Soit dit en passant / Soit dit en passant

Menaces audacieuses

Voilà une mosquée dont on aura dit pis que pendre pour ce qu’elle aura englouti comme milliards. Dinars, dollars, euros, quelle importance, quand on sait le budget colossal consacré à son érection. Avec toutes ces sommes, on aurait pu doter le pays d’hôpitaux, d’écoles, d’usines, d’aéroports, de sites touristiques, satisfaire tant de priorités. Tant d’argent engagé pour concurrencer celle que le roi Hassan II a construite en rackettant ses sujets. Qu’est-ce qui justifie que l’on fasse de son minaret l’affaire du siècle ? Il y a une année et demie, environ, les Affaires religieuses, dont la fonction consiste à régenter la foi des Algériens, s’octroyaient le droit de légiférer sur ce qui est licite et ce qui ne l’est pas. Elles avaient été appelées à l’aide et autorisées à faire valoir le poids moral dont elles disposaient. L’autorité qu’elles s’éreintaient à rendre plus visible avait débouché sur une fatwa destinée à museler une presse, de leur avis, trop libre. L’ingérence, surréaliste, visait à mettre au pas tout média qui s’aventurerait hors des lignes tracées par l’Algérie nouvelle, dès lors qu’il ne dirait pas les choses comme on entendait qu’il les dise. Le prétexte était que les journaux diffusaient de fausses informations à propos du coronavirus, «pouvant nuire au citoyen et à la société». Une presse qui, selon nos religieux,  participait, volontairement, à effrayer à propos d’une pandémie pas aussi meurtrière qu’elle tentait de le faire croire. Ce qui portait atteinte à la stabilité du pays et effrayait les Algériens au lieu de les rassurer. Encore une histoire d’équilibre pour  renforcer un contrôle qui ne disait pas son nom. On sait, depuis, comment la fatwa des Affaires religieuses a été contredite par une Covid-19 qui a progressé à une vitesse telle qu’elle a lavé la presse de toutes les méchantes intentions qu’on lui prêtait.  Aujourd’hui que l’on sait combien les médias ont contribué à la sensibilisation des familles à la vaccination contre une Covid qui n’épargne personne, c’est le minaret de la Grande Mosquée d’Alger qui agite. Pourquoi ? Il a perdu de sa hauteur tout à fait accidentellement. 
M. B.