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Démocratiser de la finance au temps du coronavirus

Publié par LSA
le 19.05.2020 , 06h00
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Par Belhaouari Benkhedda,
enseignant universitaire
L’argent, le roman d’Émile Zola publié en 1891, est considéré toujours comme un livre utile pour comprendre les rouages de la finance, le monde de l’argent n’a pas changé. Ingénieurs, médecins, pilotes, enseignants, bon nombre d’intellectuels essayent tant bien que mal d’appréhender les principes de la finance cryptés intentionnellement. L'Argent est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des théoriciens. Les Chicago Boys ont marqué à jamais le monde.

Circulation monétaire et PIB
Pour expliquer au plus grand nombre de personnes les règles du système monétaire, Jean-Pierre Chevallier (économiste, ancien professeur d'économie à l'Université de Nice), donne l’exemple d’un paysan qui s’est établi en montagne : «Ce paysan produit des fromages. Il descend chaque semaine pour les vendre sur le marché du village proche et, avec l’argent ainsi gagné, il achète puis il remonte ce dont il a besoin pour sa famille et pour son exploitation. L’argent circule ainsi rapidement : il part des mains des villageois pour aller dans celles du paysan, puis dans celles du boulanger, etc.» Deux leçons peuvent être tirées de cette histoire. 1) L’argent circule entre les uns et les autres et tout le monde travaille. 2) Au lieu d’épargner, les villageois dépensent leur argent, l’épargne (dite techniquement masse monétaire libre M2-M1) entraînerait une baisse de la richesse produite au village (c’est ce qu’on appelle PIB local).
Puis un jour, le village devient une petite ville. Une banque vient s’installer dans le nouvel écosystème, son rôle est le transfert des salaires perçus dans la ville, la mobilisation de l'épargne en faisant des investissements au niveau local et l’octroi des crédits. Tout cela pour éviter une hausse du chômage.

Banques et politique monétaire
Les banques peuvent jouer un rôle positif, si elles respectent les règles prudentielles. Autrement, on aura affaire à des banksters. En fait, c’est la banque centrale qui veille au respect des règles prudentielles définies par les Accords de Bâle III (2010). En Algérie, plusieurs textes réglementaires ont été émis par la Banque centrale. L’instruction n°2014-01 porte sur les réserves obligatoires. Ces réserves fixées à 6% représentent la somme minimum qu’une banque doit laisser sur son compte auprès de la Banque centrale par rapport à la totalité de sa richesse.
Le règlement n°2014-01 porte sur les coefficients de solvabilité applicables aux banques. Le ratio de solvabilité minimum par rapport aux fonds propres de la banque (dits techniquement Tier One) est fixé à 9,5%, c'est-à-dire que le rapport du montant des fonds propres au montant des crédits distribués pondérés par les risques associés ne doit pas dépasser 9,5%.
Une autre instruction (n°05-2020) fixe le ratio de solvabilité à 60%. Ceci signifie que les banques doivent disposer des liquidités suffisantes pour répondre à 60% de leurs besoins durant 30 jours en cas de graves difficultés de financement.
En fait, le rôle principal de la Banque centrale est de mener une politique monétaire qui vise à assurer la stabilité du système bancaire et financier d’un pays. Pour mener la politique monétaire, la Banque centrale dispose de deux principaux instruments : varier le taux des réserves obligatoires ou varier son taux directeur (taux d’intérêt fixé par la Banque centrale lorsqu’elle prête l’argent aux banques commerciales).
La politique monétaire doit veiller à ce que la quantité de monnaie en circulation ne soit ni trop faible (risque de limiter le financement de l’économie), ni trop importante par rapport à l’activité de production de biens et services (risque d’inflation, hausse du niveau général des prix à cause de la rareté des produits).

Politique économique face à la crise de Covid-19
Pour faire face aux problèmes économiques causés par la pandémie, de nombreuses mesures ont été prises. La Banque d’Algérie a baissé son taux directeur à 3% au lieu de 3,25% et celui de réserve obligatoire des banques à 6% au lieu de 8%. En fait, la Banque d’Algérie veut mettre plus de liquidités à la disposition des banques afin de leur permettre d’accorder plus de crédit aux entreprises et faire tourner l’économie. Pour renforcer les ressources de financement, la loi de finances complémentaire (LFC 2020) prévoit plusieurs dispositifs parmi lesquels le réajustement des prix des carburants, la révision des taxes sur les véhicules neufs et l’instauration de l'impôt sur la fortune. La loi de finances complémentaire prévoit l'augmentation de 30 à 50% la réduction du budget de fonctionnement de l'État.
Les jours à venir nous diront si ces mesures sont efficaces. La politique économique doit permettre aux Algériens d’avoir davantage d’argent pour le dépenser, créer des richesses et faire augmenter la croissance du PIB.
B. B.

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