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C’ÉTAIT EN 1963, À JÉRUSALEM Quand les juifs d’Algérie étaient jugés par Israël

Publié par Abla Chérif
le 02.12.2021 , 11h00
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Une histoire peu connue du public a lourdement entaché l’histoire de la communauté juive d’Algérie confrontée à un procès peu ordinaire pour ne pas avoir rejoint en masse Israël après l’indépendance de l’Algérie. C’était en 1963, à Jérusalem…
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Les historiens et la presse de l’époque mettent d’abord en exergue le caractère « public » de cet évènement peu ordinaire et reprochent le distinguo entre cette catégorie de juifs et les autres communautés juives à travers le monde. Pourquoi un procès ? Pourquoi se fixer spécialement sur les juifs d’Algérie ? Ces questions ont non seulement choqué les membres de la communauté ciblée, mais elles ont aussi et surtout divisé le Tout-Israël en raison du contexte dans lequel se déroulait cette affaire (renforcement du front sioniste), et de la singularité et la légèreté avec laquelle il avait été décidé de traîner en justice les mis en cause.
L’un des avocats pour l’accusation n’est d’ailleurs autre que le président de la Fédération sioniste d’Algérie. Le jour du procès, le président du tribunal lit l’acte d’accusation dans lequel il est reproché aux juifs d’Algérie de n’avoir rejoint Israël qu’en petit nombre (11%) sur une communauté évaluée à 140 000 personnes. Il fait une déclaration qui fait date dans l’Histoire : «C’est le signe, dit-il, qu’ils reniaient leur judaïsme et ignoraient résolument Israël.»
Différents documents retraçant cet épisode insistent par ailleurs sur l’accusation portée sur les dirigeants de la communauté qui «ont failli à leur devoir social et national, en ne donnant pas l’exemple», en choisissant, pour certains, de migrer ailleurs qu’en Israël et, surtout, de ne pas avoir su ou voulu (?) s’investir dans leur rôle de jonction entre les communautés orientale et occidentale.
Un document publié par Cairn.info, revue électronique spécialisée dans les recherches de ce genre, rapporte également les propos de certains intellectuels juifs (le professeur Guenossar ici) qui font part de la déception suscitée «au nom de l’État d’Israël» par la communauté juive d’Algérie, «car ses membres n’avaient pas, contre toute attente, immigré en Israël, comme l’avaient fait les juifs des autres pays musulmans, mais, ajouta-t-il, l’État devait néanmoins faire preuve de fraternité et de solidarité envers eux pour leur permettre une intégration optimale».
«Quant à ceux qui ont choisi la France, poursuit-il, dans la mesure où le tribunal a le droit de traiter de leur cas, et comme il n’y a pas de représentant de ce groupe ici, le tribunal constate que le choix de la France s’est fait dans des conditions tragiques, et ne signifie pas un rejet d’Israël ou un manque de loyauté envers Israël.» Le groupe de juifs d’Algérie jugé au tribunal de Jérusalem est important : plus d’une centaine de personnes sidérées par ce tournant inattendu que leur avait réservé l’histoire plus tard, exprimèrent leur regret de n’avoir pas eu le loisir de mieux exposer les faits, pour que le débat prenne une tournure plus sérieuse, et de n’avoir pu exposer leurs arguments dans une ambiance sereine.
Ce procès fut en effet marqué par la présence d’un groupe de juifs d’Algérie (non concernés par le jugement) qui furent irruption dans la salle pour s’exprimer sur le sujet. Le groupe est composé de plusieurs membres de l’élite juive, avocats, médecins et représentants de la communauté religieuse.
Autorisés à prendre la parole, ils battent en brèche toutes les accusations portées à l’encontre de leur communauté, évoquent leur «parfaite intégration, leur contribution économique, culturelle…» et se comparent aux autres communautés d’Europe «toutefois moins forte en proportion», notent-ils. Cairn.info rapporte une partie de la plaidoirie de l’avocat de la défense qui met en exergue la double «crise à laquelle a été confrontée cette communauté, celle de la guerre d’Algérie qui avait durement ébranlé son statut, et l’intégration en Israël jalonnée d’écueils».
Le procès qui dure plus de sept heures prend fin vers minuit. Les contradictions apportées par les personnes jugées et celles venues les soutenir et défendre la communauté juive d’Algérie sont écoutées.
Le document retraçant l’évènement rapporte les propos de «l’un des dirigeants du mouvement sioniste en Algérie, installé en Israël dès les années cinquante, qui expliquait que les juifs d’Algérie étaient français jusqu’au bout des ongles» et considéraient «l’exode vers la France, comme un rapatriement...
De 1947 à 1973, les juifs d’Algérie sont arrivés en Israël en quatre vagues plus ou moins égales. En tout, 30 000 juifs d’Algérie ont immigré en Israël, au cours de cette période et après. Ce qui constitue plus de 25% de la communauté juive d’Algérie, une proportion qui n’a jamais été atteinte par aucune communauté juive d’Occident».
Les faits énumérés durant ce procès apportent progressivement des éléments jusque-là méconnus de l’histoire de la communauté juive en Algérie. Ils suscitent un commentaire dans la presse juive : «on ne reproche pas aux puissants juifs américains, ni aux juifs anglais ou sud-américains et pas davantage aux juifs français métropolitains, de ne pas s’installer en Israël. Mais on en fait un particulier grief aux juifs d’Algérie…».
L’avocat de la défense évoque lui «l’arrivée, après la guerre des Six jours, de 15 000 juifs originaires d’Algérie». Les israéliens l’ignoraient, poursuit la défense. «Les Israéliens ne comprenaient pas du tout les juifs d’Algérie, les liens particuliers qui les attachaient à la France.
Dans leur ignorance, ils étaient donc convaincus que les juifs d’Algérie devaient forcément réagir, se comporter comme les autres communautés juives, dans des circonstances similaires – et débarquer en masse en Israël, comme les Yéménites, les Irakiens, les Syriens et surtout comme les Marocains et les Tunisiens...
Et lorsqu’ils virent que les juifs d’Algérie choisirent la France, plutôt qu’Israël, dans leur majorité, les Israéliens en furent sincèrement surpris.» Les jurés écoutent mais refusent finalement de trancher, jugeant qu’«il était encore trop tôt pour condamner cette communauté».
A. C.

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