Rubrique
Société

DIVORCÉES OU VEUVES De l’autonomie au tutorat

Publié par Sarah Raymouche
le 30.01.2020 , 11h00
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Après des années d’autonomie et d’indépendance, peut-être relatives en termes de prise de décision, mais réelles en termes de responsabilité, une épouse change de statut dès qu’il y a divorce ou décès du conjoint. Après la période de viduité, elle doit changer ses habitudes et celles de ses enfants et s’habituer à un nouveau mode de vie qu’elle a oublié, auprès des siens.

Les dernières statistiques avancées par maître Faissal Driouèche, président du comité algérien à l’Union internationale des avocats (UIA) choquent. 68 000 cas de divorce sont enregistrés chaque année, soit un cas par huit minutes. Au-delà de la remise en question des aspects et procédures juridiques, l’impact socio-économique est plus que réel. Un bouleversement social est en train d’être vécu dans la façon de penser la société algérienne. Et cela crée beaucoup de problèmes sociaux, économiques et psychologiques.
Dans les traditions et coutumes algériennes, la femme, en cas de divorce et de veuvage, retourne vivre chez ses parents avec ses enfants. « Au bout de deux années de mariage et avec un enfant sur les bras, j’ai décidé de divorcer et d’assumer pleinement l’éducation de ma fille. Je n’en pouvais plus du harcèlement psychologique de ma belle-famille. Et mes parents, malgré leur refus de ma décision, m’ont accueillie chez eux. Et j’ai eu un mal fou à m’habituer. Heureusement que je suis indépendante au plan pécuniaire. J’ai un emploi auquel je tiens fermement. Dès le départ, j’ai préféré imposer des règles pour ne pas heurter les sensibilités de mes frères et sœurs mais aussi de mes belles-sœurs. Parce qu’il ne faut pas se leurrer même au sein de notre propre cellule familiale, il y a des paroles et des actes de méchanceté gratuite par rapport à mon statut de femme divorcée. Donc, j’avais décidé de contribuer financièrement aux charges de la maison comme si je louais une chambre et que je paye les factures d’électricité, d’eau et de gaz. Mais, le problème qui était source de querelles, c’étaient les travaux ménagers. Il y avait tant de disputes à ce propos qu’un jour j’ai opté pour l’engagement d’ une femme de ménage qui s’occuperait du ménage à ma place. Ainsi, la moitié de mon salaire lui était réservé. L’autre moitié je la dégageais pour les frais  de la crèche de ma fille et nos dépenses personnelles. Je n’ai plus d’intimité. Tout le monde ne se gêne pas de surveiller mes allées et venues. A part quelques mots gentils émanant de mes parents, je n’ai aucun réconfort. Mais, je me dis, par rapport à d’autres femmes algériennes divorcées, je suis mieux lotie », raconte Souhila, 30 ans, maman d’une fille d’une année. Et d’ajouter : « Je suis consciente que si je loue un appartement, je serai encore mieux. Mais, je n’ai pas le courage de le faire. La pression familiale et sociale est trop pesante. »
Nawel, maman de deux enfants, divorcée au bout de six années de mariage, est dans le même état d’esprit : « Mes parents m’ont accueillie à bras ouverts. Ils savent toutes les violences psychologiques et physiques que j’ai subies de la part de mon mari mais aussi de ma belle-famille. J’ai tant sacrifié pour que mon mariage dure jusqu’à laisser tomber mes études. Je voulais que mes enfants aient une stabilité. Au moment où j’ai fait une dépression et j’ai perdu l’usage de la parole momentanément, mes parents m’ont encouragée à divorcer. Ils me soutiennent et me poussent à reprendre une vie normale. Malgré cela, au bout d’une année, j’ai commencé à sentir un changement dans leur comportement ainsi que celui de mes frères et sœurs. Tout le monde se donnait le droit d’ avoir un avis sur l’éducation de mes enfants. Je suis considérée, moi-même, comme un enfant. J’ai l’impression d’être surveillée par tout le monde. Mes déplacements le sont également. Je suis épiée. J’ai plus de pression en tant que divorcée que lorsque j’étais célibataire par rapport à ma réputation. Tout le monde semble penser que je pourrai virer à la débauche à n’importe quel moment. Et c’est le sentiment partagé par beaucoup de divorcées et de veuves. Nous sommes dans l’obligation de gérer notre indépendance par rapport à nos enfants mais aussi le tutorat des parents et de toute la famille .»
Pour elle, à l’instar de milliers de divorcées et de veuves, vivre seules ne fait pas partie de leurs options, par peur, par hantise, par manque de courage, et pour plein d’autres raisons. Et pourtant, il y a celles qui sautent le pas !

