub de Taher distant d’une trentaine de kilomètres avec les risques encourus durant la nuit. 
Lors de notre passage dans cette région montagneuse, nous avons constaté également que ces localités relativement peuplées sont animées, les commerces sont ouverts, les gens vaquaient à leurs occupations quotidiennes, l’ambiance ramadanesque sévit dans les principales localités de la commune, à savoir Menazel, Zouitina ,Tlata où les rivalités tribales font rage et déterminent les enjeux électoraux en fonction d’indicateur de la population, selon un cadre dans une administration publique à Jijel.
Les gens ici se prennent en charge en terme d'emploi. Ils cherchent quelques commodités de la vie dont entre autres : l’eau potable, l'aménagement de la route reliant leur commune à Taher, le renforcement des activités de l'établissement public de santé de proximité, une aire de jeu pour les jeunes et le gaz naturel, nous a confié Saïd, un quinquagénaire rencontré dans une épicerie située à proximité du lycée Boulouika-Mohamed qui a mis fin au calvaire des élèves de ce palier. Notre interlocuteur a rendu hommage à l'ancien wali Maâbed Ahmed qui était à l'origine de l'inscription de cet établissement et le lancement des travaux de sa réalisation. La formule de l'habitat rural a bien marché à Ouled Asker.
La commune a bénéficié d'environ 2 000 aides à l'habitat rural, nous a confié une source des services de la wilaya. A l'instar de nombreux habitants d'autres régions montagneuses de la wilaya, les gens de Ouled Asker quittent leur patelin pour aller travailler ailleurs notamment Alger,  Ouargla, Constantine, Annaba, M’sila, de nombreuses familles sont installées dans les quartiers de l'ancienne gare à Taher et dans la localité de Faza, relevant de la commune d'El-ennar dans la wilaya de Jijel. 
Interpellé par un groupe de citoyens lors de sa visite sur un certain nombre de préoccupations concernant leur cadre de vie, le wali Far Bachir a affirmé que 1 400 foyers seront raccordés au gaz naturel dont 100 dans un délai d’un mois pour un montant global de 8 milliards de centimes dans le cadre du programme de mise à niveau, ajoutant que l'aménagement de deux aires de jeu dans les localités Arsseyou et Zouitina sera pris en charge dans le cadre du programme de mise à niveau. 
Concernant l'eau potable, il a souligné que ses services vont étudier les possibilités d'approvisionner la commune à partir d'un barrage proche. 
Sur le chemin du retour, l'image de Yamina Cherrad Bennacer, la fille de Sidi-el-Kheir, qui, à 20 ans, avait rejoint le maquis entre Djebel Babor et Menazel disait : «j’ai laissé derrière moi tous mes états d'âme. Je venais d'entamer une nouvelle vie et plus rien d'autre ne comptait hanter notre esprit.»
C'est pour quand, ses retrouvailles avec cette région rebelle avec ses femmes surtout ses jeunes qui souhaitent la revoir un jour parmi eux ? 
Bouhali Mohammed Cherif

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