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Puisque c’est comme ça

Publié par Youcef Merahi
le 13.06.2018 , 11h00
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La fin approche, doucement mais sûrement. Dans quelques jours, Sidna Ramadhan s’en ira. Comme il est venu. Pour certains, le regret de la spiritualité du mois. Pour d’autres, les privations de ce mois. Du moins, il n’y aura plus d’Algériens apathiques. Par manque de clope. De chique. D’alcool. Par manque du manque. Par manque de tout. Du moins, il n’y aura plus de chaîne pour un kilo de zalabia. Ni de gestes intempestifs. Ni de regards courroucés. Ni de démarche alourdie. Il y aura le temps de tout le temps. La fin approche, doucement mais sûrement. Dans quelques jours, Sidna Ramadhan emportera avec lui toutes les excuses de ceux qui dorment debout, fourbus par les nombreuses veillées, dans les bureaux. Sur les chantiers. A la maison. Mais après ce mois, l’excuse s’accrochera à la canicule qui s’annonce. En fait, on prend toutes les occasions pour nous plaindre. L’Algérien est-il un râleur patenté ? Il faut le croire ! Puisque c’est comme ça, continuons comme ça, jusqu’au dernier. Jusqu’à la fin. Jusqu’à l’espoir. Jusqu’à cette vague qui nous emportera là-bas, vers un Ailleurs sublimé. Il n’empêche que Sidna Ramadhan n’attend l’ordre d’aucun pour faire ses adieux, à qui veut l’entendre. 
La Cour des comptes compte encore ; elle compte toujours. Elle compte quoi ? J’ai toujours pensé qu’elle ne comptait plus rien. Elle a fait son rapport pour l’exercice écoulé ; c’est bien ! Et alors ? Quatre copies ont été établies, sans plus. Pour quoi faire ? Si le rapport n’est pas rendu public, il sert à quoi. Je me le demande. La Cour des comptes est une institution publique ; naïvement, j’ai toujours cru que ses comptes s’adressaient d’abord au public. Pour le peuple et par le peuple ! Rien de cela. Non, le rapport s’adresse aux princes, ici. Sans plus ! Nous autres allons compter le solde de ce mois sacré. Comment l’argent public a-t-il été utilisé par qui de droit ? Nul ne le sait. Hormis ces princes. Et encore ! Comment, dès lors, s’étonner que d’aucuns s’interrogent sur l’utilisation des mille milliards ? Y aurait-il un politique courageux pour mettre en ligne ce rapport ? Je pense que si. Le baroud d’honneur existe bel et bien. Alors, courage messieurs, rendez public ce rapport, qu’on sache pour une fois les comptes. Les décomptes. Et les soldes. Sinon, il y a lieu de boucler cette Cour des comptes qui ne compte plus dans le paysage institutionnel du pays. Voilà, c’est dit !
J’ai lu cette info dans notre journal : «Essence et gasoil disparaîtront progressivement au profit du GPL.» Le ministre de l’Energie ne doit pas s’engager sur des sujets qu’il ne peut pas maîtriser, compte tenu du caractère aléatoire de la chose. Il est encore très loin le temps où l’on aura des bagnoles aussi propres qu’on le pense. Puis «progressivement» est un terme fourre-tout qui n’engage pas la responsabilité du ministre. Progressivement, c’est quand ? Long, moyen ou court terme ? Y a-t-il des chiffres à ce sujet ? Il est de combien le parc auto national ? Combien de diesel ? La production auto est-elle au diapason de la promesse du ministre ? Je ne le pense pas. Quand on sait qu’un ministre, parti en guerre contre les sachets en plastique, n’a pas pu y mettre un terme ! Comment dire ? A-t-on fini avec les ordures ménagères ? A-t-on le civisme nécessaire pour laisser propre l’espace commun ? Je ne le pense pas. Aussi, on est encore à des millions d’années lumière de disposer d’une voiture propre. Puisque c’est comme ça, instruisez les administrations de «gépéliser» leurs voitures de fonction ; ça aura un sens, enfin ! 
Quatorze personnalités ont lancé un appel au Président pour passer la main. J’avais dit que c’est juste un coup d’épée dans l’eau ; c’est le cas. C’est tout comme la demande d’audience des «19». Rien d’autre. Ici, il y a volonté de donner à cet appel un prolongement sur le terrain des luttes politiques. Sauf que nous sommes convaincus que le régime, avec ou sans le cinquième mandat, est juste la perpétuation de ce même régime. Il y aura toujours un autre «fakhamatouhou» pour couvrir le pouvoir ; et il ne peut venir que de la suite royale. Tous les Algériens le savent, principalement les initiateurs de ce mouvement. Il y aura d’autres ministres du sérail qui ne cesseront pas de donner du «fakhamatouhou», à tout bout de champ, à celui qui viendra en 2019 s’installer à El-Mouradia. C’est dans l’ordre du régime. Pour exister. Pour le koursi. Pour le pouvoir. Pour les honneurs. Pour les ors. Pour le «choséïsme». 
Pour les initiateurs de l’Initiative pour la refondation démocratique (IRD), ce système n’est viable que par la répression, le bâillon, le chantage ou la corruption. Le constat est fait depuis des lustres. On sait tout ça. Que faire ? Dites-nous quoi faire ? Comment ? Le rapport de force ? Il coulera beaucoup d’eau sous le pont de l’oued El-Harrach avant que ce rapport de force ne se réalise. On sait tout ça. Il faut, par contre, faire un travail en profondeur en direction de la société, totalement décérébrée. Le régime offre des logements neufs ; vous, ceux de l’opposition, vous offrez quoi ? De la démocratie ? C’est un concept qui n’a aucune réalité pour la société. De l’honneur ? Ça fait un bail que l’honneur a déserté ce pays. Du travail ? Vous savez que c’est un vœu pieux. Le vivre-ensemble ? Ça fait un bail que nous nous regardons comme des chiens de faïence, prêts à nous entredévorer. De la liberté ? Quel gros mot ! Les Algériens goûtent à cette liberté sous d’autres cieux, au Canada ou en Europe. De l’amour ? Chut, c’est haram ! Il ne faut même pas y penser. De l’alternance ? Mais après combien de mandats ? Puisque c’est comme ça, rêvons que l’indépendance est toujours là. 
Puisque c’est comme ça, je n’ai plus la force d’aller vers la mer crier ma grande colère. Je n’ai plus la force d’aller prendre un bain de forêt pour écouter le merle dire à la grive de suspendre sa migration. Puisque c’est comme ça, je n’ai plus la force de tenter le poème pour falsifier ce cri immense, qui ne reçoit aucun écho. Je n’ai plus la force de montrer le bout de mon nez, comme si l’espace public est un danger potentiel. Anxiogène. Je n’ai plus la force de lever les yeux vers le ciel, car le vertige est plus fort que l’espoir de courtiser une étoile. Je n’ai plus la force d’appeler à l’aide, puisque l’ami, là-bas, perdu dans sa douleur et sa solitude, souffre des mêmes maux que moi.
Y. M

 

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