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SaÏd Khellil : «Le Printemps berbère n’était pas venu spontanément»

Publié par Karim Aimeur
le 18.04.2021 , 11h00
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« La question identitaire dans le Hirak .» Tel était le thème du forum de l’association RAJ animé, hier, au sein de son siège à Alger, par le militant et ancien détenu du Printemps berbère de 1980, Saïd Khellil et le sociologue Nacer Djabi.  
Karim Aimeur - Alger (Le Soir) - À la veille de la célébration du 41e anniversaire du Printemps berbère du 20 Avril 1980, Saïd Khellil est revenu sur cet évènement qui a marqué l’histoire des luttes identitaires et démocratiques de l’Algérie post-indépendance.
Rappelant que la question identitaire a été posée et traitée dans le cadre du mouvement national qui a été secoué en 1949 par la crise berbériste, l’intervenant a affirmé que le mouvement de 1980 « n’est pas venu de manière spontanée ». Les évènements du Printemps berbère se sont déclenchés suite à l’interdiction d’une conférence sur la poésie kabyle ancienne, que devait animer Mouloud Mammeri à l’Université de Tizi-Ouzou le 10 mars 1980. L’écrivain et anthropologue a été arrêté à Draâ-Ben-Khedda, sur la route de la ville de Tizi-Ouzou.
L’information sur cette interdiction avait circulé comme une traînée de poudre et un état d’alerte s’était emparé des étudiants. Le lendemain, une marche des étudiants a eu lieu. « Une première depuis l’indépendance du pays », souligne Saïd Khellil qui sera parmi les 24 détenus de ce mouvement. Il a insisté sur le caractère pacifique des manifestations qui avaient suivi l’interdiction de la conférence de Mammeri, mais aussi leur caractère unitaire dans le sens où, en plus de la cause identitaire, le mouvement portait des revendications démocratiques pour l’ensemble des Algériens.
Dans ce sillage, une grève générale a été observée sur proposition de Saïd Sadi et suivie à 100% dans la ville, rappelle également le conférencier. Les manifestations pacifiques se sont poursuivies jusqu’à la nuit du 19 au 20 avril, durant laquelle plusieurs arrestations ont été opérées, notamment au sein de l’université et de l’hôpital de Tizi-Ouzou. Plusieurs blessés ont aussi été enregistrés lors de cette opération des forces de sécurité qui sera suivie par trois jours et trois nuits de violents affrontements. Saïd Khellil ajoutera que le combat identitaire et démocratique s’est poursuivi tout au long des années 80 et 90, marqué notamment par la grève du cartable en 1994 et l’assassinat de Matoub Lounès en 1998.
Cela sans oublier les évènements tragiques du Printemps noir qui ont coûté la vie à plus de 120 personnes en Kabylie. « En 2019, nous étions dans une attente angoissante suite à l’annonce du cinquième mandat. Au déferlement du 22 février de tout le peuple et avant lui, la marche de Kherrata le 16 février, on s’est dit que les fruits du combat démocratique de 1980 ont porté », a-t-il dit.
Abordant la question identitaire dans le mouvement populaire du 22 février 2019, le président de RAJ, Abdelouahab Fersaoui, a affirmé que le pays avait échappé à une fitna lorsque le projet contre l’emblème amazigh avait été lancé.
Selon lui, cette cause a été utilisée par le pouvoir pour diviser les Algériens, soutenant que cette carte n’est plus valable puisque « la question a été réglée au sein de la société et le peuple algérien a adopté la cause ». Avis que partage le sociologue Nacer Djabi qui assimile l’interdiction de l’emblème amazigh dans les marches populaires en 2019 et la fermeture des accès vers Alger à une « guerre identitaire menée aux Algériens » qui avait failli provoquer une fissure identitaire.
 « Les Algériens ont avorté ce projet non seulement à Alger et en Kabylie, mais au niveau national et la symbolique de l’emblème identitaire a été adoptée à travers tout le pays », a-t-il dit, soutenant que les Algériens, notamment les jeunes, ont dépassé la revendication identitaire.
K. A.

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