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Encore un tour

Publié par Youcef Merahi
le 29.01.2020 , 11h00
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J’espère ne pas me tromper en disant que c’est reparti pour un tour. Nous en sommes à cela : le Hirak « hirakise » et le pouvoir
« pouvoirise ». Ça a l’air d’être simple, dit de cette manière. Or, c’est plus complexe qu’il n’y paraît, malheureusement. Je parlais de routes parallèles, il y a quelque temps. Bien, rien n’a changé ! On est dans la même configuration qu’avant. On ne voit pas le bout du tunnel, je veux dire. D’un côté, il y a le Hirak, ce peuple qui, chaque mardi et chaque vendredi, bat le pavé, bon enfant, le sourire large d’espoir, chatoyant dans ses couleurs, chantant à tue-tête, inventant des chorégraphies populaires et, pacifiquement, quêtant un frémissement d’en face pour la pose de la première pierre de la nouvelle République. De l’autre, il y a un pouvoir qui, l’euphorie de la campagne électorale et de la victoire passée, donne l’impression de sombrer dans une routine de gouvernance déjà vue. 
Enfin, y a-t-il quelque chose de changé dans notre pays ? Oui, juste un rabotage ! Le cinquième mandat n’a pas eu lieu. Le Président démissionnaire est vraiment absent, désormais. Le cadre présidentiel n’est plus idolâtré ; il ne reçoit ni hommage ni présent ; il n’y a plus de « fakhamatouhou » ; la toile d’araignée ne fait plus son effet, El-Harrach en connaît un bout. Le Président intérimaire « n’intérime » plus. Il est rentré chez lui, dit-on. Un autre Président, lui, est arrivé des suites d’élections qui, disons-le vite, ressemblent à une fuite en avant. Le gouvernement des affaires courantes n’est plus là, enfin pour beaucoup d’entre eux. Un autre gouvernement, plus légitime selon la parole officielle, donne de la voix. C’est tout ce que je vois. C’est mon constat. Je m’attendais à ce qu’on casse la baraque. Des mesures chocs. Un travail de commandos. Je ne vois rien venir. C’est la routine. Je me rappelle de Boudiaf, parlant la langue du peuple, lui disant haut et fort ce que lui pensait tout bas. D’abord, la mafia politico-financière. Puis, l’école sinistrée. Aujourd’hui, je ne vois rien de tout cela. La décision de libérer les détenus d’opinion, d’où vient cette décision, a été un moment fort. Ouf, me suis-je dit, l’Algérie va enfin passer à autre chose. Du nouveau, ya ness, on suffoque ! Puis, pfutt, plus rien ! Pire, des détenus d’opinion sont encore en prison. Pire, d’autres sont arrêtés dans la foulée des marches. 
Les optimistes béats diront, de leur côté, qu’une commission travaille sur le chantier de la nouvelle Constitution, que des walis ont été changés, que des chefs de daïra risquent d’être changés, c’est dans l’ordre des choses, que des ministres boulottent, que des élections sont à venir et que le Président est revenu d’Allemagne et qu’il vient de recevoir Erdogan. Je ne nie pas, tout ça est vrai. Et alors ? Je pose la question sans diplomatie : qu’y a-t-il de changé dans notre pays ? Je ne vois aucun frémissement, aucun espoir poindre à l’horizon, aucun rêve qui relève la tête de la jeunesse. Je ne vois rien, désolé. Supposons que tous les détenus d’opinion, sans exception, ont été libérés, que l’allocation devise est passée à 1500 euros, que le pouvoir se concerte avec le Hirak pour une sortie de crise, que les réunions publiques soient autorisées, que le média lourd soit ouvert à l’opposition… Là, il sera possible de dire que l’Algérie se réconcilie avec elle-même. 
Puis, le FLN, oui le FLN, l’ex-parti unique, il n’y a pas un autre que je sache, installe une commission d’experts. Vous avez bien lu : une commission d’experts. C’est bien ce que j’ai lu, moi aussi, ce 22 janvier dans Le Soir d’Algérie, en page 3. Je ne peux pas louper cette info ; elle est de taille ; je dirai même plus, elle est de taille. Voilà, pour ceux qui ont loupé cette info, cette commission est composée de 30 à 50 membres pour élaborer « ses propositions sur la base d’un diagnostic et d’une analyse sans complaisance de la situation du pays et d’une vision prospective ». Waouh, rien que cela ! Juste pour dire au FLN que sa « vision prospective » nous la subissons depuis 1962. Il est inutile que j’énumère les résultats grandioses de cette « vision prospective ». La répétition est voulue, c’est pour appuyer cette décision historique du FLN. Alors, on va « prospectiver » tous ensemble. Désolé, j’abuse des néologismes. C’est juste pour appuyer la prospective « éféléniste ». Puis, quand le FLN parle de « peuple », je ressens comme de l’urticaire. Je me gratte le corps jusqu’au sang. Puis, quand le FLN parle de « référendum », je ressens comme de la fièvre. Et, pour arrêter les tremblements paludéens, je me mets à siffler du paracétamol 1 000 à une cadence à me faire péter le foie. Je ne sais pas pour vous, moi, c’est comme ça que je vois le schmilblick de ce parti, qui devrait « prospectiver » son entrée au musée de l’Histoire.
Puis, j’ai entendu le ministre du Commerce sur les réseaux sociaux. Il a du punch ! C’est ce qu’il faut, il faut du nerf ! Il faut taper sur la table ! Ou sur le pupitre ! Sauf qu’il faut taper sur la mafia du lait. Oui, elle existe cette « isaba ». Ce n’est pas moi qui le dis. C’est le ministre du Commerce, en personne ! Il l’a dit à tous ses cadres. L’Algérie a un problème de lait en sachet. Je  pensais que c’était un mythe. Il existe vraiment ce sachet de lait. Pire, il est entre les mains d’une mafia. De ce fait, le ministre du Commerce a juré de mettre fin au règne de la « isaba ». Personnellement, j’approuve la colère du ministre. Et j’applaudis la décision de taper sur les mafiosi du lait. Naïvement, je pensais qu’on en a fini avec la « bande ». Il resterait donc des démembrements. Comme une pieuvre ! Puis, je voudrais savoir s’il y a, dans d’autres secteurs, des mafias qui se sucrent et blanchissent l’argent sale. « La bande du lait » n’a qu’à bien se tenir, elle finira au trou. Puis, comme les élections sont à nos portes. L’Anie reprend du service. Tenez-vous bien, il y aura le référendum constitutionnel, les élections législatives, puis les municipales. Ouf, il en faut du souffle ! Et si la participation est du niveau de la présidentielle, il faut dire qu’on n’est pas sorti de l’auberge. Et l’Anie n’y pourra rien ! Pourquoi ne pas faire trois élections à la fois, un 3 en 1 ? Attendez, attendez, il faut peut-être demander conseil à la commission des experts du FLN ; cette dernière saura nous le dire ; le FLN est un spécialiste mondial des élections. Depuis le temps que ce parti pratique la gestion des urnes. Puis, je vous l’ai dit dans le titre : encore un tour !  
Y. M.

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