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À l’heure algérienne(2)

La canicule plombe le ciel ; le mercure monte au ciel ; à l’horizon, sur la crête des montagnes, un voile de poussière enveloppe le regard. Je m’en tiens à la sagesse populaire qui dit : «C’est l’été !» Oui, c’est l’été implacable. Chaud. Sec. Et incertain. Puis, les figues vont mûrir, me dit-on ! Puis, la mer nous tend ses bras. Mais, comme je suis toujours à l’heure algérienne, je me demande si réellement les plages sont gratuites. Des journalistes ont fait leur enquête ; il semblerait qu’il n’en est rien. Pourtant, le ministre de l’Intérieur a tapé sur le pupitre ; les plages sont publiques ; dès lors, elles doivent être gratuites, comme notre médecine. Qui croire ? Les journalistes ? Oui, puisqu’ils se sont déplacés in situ. Le ministre ? Oui, puisqu’il dispose de la puissance publique. Dilemme, quand tu nous tiens ! Je ne suis pas tenté par y aller, sincèrement. S’il faut casquer pour un coup de soleil, ça n’en vaut pas la peine. Autant rester à la maison, remplir à moitié la baignoire et piquer une tête ; pas si vite, les amis ! Ce n’est pas aussi simple ; encore faut-il que le robinet veuille bien nous assurer de sa manne ! Sur ce point, le ministre concerné a promis de l’eau H24 ; pas chez moi, de toute façon. H24 veut dire H24 ! J’ai fait moi-même ce constat. J’ai ouï-dire également que le règne des parkingueurs est révolu ; la puissance publique y a mis un terme. Pas plus tard que ce matin, j’ai parqué ma tire dans une des rues de ma ville, sous un soleil de plomb ; le temps d’une emplette, je rentre difficilement dans cette étuve, démarre le moteur, enclenche la première et, le temps de baisser la vitre, un quidam – sorti de nulle part – me tend la main ; «Parking, kho !» D’où il sort ? En arrivant, je n’ai vu personne alentour ; j’ai bien regardé ; à gauche, à droite ; de tous les côtés que mon arthrose cervicale pouvait me le permettre. Ce «parking, kho !» m’a coûté 50 dinars. Par conséquent, je pose la question à la toute-puissance publique : les plages sont-elles gratuites ? Le robinet racontera-t-il enfin son histoire d’eau ? Le racket  des  parkings  verra-t-il sa fin ? 
Dans la même optique, la vérité des prix sera-t-elle appliquée en 2019 ? Ah, 2019, l’année de toutes tentations ! Oui, le ministre des Finances promet la fin des subventions pour l’année à venir. Pour le bien de notre économie, il faut que ça s’arrête ; c’est le sens du bon sens, même ! Il faut payer au prix coûtant. Sauf que le bon sens économique ne va pas de pair avec le bon sens politique. C’est là où le bât blesse ! Et la paix sociale, pardi ! Il y a assez de colère comme ça. Et d’impatience. Et d’attente à flanc de leurre. Et de ressentiment. Tout ça ! Tout ça ! Le Premier ministre recadre son ministre, selon la formule usuelle. La presse parle de cacophonie, selon la formule journalistique. Cela ne date pas d’aujourd’hui, kho ! Ça «cacophone», si c’est ainsi qu’il faut formuler la chose, depuis 1962. Je pense que notre ministre des Finances a sauté un élément fondamental : le cinquième mandat ! Tout tourne autour de ce mandat. Il ne faut rien projeter pour 2019, sinon le cinquième mandat. Il faut continuer dans la continuité, ya Sid El Wazir ! Laissez tomber les subventions. Ne pensez qu’au cinquième mandat ! On laisse pour après les transferts sociaux ! Moi aussi, je suis pris au piège ; je ne pense qu’à 2019, l’année où je verrai la continuité faire sa continuité ; l’année où je verrai l’alliance présidentielle s’élargir. 
L’OMT est chez nous ! Faut-il s’en réjouir ? Peut-être ! C’est à la demande de l’Algérie que l’Organisation mondiale du Tourisme est chez nous. Ça y est, on a pris le tourisme national par les cornes. Je regrette qu’on n’ait pas choisi Oued R’hiou, je le regrette vraiment. Le choix s’est porté sur la ville des Ponts, Constantine l’altière. C’est bien ! Constantine a tout d’une grande ! Pourquoi avoir attendu si longtemps pour se rendre compte que cette ville a un potentiel touristique énorme ? Tout comme Annaba, du reste. Tout comme Ghardaïa. Tout comme Tébessa. Tout comme Timimoun. Tout comme Bejaïa. Enfin, tout comme l’Algérie ! Parlons peu et parlons bien, comme le répète souvent mon ex-voisin de palier. Imaginons un touriste débarquer avec un camping-car ! Jusque-là, c’est bon. Il ouvre sa carte Michelin et choisit sa destination. Il arrive à Oued…, pardon, à Constantine. Il parque son machin. Un quidam arrive sur les faits. Et lui dit : «Parking, kho !» Je vois d’ici la mine peu touristique du touriste. Car, nous autres Algériens, on est habitués désormais. Bref, il choisit une plage publique, censée être gratuite. Il va pour installer son parasol, made in lkharej. Un quidam survient. Et lui dit : «Ici, tu loues le parasol, la table et les chaises. Et tu kouhes !» Le touriste, ayant perdu sa vocation touristique, repart chez lui dare-dare. Et jure, comme le corbeau de la fable, qu’on ne l’y reprendra plus. De grâce, soyons indulgents avec nous-mêmes ; appliquons les lois et règlements de notre pays ! On est encore loin d’être une destination «touristisante» ! 
Une campagne de démoustication ! Je n’ose même pas vérifier si le verbe démoustiquer existe ; il semble bien que oui. J’ai des lacunes sur ce plan-là, me semble-t-il. Il paraît que le basilic (lahveq) éloigne ces vampires ailés ; je n’y crois pas tellement. Les moustiques, de nos jours, ont d’autres appétits. A l’époque, le  basilic faisait son œuvre ; les moustiques étaient sympas. De nos jours, les moustiques se sont «tigrés». Ils provoquent des maladies qu’on n’arrive même pas à prononcer. Le chikungunya ! Il faut pouvoir l’orthographier. Et pouvoir le prononcer. Allez-y ! Essayez plusieurs fois de le dire ! Votre langue va chasser. Puis, j’ai essayé lahveq sur le rebord de ma fenêtre ; le soir venu, des escadrilles se lèchent les trompes ; du sang gratos, à portée de nous. Ça vous assaille de partout. Ça rugit dans les oreilles. ça boit votre sang. Je crois que mon insomnie vient de là. Alors, mettez du basilic à profusion, le moustique d’aujourd’hui, féroce à souhait, prendra sa dime d’hémoglobine. Voilà, on n’est pas loin d’un accord avec Halilhodzic, à la tête des Verts. J’ai peur que ce ne soit un flop. Mais s’il fait l’unanimité, je dis pourquoi pas. Essayons toujours ! Il a fait quelque chose, il y a quelques années. Il revient, c’est bien. Madjer aussi a fait quelque chose, il y a quelques années. Il est revenu. Et alors ? J’attends de voir. Je n’anticipe rien. Puis, il me semble qu’il sera là pour un certain nombre d’années. On parle de 2022 ! Juste le temps de bâtir une équipe nationale qui ira au Qatar. La prochaine Coupe du monde, c’est bien au Qatar qu’elle aura lieu, non ? En attendant, Lalmas s’en est allé…
Y. M.