Elles ont brisé les chaînes et vivent seules
« Je fais partie de celles qui ont contribué financièrement à l’achat d’un appartement ou d’un bien immobilier mais dont le nom n’apparaît pas sur l’acte de propriété. Du jour au lendemain, alors que je payais avec mon désormais ex-mari les loyers de l’AADL, je me suis retrouvée sans rien avec quatre enfants à charge. Imaginez 15 années de vie commune parties en fumée à cause de ses infidélités, de son irresponsabilité et de son manque d’attachement à nous. Avec le divorce, j’ai tout tenté afin de récupérer l’appartement pour ne pas déraciner mes enfants et qu’ils puissent avoir une stabilité. Mon mari a dit niet. J’ai fait plein de démarches auprès des responsables de l’AADL, des tribunaux, les juges mais cela n’a abouti à rien. Je me suis sentie tellement stupide d’avoir fait aveuglément confiance. Mais, pour moi, il était inimaginable d’aller vivre avec mes parents ou qui que ce soit d’autre. J’ai vu  l’expérience de ma jeune cousine veuve, avec un enfant, cela m’a suffi. Elle était surveillée, elle n’avait aucune intimité et elle ne pouvait pas sortir du domicile parental sans escorte. Pire, elle a dû arrêter de travailler pour préserver sa réputation et celle de sa famille », raconte Rafika, maman de quatre enfants âgés de 14 à 7 ans. Elle poursuit : « Alors, j’ai décidé de louer et pas n’importe où mais dans la même cité que notre ancien domicile. Je l’ai fait pour mes enfants et moi-même, pour ne pas perturber leur scolarité. En plus, je n’avais pas à prouver ma bonne conduite au voisinage car il me connaît. En effet, des amies ont eu du mal à trouver des locations car considérées comme mères célibataires. Cela était le premier obstacle. Le second c’était de mener un véritable combat contre ma famille. Mes parents et surtout mes frères avaient refusé cette décision au départ. J’ai tenu bon et maintenant ils savent que c’est la meilleure solution pour tout le monde. Je me bats maintenant pour le reversement du montant de location accordé par le juge. Lorsque je vois une femme à la rue avec des  enfants, je me dis que cela aurait pu m’arriver .»
Souhila, veuve et mère de deux enfants, a fait le même choix : « Mon mari a lutté contre son cancer durant trois années. Nous vivions en location et lorsque les médecins nous ont révélé que c’était irrémédiable, nous avons entrepris des démarches pour l’achat d’un bien immobilier. Et j’ai engagé un crédit. L’appartement est en mon nom. Nous l’avons fait pour protéger nos enfants et avoir une stabilité. Après sa mort, ma belle-famille ne comprenait pas que je veuille vivre seule. Pour moi, il était exclu que je retourne chez mes parents ou qu’ils viennent vivre avec moi. Je me suis habituée à mon indépendance. Je ne voulais plus que quelqu’un puisse remettre en cause mes décisions. Veuve à 33 ans, je suis très épiée par mes voisins. Tout le monde me surveille. Je n’en fais pas cas. Je sors avec mes enfants, mes copines et mes sœurs. Je ne me vois pas cloîtrée et vivre recluse. Mon mari certes est mort mais moi je ne le suis pas. J’assume pleinement mon statut et je me dis qu’un jour ou l’autre je me remarierai. »
La situation de la femme quel que soit son statut change et évolue. En l’absence de statistiques ou d’étude sociologique, l’impact de ces bouleversements sur les enfants et la structure familiale n’est pas connu. Et pourtant, la société est en perpétuel mouvement…
Sarah Raymouche

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