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C’était à prévoir

Publié par Youcef Merahi
le 17.03.2021 , 11h00
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Ce jour-là, je devais faire une visite médicale spécialisée. Oh, ce n’est pas pour vous ennuyer avec mes petits soucis de santé. Il y a un âge où tout se dérègle, un peu comme le climat en ce moment. Bien, j’y suis en plein dedans ! Je vais donc vers les consultations spécialisées, une espèce de service hospitalier où toutes les spécialités sont traitées. Ouais, il en existe dans ma ville natale. Je vais essayer de m’expliquer. Pas loin du CHU, il y a un service de l’assurance maladie. Au sous-sol, une espèce de tunnel, se trouve ce fameux service de consultations spécialisées. J’y vais, donc. Je descends dans ce sous-sol. Je cherche une autre appellation, c’est la seule qui me vient en tête. Je me retrouve face à un comptoir réservé aux informations. Une dame est là, qui renseigne les malades. J’expose mon problème. Allez-y au bureau untel. Jusqu’ici, pas de problème ! Sauf qu’il n’y a pas de fenêtre dans ce tunnel. Du moins, je ne les ai pas vues, personnellement. Plus on avance, plus le tunnel se rétrécit. De part et d’autre, il y a des bureaux. 
Tout le long du tunnel, les malades attendent, assis sagement sur des bancs. Il y en avait du monde. C’est moi qui vous le dis. Surtout d’un certain âge. Comme moi, quoi. Sauf que personne n’était en possession d’un masque. Personne, je vous le dis, y compris certains personnels du service des consultations spécialisées. À leur décharge, je voudrais mettre en exergue la gentillesse et l’humanité avec lesquelles ce personnel accueillait, dirigeait et réglait les problèmes des uns et des autres. Là n’est pas la question ! En quelle langue faut-il le dire ? Nous sommes en pleine pandémie de corona. Le virus est toujours là. Il n’est pas parti. Il fait des siennes. Il fait encore des victimes. Il en fera encore. Il mute. Il n’arrête pas de muter. Il est anglais, sud-africain, nigérian, brésilien… Demain, il sera algérien. S’il ne l’est pas déjà ! Moi ? Bien sûr que j’avais mon masque. Nous n’étions pas nombreux à l’avoir. Au point où je me suis senti gêné de l’avoir ce fichu masque. J’avais même ma bouteille de gel. J’ai passé une bonne trentaine de minutes dans ce boyau. J’ai attendu mon tour. Je me fais consulter. Je n’écoutais presque pas le toubib. J’avais la tête dehors. Comment accepte-t-on un pareil capharnaüm ? C’est un véritable foyer de contamination ce service ! Les  malades étaient les uns sur les autres. J’avais  peur de demander au médecin : « Mais comment acceptez-vous une situation pareille ? » J’avais peur de me faire remballer. Ouais, de quoi je me mêle ? Je sors de ce trou fissa. Je mets du gel généreusement, comme si ça suffisait à arrêter un virus. Franchement, je suis sorti choqué. C’est là où on peut chopper cette bestiole, deux fois plutôt qu’une. Je ne comprends pas. J’essaie de trouver des explications dans ma petite tête, je n’y arrive pas. Désolé, il faut le fermer ce service. Et trouver autre chose. Personne n’est à l’aise, je le comprends aisément. Mais dans des moments de pandémie pareille, il faut savoir  faire des sacrifices. En tout état de cause, on ne m’y reprendra pas une seconde fois dans ce service. Parole d’un hypocondriaque ! 
Ce jour-là, je vais au service des cartes grises de ma ville natale. Pourquoi ? Juste  pour me faire délivrer une carte grise. La Palice n’aurait pas dit mieux. Incroyable, il n’y avait pas un seul usager. Tout le service était pour ma pomme. Y aurait-il une grève des usagers ? C’est du domaine du possible ! Je me présente au guichet. Bonjour, bonjour. Je voudrais déposer un dossier de carte grise. Oui, j’ai acheté un tacot. Ce sera pour demain. Et pourquoi donc ? Monsieur, la liste est pleine. Quelle liste, madame ? La liste, celle-là. La guichetière m’exhibe une liste. Une liste ! Vous savez ce qu’est une liste. Il y a des noms inscrits dessus. Qu’ai-je à voir avec cette liste, madame ? Il se trouve que la liste est fermée, vous devez repasser demain vous inscrire sur la liste, il faut venir tôt, monsieur. Tout ça dit dans le respect de l’administration au citoyen. Je voulais tout de même comprendre. Derrière les guichets, il n’y avait pas moins de six fonctionnaires. Ah, je voulais vous dire que cette fameuse liste est utilisée par les malades qui vont chez un médecin spécialiste privé. Les malades font eux-mêmes la liste pour éviter tout débordement. À chacun son tour, comme on dit chez nous, en bon français. Le service des cartes grises a adopté le schmilblick. Donc, tu arrives le matin. Les usagers sont déjà là. Tu demandes la liste. Tu mets ton nom. Les portes de l’administration s’ouvrent. Et l’appel se fait, comme à l’école primaire. 
Je voulais donc comprendre la « âfsa ». On apprend à tout âge. Comme j’ai perdu le goût d’apprendre, j’insiste donc auprès de la guichetière, au demeurant respectueuse. Madame, excusez-moi, pourrais-je déposer le dossier aujourd’hui, je repasse demain retirer mon document. Impossible, il faut vous portez demain sur la liste, comme ça, vous aurez votre carte grise. Si demain, vous n’êtes pas sur la liste, alors, vous repasserez le surlendemain. Excusez-moi, madame, l’administration est censée travailler de huit heures du matin à… Que je vous explique, monsieur, il y a trop de monde depuis que les marchés de voitures ont rouvert, aussi, cette liste empêche tout débordement et autres tintamarres. Waouh, il me faut donc pointer demain tôt pour pouvoir réserver ma place grâce à cette liste. Sauf que vous êtes une administration publique… Je vois que l’agente commence à perdre patience. Je le vois à son visage. Et moi aussi, je commence à perdre patience. Je vois ça comme une injustice. Sérieux, je ne plaisante pas, une injustice à l’encontre d’un citoyen. J’allais tenter… La guichetière me dit gentiment : « Monsieur, il vaut mieux que vous alliez voir mon chef de service. » 
Ah, faut-il que je précise qu’il n’y avait aucun « client » ayant mis un masque. Je crois être le seul. Y compris le personnel du service des cartes grises de ma ville natale. Pourtant, sur les murs, un peu partout dans le service, des affichettes, bien en vue, portaient cette inscription : « Port du masque obligatoire ». Maintenant, aux autorités sanitaires de nous dire que l’épidémie relève du passé, je serais le premier à jeter aux orties mon masque, et respirer à nez libre de tout filtre. Ou, on nous dit que l’épidémie est toujours là, d’autant que le vaccin se fait désirer, alors, il faut obliger la population à se protéger. Mais, il faut surtout que l’administration donne l’exemple, le bon exemple.   
Ma carte grise, qu’est-ce qu’elle a ma carte grise ? Je ne vous donnerai pas le fin mot de l’histoire. Que chacun d’entre vous imagine la chute d’un épisode administratif qui n’a pas lieu d’être. Je souhaite seulement qu’on revienne aux fondamentaux d’une administration plus humaine, moins bureaucratique, plus tolérante. 
Y. M.

 

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