Soit dit en passant / Soit dit en passant

Us et coutumes : mode d’emploi !

Il faut qu’elle sache rouler le couscous, pétrir le pain, qu’elle n’ignore rien des us et coutumes. Et comme par hasard, les us et coutumes se limitent, dans leur bouche, à la bouffe. Ils n’oseront pas parler de sexe, mais ils le penseront. «Il faut qu’elle sache me satisfaire, faire tout ce que j’aime pour que je l’épouse.» 
Comme s’il était une perle rare, un seigneur qui consent à se marier, à condition qu’une femme puisse le mériter ! 
Une espèce de délire qui trouve preneur auprès des hommes, mais aussi des femmes. Auprès de celles qui, depuis leurs  plus jeunes années, auront été conditionnées à servir sans rechigner les hommes de la famille et qui se montreront prêtes à passer d’une tutelle à une autre, d’un asservissement à un autre.  Ils sont relayés par de vieilles carnes qui leur enseignent que les filles ne sauraient pas utiliser leur liberté si elle leur était accordée. A comprendre qu’elles ont des neurones en moins qui les empêchent de filer droit sans protection rapprochée et, surtout, sans orientation masculine. 
Pas question de les laisser libres de leurs mouvements. Car consentir à leur lâcher la bride équivaudrait à les livrer à la débauche, et ça, un homme qui veille jalousement sur son honneur ne peut pas laisser faire. Voilà comment, à l’aide de discours indigents, on glorifie  l’incapacité de ceux qui gardent les yeux grands ouverts sur l’honneur de la tribu sans en comprendre les fondements et  comment, ignorance aidant, on passe au hachoir, en toute bonne foi, les qualités pourtant indiscutables de l’autre. 
«Une femme doit retrousser les manches», affirmera d’un ton sévère ce badaud dont on devinera aisément le cheminement bancal. 
Après avoir asservi les femmes de la maison, il n’aura aucun mal à se poser en chef de file impitoyable qui ne passera rien à sa future belle-fille. «Des petits plats qui nous rappellent un passé glorieux», déclarera-t-il sur un ton qui ne souffrirait aucune contrariété. Pas un seul de ceux qui veillent jalousement au grain n’aura l’intelligence ni même l’honnêteté de penser que se retrousser les manches, à son tour, participe incontestablement à l’élévation de soi. 
M. B.