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Société

CÉLÉBRATION DES MARIAGES À TIPASA Entre tradition et modernité

Publié par Houari Larbi
le 23.08.2018 , 11h00
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Cette période caniculaire est marquée par des événements festifs très particuliers, notamment les fêtes de mariage, marquées par des cortèges accompagnés de klaxons assourdissants, de youyous stridents en passant par les bruits effrayants de l’explosion des gros pétards.
En marge de tels événements, il y a les mythes et les légendes qui restent associés dans la mémoire populaire et de l’inconscient social.
Une octogénaire de Cherchell, El Hadja Fatma H., dira à ce propos : «La légende rapporte que le mariage fut contracté dans le passé selon une coutume appelée orf de Sidi Maâmar prônée par le saint homme de l’Islam Sidi Maâmar connu pour sa bonne moralité,   ses vertus d’homme simple, modeste mais ayant aussi la baraka (bénédiction) héritée de son maître,  cheikh Sid Ahmed Boumaïza appelé Sidi Maïza. Cette légende rapporte que cette bénédiction fut donnée à Sidi Maâmar sous la forme d’un roseau, qui pouvait se transformer en fusil. Et c’est ainsi qu’on l’appelait Sidi Maâmar Boumoukouhla (littéralement : celui qui possède un fusil). La légende rapporte également que ce saint homme s’est rendu célèbre et était vénéré de tous, car il a aboli la dot, souvent ruineuse pour le jeune marié.»
El Hadja Zoulikha, une autre octogénaire, dira à ce propos que «les exigences fixées par le saint homme Sidi Maâmar, lors des mariages de ses filles, furent simples à remplir». Ce saint homme aurait convenu ainsi : «Je n’exige aucune dot particulière pour mes filles, seulement le versement symbolique de quatre douros (en louis d’or, selon la tradition) et si je ne crains d’être interprété à tort, je les marierai en échange d’une simple gerbe de doum (palmier nain).» Les deux femmes sont formelles sur le caractère sacré du rituel. «Le orf de Sidi Maâmar est érigé et accepté en tant que coutume sacrée, séculaire, préservée par des générations entières et des lignées directes se prévalant de la généalogie de ce saint homme et adoptée par tous les descendants qui se reconnaissent dans sa lignée, quelle que soit leur appartenance», ajoute El hadja Fatma H.
Quant à Hadj Mohamed de Gouraya, un autre érudit versé dans un savoir aux antipodes de l’extrémisme fanatique, il affirmera : «On dit que le orf de Sidi Maâmar est accepté en tant que source jurisprudentielle par le fiqh dès lors qu’aucune contradiction n’est établie avec son caractère spirituel.»  Et de préciser : «Cette coutume, observée scrupuleusement, dont les contrevenants sont accusés de sacrilège, s’impose comme une tradition à toutes les communautés qui font l’allégeance d’observer le protocole et la procédure du orf de Sidi Maâmar. Il s’agit du strict respect du rituel sous peine de sacrilège. Tout contrevenant soupçonné d’outrage supportera les retombées extrêmement sévères sur sa descendance», martèlera notre interlocuteur, sans l’ombre d’une hésitation. «Il y a des avis contraires, il y a des incrédules qui ne partagent pas cette vision et cette vérité. Je ne peux obliger personne à y adhérer ou à y croire. Mais c’est ma conviction et j’assume. Car Sidi Maâmar fut un saint homme de l’Islam, un homme de foi qui jouissait de son vivant d’un prestige lié à sa morale irréprochable, à ses vertus d’homme simple et modeste», expliquera-t-il.
Pour Mme El Alia, une mère de famille de Cherchell, «le orf de Sidi Maâmar impose un rituel strict, à l’image du respect du protocole du bain de la mariée. La mariée devra se rendre au hammam avec des seaux simples ou en cuivre en portant un karkab dédié à cet événement (type de sabot en bois)». «Il s’agit de respecter ce rituel qui est incontournable. La mariée peut être éventuellement dotée d’un karakou, fait simplement à la main ou à base de fetla, ou d’un type de broderie spécifique. Tout cela n’est pas obligatoire. La mariée devra porter, et cela est relatif, un burnous blanc. Le trousseau que la mariée apporte avec elle n’est pas obligatoire, car il sera à la charge de l’époux. Cependant, dans plusieurs régions, la mariée qui fait allégeance au rituel de orf de Sidi Maâmar pourra se constituer une petite fortune, qui l’accompagnera dans son nouveau foyer. Cette accumulation de sa dotation prend effet dès son plus jeune âge, jusqu’au mariage.» Pour El Hadja Fatma H., «la future mariée devra accomplir le rituel les pieds nus, portant un burnous simple ou richement décoré, c’est selon. Elle devra porter sur la tête deux bougies qui sont enserrées dans un foulard. Ce foulard maintient, outre les bougies, des peignes et miroirs qui resteront accrochés durant le parcours de la jument blanche, qui transportera la mariée entre minuit et trois heures du matin vers sa nouvelle demeure. Une procession de femmes et de jeunes filles suivra la mariée jusqu'à son arrivée dans sa nouvelle maison. Les chants et les psalmodies qui accompagnent sont autant de détails et de prescriptions impératives et incontournables du orf de Sidi Maâmar», avertira El Hadja Fatma H.
