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En cessation de paiement Le groupe médias de Ali Haddad aux abois

Publié par Brahim Taouchichet
le 23.06.2019 , 11h00
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Sale temps pour la presse privée. «Les Algériens khawa, khawa», titre en ouverture de sa «Une» le quotidien Le Temps d’Algérie, à propos des marches populaires nationales contre le système de ce vendredi 21 juin.
Pour cette édition, le journal s’en tire avec deux demi-pages de publicité. El Waqt, sa réplique arabophone ne fait pas mieux. Les deux titres comptabilisent une quarantaine de journalistes. Et pourtant, ces deux journaux du groupe Ali Haddad, aujourd’hui emprisonné, n’ont pas déserté les kiosques. Pas encore ? Les jours à venir nous le diront. En effet, par crainte de représailles, les annonceurs ont fui sans crier gare le groupe «Média Temps Nouveaux» de la famille Haddad. Et quand l’argent, le nerf de la guerre, vient à manquer, bonjour les dégâts ! Ce vent de sécheresse assèche les fonds du groupe de presse.
Pis, les 450 travailleurs sont pris en otage depuis trois mois qui sont autant d’arriérés de salaires. Vaille que vaille, les employés, toutes catégories confondues, y compris ceux de l’audiovisuel Dzaïr TV et Dzaïr News, veulent faire contre mauvaise fortune bon cœur en affichant à tout va un optimisme de rigueur.
Au siège des deux médias, une superbe bâtisse de plusieurs étages, il y règne une atmosphère bonne enfant. C’est un va-et-vient incessant pour le passage à l’écran. Les «invités» sont nombreux à venir exprimer à leurs collègues leur solidarité dans ces moments difficiles. En effet, «Média Temps Nouveaux» organise une «journée ouverte». Au studio Dzaïr News, Azzedine Didane, directeur de l’information, se présente à nous de lui-même entre deux passages à l’écran.
«Nous n’arrêterons pas quand bien même le patron est en prison, c’est un message que nous lançons aux autorités pour leur signifier que l’activité continue». «Deux studios sont réquisitionnés pour cette journée ouverte». «Notre objectif aussi est de sensibiliser le grand public. Nous avons les moyens matériels et les compétences pour continuer». Jusqu’à minuit, les bureaux restent ouverts. Saïd Izri, modérateur à Dzaïr TV, insiste sur la solidarité avec l’équipe car pour lui les médias écrits et audiovisuels s’inscrivent dans une ligne éditoriale professionnelle. Pour Ali Achour, le rédacteur en chef, très sollicité par les «invités», «la situation est difficile mais pas catastrophique», et bien que «nous sommes sans salaires, nous restons optimistes». Gageons que les hôtes de marque mettront sûrement du baume au cœur des travailleurs qui restent stoïques devant l’adversité. On attend en effet le passage de personnalités de partis politiques dont le FFS, RCD, Hamas, Ali Benflis, Abdelaziz Rahabi lesquels n’ont pas encore confirmé. «Mais nous assure-t-on, le siège est ouvert à tout moment. Plutôt très remonté, le journaliste Kamel Djeffal, membre du comité de sauvegarde du groupe «Média Temps Nouveaux», avoue que la situation est pénible tant au plan matériel que psychologique. Le dialogue ne passe pas avec Mohamed Hakem, 40 ans, administrateur plus préoccupé par ses «affaires personnelles», dit-il. Ni avec la famille de Ali Haddad».
«Ils ont tué en nous la motivation au travail». Nous, les travailleurs, sommes «mahgourine, madloumine». Nous n’avons rien à avoir avec les propriétaires. Nous patientons et restons confiants, l’essentiel est que le groupe n’arrête pas. Ainsi les sit-in tenus récemment ont eu un impact au niveau des autorités, selon lui et cela a eu un effet positif sur nous». Kamel Djeffal s’inquiète et veut passer un message concernant le contrat d’achat des matchs de Ligue II. «Je tiens à rassurer tous les concernés, tous les travailleurs à quelque niveau que ce soit que nous nous engageons à payer les dettes». Voilà qui est dit. Rencontré au siège, Rabah Haddad s’est dérobé à nos questions refusant de s’exprimer sur cette affaire. Notre ami, Abrous Outoudert, qui a pris en main le groupe il y a 6 mois, semble plutôt désolé devant ce qu’il qualifie de malheur auquel « je ne m’attendais pas». Il se désole que tant de moyens (infrastructure et équipement) se trouvent pris en otage.
«Oui c’est dur de recevoir un coup comme ça depuis l’incarcération provisoire du propriétaire». Cela fait trois mois que les travailleurs ne sont pas payés. Ils revendiquent leur dû, c’est légitime et je les soutiens». «Mais voilà, nous n’avons pas d’agent et ils le savent». Il y a deux solutions, soit nous trouvons un repreneur, soit c’est la liquidation». «Nous préférons que ce soit l’Etat qui intervient, car le capital privé nous voyons ce que cela donne. Tous nos partenaires, fidèles soutiens de la chaîne se sont retirés à la dernière minute». «Beaucoup de commandes en publicité sont restées sans suite. Nous vivons sur d’anciennes pub mais cela va durer jusqu’à quand ?».
Au demeurant, faut-il le rappeler, si le groupe «Média Temps Nouveaux» est directement confronté à la question de survie, il n’est pas le seul, les autres entreprises de Ali Haddad vivent le même dilemme. Mais il n’est pas le seul oligarque à s’en mordre les doigts aujourd’hui. Et c’est peu dire…
Brahim Taouchichet

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