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L’Hadi Khezzar (Entraîneur)

«Saâdane est le seul local valable»

L’hadi Khezzar a drivé plusieurs clubs de l’élite parfois avec bonheur (c’est lui qui a mené la JSM Béjaïa à son unique victoire en Coupe). Mais souvent avec des désillusions vu qu’il a été plusieurs fois victime de la valse des entraîneurs. C’est pour cela qu’il vient de refuser une offre du nouveau promu, l’AS Aïn M’lila. Il préfère prendre du recul et nous faire part de son avis sur la Coupe du monde et le foot national.

Le Soir d’Algérie : La France, championne du monde. Cela vous a-t-il surpris ?
L’hadi Khezzar
: Non, pour moi ce n’est pas une surprise. Depuis pas mal de temps, j’avais dit qu’elle possède des joueurs de classe mondiale qui évoluent dans les plus grands clubs. Elle a développé un jeu assez spectaculaire et m’a rappelé la sélection italienne de 1982 qui avait été sacrée en Espagne.
En quoi a-t-elle des similitudes avec cette Italie ?
Elle a une bonne assise défensive et un jeu de contres très rapide et bien mené. Cette équipe de France n’a pas un volume de jeu puissant et agréable mais elle est très réaliste.
Sur le plan du spectacle, les puristes disent que ce n’est pas un exemple à suivre du fait que les Tricolores ont plus défendu.
Quand vous avez des flèches comme Mbappé ou Griezmann cela suffit. En plus, les Français ont été très forts sur les balles arrêtées puisque la plupart de leurs réalisations l’ont été sur des coups-francs ou des penalties. Pour vous, la France mérite cette Coupe du monde ?
Oui, elle la mérite dans la mesure où l’Allemagne a été éliminée dès le premier tour alors que l’Argentine, le Brésil ou l’Espagne sont partis assez tôt. Pratiquement, tous les favoris n’ont pas été au rendez-vous.
Même la France était favorite ?
La France a eu de la chance. Je pense que son match le plus difficile c’était contre l’Uruguay et elle a eu du bol du fait que les Uruguayens étaient  privés de Cavani, leur meilleur attaquant qui était blessé.
Si Cavani avait été présent, l’Uruguay aurait pu passer ?
Je pense que la paire Cavani-Suarez aurait pu causer plus de problèmes à la défense française.
Quelles leçons avez-vous tirées de ce Mondial ?
Il n’y a plus de grandes nations du football. Même de petites nations avec une faible population comme l’Islande ou la Croatie arrivent à émerger grâce à des joueurs qui évoluent dans de grands clubs comme le Real, le Barça et bien d’autres. D’ailleurs, c’est le cas de la France aussi. Ces  éléments ont élevé leur niveau de jeu dans de grandes équipes et c’est leur sélection nationale qui a pu en bénéficier.
Les deux finalistes étaient dirigés par des entraîneurs locaux. Devrait-on s’en inspirer pour notre EN ?
Excusez-moi, d’accord pour un local, mais si on prend l’exemple de Deschamps, le local français, il n’est pas venu par hasard. C’est plutôt par ordre de mérite. J’ai suivi son cursus. Deschamps ne pouvait pas entraîner dans le championnat français au départ. Il a fallu qu’il aille à Monaco malgré son énorme palmarès de joueur avec une Champions League et une Coupe du monde. Ensuite, il est allé à la Juventus et entre-temps, il a obtenu ses diplômes et il est revenu en France et a remporté un titre de champion avec l’O Marseille. Il a donc fait ses preuves en clubs. Ce n’est pas comme chez nous où on nous a parachuté Madjer.
Vous êtes contre un local pour l’EN ?
Moi je dis que le dernier des Mohicans et le seul local valable, c’est Rabah Saâdane. Même s’il avait certains défauts, il possédait les caractéristiques d’un sélectionneur. Il avait le charisme et les études, contrairement à Madjer qui a eu son troisième degré sans étudier. Je ne vois pas pourquoi on se casse la tête à étudier pendant cinq ans à l’ISTS pour qu’un autre vienne obtenir la même chose que vous sans avoir rien fait.
Le salut ne peut venir que de l’étranger ?
A mon avis, le seul qui aurait pu être un bon sélectionneur local, c’est Abdelhak Benchikha, mais à mon avis, il s’est précipité en acceptant de driver l’EN trop tôt. Il aurait dû attendre pour acquérir plus d’expérience avec les clubs et puis il a été nommé à un moment où l’héritage de l’EN était trop grand pour lui. Par conséquent, le salut passe par un grand entraîneur étranger.
Pour en revenir à la Coupe du monde, comment jugez-vous le parcours médiocre des sélections africaines toutes éliminées au premier tour ?
Les Africains sont toujours aussi complexés devant les autres nations. L’Egypte a joué avec beaucoup de prudence et avec une telle stratégie, on ne peut que perdre. Le Nigeria semble avoir perdu son jeu et le Maroc a eu la malchance de tomber dans un groupe assez difficile avec l’Espagne et le Portugal.
Quels sont les joueurs qui vous ont enchanté ?
Je citerai Mbappé et Griezmann ainsi que Lloris qui a réalisé des parades déterminantes. Cavani, avant sa blessure, m’a impressionné. Et puis à mon avis Modric mérite le Ballon d’Or européen. Il a gagné la Champions League et se retrouve finaliste de la Coupe du monde. Pour moi, il le mérite plus que Messi ou Ronaldo.
En ce qui vous concerne, avez-vous eu des contacts pour driver un club ?
Oui, j’ai été contacté par l’AS Aïn M’lila, le nouveau promu, mais j’ai refusé l’offre. Je ne veux plus revivre ces situations où je me fatigue à faire une bonne préparation et au début du championnat, dès qu’on perd un match, je suis limogé. Alors, je préfère rester chez moi !
Propos recueillis par Hassan Boukacem