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Digressions aoutiennes

El-Mouwatana est descendu dans la rue. Ça, c’est une info de première ! El-Mouwatana, c’est comme un parti politique ; enfin, ça l’est. Ne chipotons pas trop ! Ces politiques ont joint le geste à la parole ; ils ont bravé l’interdit ; ils se sont retrouvés à la place des Martyrs (anciennement Blast el Oud) ; ils viennent dénoncer le cinquième mandat ; pas seulement, que je sache ; ils ont gardé le secret ; arrivés sur place, ils n’ont pas tardé à se faire alpaguer par des policiers ; ils ont été conduits au commissariat ; ils ont failli se faire saisir leur portable ; comme ça, il n’y aura aucune image de la manif. Malins, les policiers ! Comme on peut le constater, le cinquième mandat est très bien protégé ; nul ne peut le toucher ; nul ne peut le remettre en cause ; car, c’est à la limite d’une mission divine. Le cinquième mandat, couleur FLN, sauvera l’Algérie du chaos. De la misère. Du FMI. De l’inflation. De la harga. Des criquets pèlerins. De la crise de logement. Des parkingueurs, et autres parasoliers. Des mauvais payeurs «anséjistes». Oui, le cinquième mandat sauvera l’Algérie d’elle-même. Et tout ça, sous la bannière du FLN ! C’est ce qui est prévu pour 2019. C’est ce qui est décidé pour 2019. Il n’y a pas d’autres choix. Puis les urnes sont avec le cinquième mandat, comme elles l’ont été avec les mandats précédents. Qui pourra dire le contraire ? Qui ? Ceux d’El-Mouwatana ! Ben, le cinquième mandat est là pour les en dissuader. Au commissariat. Dans les urnes. A l’APN. Aux APC/W. Au Sénat. Mais pas de rue. Pas de manif. Surtout pas à Alger. Alger, c’est la capitale. Pas touche. En fait, je me pose une question : si El-Mouwatana avait organisé une prière collective à la place des Martyrs, qui aurait le courage d’approcher les prieurs ? Voilà la solution ! Il ne faut plus marcher, c’est inutile ; une prière collective sur une place publique : le tour est joué ! 
Revenons au prix Nobel ! Qu’a-t-il à voir le Nobel avec le cinquième mandat ? Apparemment, il n’y a aucun lien ; mais en cherchant bien, on pourra toujours trouver quelque chose. Mais la grande question, la seule qui mérite d’être posée, qu’a-t-il à voir le Nobel avec l’Algérie ? Haw essah ! Je peux dire qu’il n’y a aucun lien entre ce prix prestigieux et mon pays, parole d’Algérien désespéré. Il n’y a jamais eu de Nobel algérien ; il n’y en aura jamais. Je vois d’ici des Algériens, atteints de nationalisme aigu, mettre leurs sourcils en accent circonflexe. Des nationalistes ombrageux, veux-je dire. Je maintiens : il n’y a pas eu de Nobel ; et l’avenir est incertain. L’université ? Et alors ? Elle forme des diplômés, point barre. Diplômés pour la harga ! Pour l’Ansej. Pour le chômage. Et la recherche ? Celle-ci se fait sous d’autres cieux par d’autres que nous. Ailleurs, ils cherchent. Et trouvent. Ici, on cherche l’ailleurs. Et on ne le trouve pas. A cette allure, on n’est pas près de le trouver. Par contre, en cherchant  bien, on n’est pas loin de trouver une nouvelle taxe, «la taxe frontière». Il faut prendre cette info au conditionnel. Ça pourrait être une trouvaille géniale d’une recherche géniale. Une «taxe frontière», génialissime, camarade ! Tu sors du pays, tu kouhes. Tu ne paies pas. Bien, tu n’iras nulle part. Je vois ça d’ici. Vous voyez bien, en cherchant, sans être Nobel, on trouve. Sauf que je reste persuadé que le prix Nobel n’a rien à voir chez nous ; on a d’autres chats à fouetter ; comme le cinquième mandat. Et continuer la continuité. Et avancer à reculons. 
Pour contrecarrer les parkingueurs, notamment les plus violents d’entre eux, car il y a des gentils qui ne demandent qu’à être payés sans montrer ni les crocs ni les gourdins, je propose d’éviter de garer dans leurs parkings. Place publique ? Que tu dis. Ces places sont le bien des parkingueurs. Nul ne peut leur contester ce fait. Bien, il faut éviter de leur confier nos tires. Comme la rue n’appartient à personne, sinon à un beylik que nul ne connaît, ni ne reconnaît, il faut garer au beau milieu de la chaussée. Voilà une idée qui est géniale ! Je vais lancer cette idée par le biais des réseaux sociaux : «Gari fi west trig, ya kho !» Vous verrez que les parkingueurs rentreront chez eux, traînant leurs gourdins, leurs crocs et leur hargne à plumer les automobilistes. Constatons un fait : que faire d’un prix Nobel ? Le niveau est tellement au ras des pâquerettes, que nous tous, on ne se focalise que sur les parkingueurs. Parlons d’autre chose, pardi ! De quoi, ya «digourdi» ? Par exemple, du cinquième mandat (qui sera Président en 2019 ?). Du lieu de vacances de nos ministres (vont-ils à Tichy ?). De l’opportunité d’un barbecue dans nos forêts (le jour de l’Aïd). Du dinar qui dégringole, notamment au square Port-Saïd. Des prières collectives, pour tuer la culture. Du prix de la patate et du poulet. Ou celui du mouton. De l’intégrisme qui «s’intégrise». Des scorpions belliqueux. Du moustique tigre. Du visa. Du tourisme national. Du prochain Premier ministre. Du futur prix Nobel. De l’université algérienne. Du barrage Vert. Du désert qui avance. De la Mosquée d’Alger. Du prochain Sila. Du burkini. Du parcmètre de la rue Ben-M’hidi. De l’autoroute Est-Ouest. Des gardes de l’Aïd. De poésie. De Trump. Du prochain Mondial. Et de la purée de nous autres. Et des milliers de spécialistes algériens qui font le bonheur de la santé en France. Ouf ! 
Les mots croisés me dérident. Je passe un temps fou face à mes grilles. J’ai repris mes errances d’antan. Cruciverbiste, j’étais. Cruciverbiste, j’ai repris mon crayon et ma gomme. Et en avant le décodage ! Au fait, juste pour l’info, un fidèle lecteur (merci Hakim) m’a donné la réponse : le faiseur de mots croisés s’appelle un verbicruciste. Je suis ainsi en lutte, par l’esprit, avec «mes» verbicrucistes. Je m’engage à fond dans ces grilles. Je ne veux pas tuer le temps. Je m’instruis, mine de rien. Parfois, je ne trouve pas. Normal ! Je fais de mon mieux. Je ne suis pas un Nobel des mots croisés. Je suis juste un amateur. C’est radical pour les insomniaques. Ça fait blanchir la nuit. Rapidement. Et en gardant l’esprit vif. J’ai mis de côté la lecture. J’ai mis quelques livres en réserve, comme le dernier de Yasmina Khadra et d’Ahlam Mosteghanemi. L’hiver est propice à la littérature. Et l’automne, à la méditation. Je spécialise mes saisons. En attendant de tenter une harga (aurais-je le mal de mer, moi qui suis phobique de l’avion ?), je n’arrête pas de décroiser les mots pour une paix possible dans un pays en attente de lui-même. Au fait, qui peut me dire ce que devient Malika Mokeddem ? 
Y. M.