Rubrique
Société

Travail et lieu de vie Faut-il les séparer ?

Publié par Sarah Raymouche
le 15.10.2019 , 11h00
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Quoi de mieux que s’épargner de longues heures d’embouteillages, d’éviter des réveils en sursaut pour arriver à l’heure à son lieu de travail ou bien encore s’accorder du temps le matin pour prendre un bon petit-déjeuner complet et accompagner ses enfants tranquillement avant de se rendre au boulot ? C’est pour s’accorder ces plaisirs, que beaucoup ont choisi de faire en sorte que leur lieu de vie soit également leur espace de travail.

En Algérie, la libération de certains métiers a fait en sorte que cette donne puisse être appliquée. « Je suis chirurgien-dentiste. Pour ouvrir mon cabinet dentaire, j’ai dû faire des prêts. La part la plus importante du budget est la location de l’appartement dans lequel j’exerce. J’ai payé pour une durée de deux années pour ne plus me préoccuper de cela. Et par la suite, j’ai voulu me marier. Comme c’est un F5, j’ai préféré garder deux chambres pour notre vie de famille avec une séparation, le reste est réservé pour le cabinet. Nous avons décidé de nous en accommoder pour une durée de deux années encore. Mais c’est juste temporaire. Mon épouse travaille et donc elle n’est pas gênée pour l’instant et nous n’avons pas d’enfants. Mais sur le long terme, je ne pense pas que ce soit vivable. Pour l’instant, je savoure. Je profite des avantages uniquement et j’essaye de ne pas m’attarder sur les inconvénients. C’est vrai, cela m’épargne de me déplacer, me permet de bien manger, de me payer le luxe d’une petite sieste quand il n’y a pas beaucoup de patients. Et surtout, en tant que jeune couple, de faire des économies », raconte Mourad, jeune chirurgien-dentiste, établi à Alger.
C’est la même réflexion qu’a eue Nawel, coiffeuse, la quarantaine : « Pendant longtemps, j’ai caressé le rêve de travailler à mon compte et d’avoir une vie de famille équilibrée. Dès que mes enfants ont été scolarisés, avec mon mari, nous avons aménagé notre garage en salon de coiffure. De cette façon, le matin, dès que je dépose les enfants à l’école, j’ouvre le salon de coiffure. S’il y a des clientes, je m’en occupe, sinon je monte préparer le déjeuner et m’occuper du ménage. Dans le cas où quelqu’un se présente, il y a un interphone qui permet aux clientes de rentrer, le temps que je descende. C’est vrai qu’il y a des jours où c’est très fatigant ; mais, je préfère, car je peux allier ma vie professionnelle, qui était pour moi un rêve ultime, et ma vie familiale, importante pour moi. »
Il n’y pas seulement les métiers liés aux services qui sont concernés. Dernièrement, il y a eu une explosion en nombre d’emplois liés au télétravail.

Télétravail… ou travailler à partir de son canapé !
« Quand j’ai lu sur une annonce le recrutement d’architecte en télétravail, je me suis dit c’est le job de mes rêves. J’ai une amie qui est community manager, je la voyais comme un idéal. Pour moi, travailler chez soi est un rêve, cela permet de supprimer les déplacements et les pertes de temps dans les transports en commun. Je me disais je serais indépendante. Et c’est vrai. Je ne connais pas toutes ces contraintes. Je gère seule mon planning. Mais, je connais d’autres inconvénients que je n’aurais jamais soupçonnés. Je suis stressée tout le temps à cause d’internet. J’ai peur qu’il y ait une coupure, ou une panne de courant. C’est devenu pratiquement une source d’angoisse. Il y a, aussi, le fait que je parle moins aux membres de ma famille car les débuts ils me perturbaient dans mon travail, j’accusais du retard dans mes dossiers et mes supérieurs n’ont pas manqué de me faire la remarque. Alors, j’ai dû pratiquement me fâcher avec mes parents, mes frères et sœurs pour qu’ils ne me dérangent plus. Et quand moi, je veux discuter ou faire une pause, ils ne partagent pas forcément avec moi cette envie. En plus, mon bureau, je l’ai installé dans ma chambre. Et c’est exiguë. Des fois, j’étouffe et je m’installe dans le salon et cela devient très gênant. Mais bon, cela me permet d’avoir des économies et sur le long terme je créerai mon agence qui sera, bien évidemment, pas mon lieu de domicile mais pas trop loin non plus ! »

Des répercussions sur la santé mentale et sur la cellule familiale
Eh oui ! Rien n’est parfait dans la vie. Il y a des inconvénients et des répercussions sur la santé mentale mais aussi sur la vie de famille. « Je suis devenue hyperstressée. Avec mes enfants, je suis agressive. Et avec mon mari, je ne peux même pas lui parler comme s’il est responsable de ma situation. Comment dire, je me sens coincée ! », c’est en ces termes que s’est exprimée Anissa, gérante d’une crèche. Elle précise : « Comme c’est une grande villa, avec jardin, espace jeux, nous avons consacré le dernier étage pour notre famille. Les premiers temps, c’était une très bonne chose. Je descends, j’ouvre la porte de l’établissement à 7 heures en attendant mon équipe. Et je fais descendre par la suite mes enfants. Je remonte au cours de la journée chez moi pour les activités ménagères ou autres. Mais à la longue, je suis épuisée. J’essaye de minimiser les déplacements dans la villa. J’ai tenté d’instaurer une sorte de séparation et de ne monter que pour le déjeuner, mais au final, c’est la même chose. Je sens que je suis isolée, cloîtrée. Je suis devenue même envieuse de mes collaboratrices, le soir quand elles me disent au revoir à demain. Pourtant, c’est chez moi. Mais en fin de compte, cela l’est sans l’être. J’ai l’impression d’être coupée du monde. Donc, le week-end, impossible pour moi de rester à la maison. Si mon mari ne veut pas sortir, je me rends chez des proches, je sors quelque part… Bref, je ne reste pas à la maison. Et cela impacte fortement ma vie de famille. A long terme, nous réfléchissons à séparer notre lieu de celui du travail. Nous avons entamé un investissement dans ce sens. J’espère que mes nerfs tiendront le coup ! »
Ce témoignage n’est pas isolé. Comme le résume Marc Dumas et Caroline Ruiller dans leur étude intitulée : « Le télétravail : les risques d'un outil de gestion des frontières entre vie personnelle et vie professionnelle ? » Il y est noté : « L’affaiblissement des frontières entre vie professionnelle et vie privée est un phénomène en développement depuis plusieurs années. De nombreuses enquêtes alertent sur le brouillage des frontières et la fatigue de salariés, en particulier de cadres contraints de ramener du travail chez eux. Les NTIC sont « complices » de ce brouillage des frontières. Le télétravail est en effet un environnement de travail (TIC, domicile, distance de l’équipe et du management) propice à l’intégration du travail dans la vie personnelle. Ainsi, tandis que les salariés connaissent de plus en plus un débordement du travail dans leur vie privée grâce aux multiples fonctionnalités des TIC, le but du télétravail n’est pas de faire perdre toute notion spatio-temporelle au télétravailleur, mais, au contraire, de trouver un certain équilibre entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle. » Et d’y ajouter : « Bien qu’un certain nombre de travaux voient dans ce brouillage des frontières privées et professionnelles une fluidification et une convergence harmonieuse des usages, la plupart des études mettent l’accent sur les risques que ce brouillage représente pour le bien-être des salariés, à la fois dans leur vie au travail et hors travail ».
Sarah Raymouche

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