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Société

Rôle des parents dans l’éducation de leurs enfants Quand la mère est l’éternelle mineure

Publié par Sarah Raymouche
le 30.11.2019 , 11h00
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Le rôle de la mère est central dans l’éducation et l’épanouissement de ses enfants. Elle représente son véritable moteur. C’est une évidence et un fait social incontesté. Cependant, elle se heurte à de multiples écueils d’une administration qui la considère comme l’éternelle mineure.

Meriem, maman de trois enfants, raconte comment elle s’est rendu compte qu’elle avait un droit de tutelle limité. «Franchement, je ne me posais pas de questions sur mes droits en tant que mère. Cela me paraissait comme inné. Je prends les décisions concernant leur vie quotidienne, les visites médicales, le suivi scolaire, l’achat de leurs vêtements, leur nutrition. Bref, tout, en somme. Et un jour, j’ai décidé de les inscrire dans un club de basket. Machinalement, je prends le formulaire, je le remplis, je le signe et je pars à l’APC pour le légaliser. Là, le préposé me regarde et me dit : ‘’c’est vous qui avez entrepris les formalités d’inscription’’, je réponds : ‘’oui’’. Il poursuit : ‘’c’est vous qui accompagnez les enfants’’, je réponds ‘’oui’’, ‘’c’est vous qui allez payer les frais’’, je réponds, de plus en plus étonnée, ‘’oui’’. Il enchaîne : ‘’vous faites tout cela, comme mon épouse, mais vous n’avez pas le droit de signer cette autorisation paternelle. Seul le père y est habilité et il doit se présenter’’ ! Choc terrible pour moi et un sentiment d’humiliation me prend à la gorge. Je me suis sentie diminuée. Et je ne pouvais rien faire pour contrer cela. Si ce n’est apporter, au moins, les informations de la carte nationale de mon mari. En somme, il est le seul tuteur. Malgré tout ce que je fais pour mes enfants, je ne suis rien devant l’administration, hormis le rôle de génitrice !»
Une autre maman a fait cette amère expérience en voulant ouvrir un compte bancaire pour un de ses enfants, et elle l’a partagé avec un groupe de parents sur Facebook. «Etant cadre supérieur, je suis bien rémunérée et je peux offrir à mes enfants plein de choses. Je participe activement dans la vie du foyer sans ménager aucun effort. Pour les dix ans de mon aîné, j’ai décidé de lui ouvrir un compte bancaire. Je me présente à ma banque et j’entreprends les formalités d’usage. Au moment de déposer, sans aucune considération, le commercial me dit : son père doit venir signer ce papier. Je réponds : pourquoi ? Et il me dit laconiquement : vous n’avez pas le droit de le faire, seul le tuteur en a le droit. Une douche froide pour moi. Je n’ai pas voulu aller plus loin dans la discussion. j’ai ravalé ma fierté et je suis sortie de l’agence avec un sentiment d’humiliation.»
Ces cas ne sont pas isolés, et toutes les mamans ont dû faire face à ce genre de situation biscornue. Depuis quelques années, déjà, elles dénoncent ce déni épaulées par les papas et des agents administratifs. «C’est vrai qu’il y a des responsables de clubs, de chefs d’établissements scolaires, d’agents administratifs qui  ne font pas la distinction entre la signature ou l’autorisation de la mère et du père. C’est bien, mais cela n’est pas suffisant. Cela ne doit pas être au bon vouloir des personnes. Il faut que l’administration ne fasse pas la discrimination entre l’autorisation paternelle et maternelle. Et les considérer les deux comme égales à une autorisation paternelle et c’est tout», relève une maman. Pour les mamans divorcées, c’est pire ! «Je n’ai jamais pu inscrire ma fille dans une activité sportive, parce que son père ne trouvait jamais le temps pour aller à la mairie, alors que c’est moi qui ai sa garde. C’est vraiment contradictoire», note Rafika, divorcée et maman d’une jeune fille.