Si Mohammad N., un septuagénaire, dira à ce propos : «A Ténès, Cherchell et Mostaganem, on ne badine pas avec  ces traditions. Cette sacro-sainte coutume reste jalousement préservée, notamment à travers son protocole procédurier. Cette tradition que l’inflation et les vicissitudes temporelles et économiques ont travestie pour en faire une dot débridée que certaines mentalités transcendent allégrement au profit de leurs intérêts égoïstes en exigeant des majorations lors du cérémonial du ‘‘dfoue’’ (versement d’une somme et des bijoux équivalent de la dot qui aurait fait l’objet d’une négociation entre les deux familles ). Ce ‘‘dfoue’’ est constitué du tbek (une dotation en bijoux, parures, robes, tissus et autres agréments destinés à la mariée). Dans le rite orf de Sidi Maâmar tout cela n’est nullement imposé ni obligatoire. Il est demandé une dot de 20 centimes ou quatre douros selon la tradition.»
Cette affirmation est partagée par un autre Cherchellois, ammi Maâmar, la soixantaine. Il ira dans le sens de Si Mohammed N. en argumentant : «L’avantage de ce rituel du mariage est de le rendre accessible à toutes les catégories sociales, de briser le cloisonnement entre les différentes hiérarchies sociales des communautés afin que le mariage sans se ruiner ne soit pas l’apanage des nantis. Le saint Sidi Maâmar par cette coutume voulait bannir les héritages féodaux afin de faciliter, de vulgariser et permettre un libre accès au mariage pour toutes les couches sociales et toutes les bourses. Si aujourd’hui à Cherchell, Ténès et Mostaganem, ce type de mariage reste relativement accessible et prisé, le orf de Sidi Maâmar freine les appétits démesurés et incite les parents de la fille à ne pas exiger des sommes faramineuses ou ruineuses pour les prétendants et permet de bannir le célibat forcé auquel sont astreintes plusieurs de nos sœurs et nos filles. La pratique d’une dot faramineuse est hélas très courante dans l’Est algérien, à Constantine particulièrement où quelquefois la dot pour un mariage dépasserait allégrement les 100 millions de centimes», conclura ammi Maâmar.
Pour Mme Fatiha H., cette tradition devra être respectée. Elle affirmera, à ce propos, que «dans le rite et la tradition de orf de Sidi Maâmar, dans les contrées du Centre-Ouest (Cherchell, Ténès et Mostaganem) la dot de la fille, quels que soient son statut, son grade, son rang, sa profession ou sa beauté se compose obligatoirement de la somme symbolique de 20 centimes (4 douros en louis d’or) versée au moment du dfoue (dot) ou de la Fatiha (prière faite au moment de la rencontre des deux familles en présence de l’époux et de l’épouse). L’acte de mariage étant obligatoirement requis». Et 
Mme Fatiha H., de noter que «certaines traditions locales imposent un rituel adapté à des comportements sociologiques fixant les niveaux des alliances communautaires ou tribales à travers une tradition orale séculaire basée généralement sur des préceptes religieux ou sociaux à travers lesquels s’entrevoit une sourde lutte de classe où chaque caste tente de faire prévaloir sa domination et, partant, sa véritable conception du mariage qui s’érige en mode d’alliance et d’intérêts motivés par des enjeux égoïstes.» Ces belles traditions sont dévoyées par des pratiques dignes des «hooligans», en faisant exploser des bombes pyrotechniques, des fumigènes, quelquefois en plein milieu de la nuit, au mépris du repos des malades et des tout petits, en s’élançant dans des «sambas» improvisées. 
Un gardien de nuit d’un parc de matériaux, étonné par l’envergure de telles manifestations, en plein boulevard de Cherchell, nous dira : «Je n’ai jamais vu cela, on se croirait au Brésil. Les familles se terrent de peur d’affronter des voyous torses nus, sous l’effet de  l’alcool  et des drogues.» L’insécurité règne au mépris d’habitudes prises lors des cortèges qui accompagnent les couples, notamment lorsque la mariée est transportée au milieu de la nuit sur une jument blanche comme le veulent la coutume et la tradition du orf Sidi Maâmar à Cherchell.
Houari Larbi

 

 

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