Légalement, la mère n’a pas de droit de tutorat 
Répondant à ces questionnements, Maître Nadia Aït Zaï a expliqué dans une interview que les mamans n’ont pas autorité sur leurs enfants pour ouvrir un compte en leur nom, pour signer une quelconque autorisation de sortie du territoire ou même dans l’urgence, quand la nécessité s’impose, d’établir une autorisation pour faire opérer l’enfant. 
Cette avocate développe : «La loi ne prévoit pas le concept de l’autorité parentale qui permet aux parents d’agir indifféremment, l’un ou l’autre, sur les questions concernant la personne ou les biens de l’enfant. Le père est le tuteur de ses enfants, affirme le code de la famille en son article 87. Il exerce sur l’enfant ce que l’on appelle la puissance paternelle. Le père agira ainsi au nom de l’enfant et pour son compte jusqu’à sa majorité. La mère n’a aucun droit légal sur l’enfant, sauf celui de l’allaiter et de l’éduquer. Elle ne pourra donc pas agir au même titre que son époux sur des questions concernant son enfant. Elle ne devient tutrice légale de plein droit qu’au décès de son époux. Le code de la famille, dans ses nouveaux amendements, a essayé d’atténuer le principe de la tutelle exercé par le père, en permettant à son épouse durant son absence de se substituer à lui, pour accomplir tout acte concernant l’enfant : article 87, alinéa 3. C’est louable comme décision, mais c’est cette absence que ne reconnaissent pas les institutions auxquelles vont s’adresser les mères en cas de besoin ou d’urgence. Il faut prouver l’absence du mari par la production de documents. Il faut qu’elle soit explicitée par décret, comme l’a été la disposition relative au certificat prénuptial ou alors amender l’article et donner alors le droit à la mère autant qu’au père d’exercer l’autorité parentale sur les enfants.»  
Pourtant, même le code de la famille, qui est discriminant dans certaines de ses dispositions, stipule dans son article 36, alinéa 3, que les deux époux «contribuent conjointement à la sauvegarde des intérêts de la famille, à la protection des enfants et à leur saine éducation». Un travail juridique doit être entrepris pour être au diapason avec la société.

Une société en avance sur les lois !
La société algérienne dans sa majorité reconnaît le rôle important que joue la femme dans toutes ses dimensions, et celle de la mère en particulier. A ce sujet, dans la revue du Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc), Fatima-Zohra Sebaa, du département  de psychologie de l’Université d’Oran, écrit dans son article intitulé : «Les parents et leurs adolescents. Regards croisés» que «la mère constitue pour les jeunes un solide soutien». «C’est à elle que le jeune s’adressera pour ses besoins matériels (argent de poche, besoins minimes quotidiens). C’est également elle qui s’occupera de leur scolarité (inscription, lien avec les enseignants), de leur santé et c’est surtout vers elle que filles et garçons se tournent pour se confier. Le père s’en remet généralement à elle pour les décisions concernant les enfants, la disposition des meubles à l’intérieur de l’espace domestique, la gestion des fêtes et manifestations familiales».
Dans cet article, cette chercheuse relève que «le modèle éducatif traditionnel» (père autoritaire, mère affective/permissive) est toujours présent mais néanmoins avec quelques indicateurs de changements : le père semble plus à l’écoute, il donne plus facilement un coup de main à la mère pour l’entretien de la famille dans l’espace domestique et nombre de décisions concernant les enfants sont prises par le couple parental. Pour les mères et les filles, même si elles continuent d’assurer l’essentiel des tâches domestiques, elles investissent de plus en plus d’autres espaces pour les démarches administratives, la scolarisation des enfants et s’essaient, pour certaines, aux travaux de bricolage. Ainsi, d’après ces premiers résultats, les changements ne semblent pas aussi radicaux, mais ils sont du moins perceptibles et réels».
Mais cette survalorisation sociale et affective de la mère n’est-elle pas à mettre en lien avec la dépréciation du statut de la femme dans notre société ?
La famille, avec ce partage de rôles, reste malgré tout (interdits, rapports déséquilibrés de pouvoir entre ses membres) le modèle que les jeunes tentent de reproduire. Les garçons restent fortement attachés aux notions de virilité et d’honneur à préserver, alors que les filles semblent accepter leurs conditions avec toutefois quelques désirs de modifications à apporter dans les relations entre hommes et femmes.
Malgré les changements comme le rétrécissement de la taille de la famille et l’élévation du niveau d’instruction, il ne semble pas y avoir de changements radicaux dans les représentations et dans les pratiques des hommes et des femmes. 
Les qualités et les défauts des enfants sont appréciés selon le sexe de l’enfant, de même en ce qui concerne les souhaits et les projections exprimés à leur égard. Ainsi, d’après ces premiers résultats, les changements ne semblent pas aussi radicaux, mais ils sont du moins perceptibles et réels. Du baume au cœur.
Sarah Raymouche

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