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En un combat douteux

Publié par LSA
le 19.03.2020 , 11h00
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Par Mohamed Badaoui(*)
Pour une raison obscure, une rigidité quasi irrédentiste caractérise certains animateurs et inspirateurs du Hirak, même sous la menace du coronavirus. Bravant une pandémie qui a obligé de grandes puissances à décréter le confinement général des populations, ces acteurs aux motivations insondables demeurent inflexibles, au risque de devenir, eux-mêmes, des vecteurs de propagation du fléau. 
Le système algérien a survécu au socialisme, au premier contre-choc pétrolier de 1986, à la chute du mur de Berlin, à la dislocation du pacte de Varsovie, à l’effondrement de l’empire soviétique, à dix ans de guerre terroriste, au plan d’ajustement structurel du FMI, aux attaques du World Trade Center, aux conflits d’Irak, à la crise des subprimes, au printemps arabe puis aux guerres civiles qui ont secoué son voisinage. Il est resté de marbre face au soulèvement du 22 février 2019, à une année de manifestations populaires massives et ininterrompues. Il a, en outre, fait face à plusieurs tremblements de terre, à une série de catastrophes naturelles et maintenant à la pandémie du coronavirus. 
On est donc en présence d’une force d’inertie que même Einstein aurait du mal à calculer. Un Léviathan que quelques téméraires romantiques veulent faire tomber, en deux temps trois mouvements, par des pas de danse, des slogans chatoyants, des chants de stades, des youyous, des incantations, des sons de trompette et des roulements de tambour exécutés deux fois par semaine. Une telle stratégie peut payer, mais il faut patienter des décennies ; s’adapter à chaque instant aux ruses de l’ogre dont personne ne connaît le vrai visage. Mais au lieu de cela, les nouveaux Che Guevara, Spartacus, Rosa Luxembourg autoproclamés s’excitent, trépignent fougueusement et mitraillent, à coups de postillons, ceux qui leur conseillent la prudence, en ces temps de catastrophe sanitaire mondiale.
Non, disent-ils, il faut poursuivre les manifestations quitte à déclencher le feu de la pandémie dans un pays où le mot délabrement est un euphémisme comparé à l’état de la santé publique. En prononçant quelques répliques puisées dans les films La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo et L’opium et le bâton d’Ahmed Rachedi (qui est, indistinctement, pour le Hirak et le système), ils veulent vite arriver au générique de fin d’une petite histoire à happy end. Mesdames et Messieurs les Révolutionnaires-Plus-Que-Les-Autres, vous les Ali-Moute-Waqef, les choses sont un peu plus complexes. Si vous voulez que le pays avance mais pas en arrière, qu’il se développe, s’assainisse sans risquer l’explosion, il faudra persévérer dans la lutte pacifique, intelligente et de longue haleine. Il faut accepter le sacrifice, la frustration, sans se décourager et, surtout, cesser d’invectiver ceux qui ne sont pas d’accord avec vous mais qui contribuent activement à la fondation d’une république juste, moderne et développée. Les réfractaires à l'idée d'une pause du Hirak, jusqu'à la fin de la pandémie, sont des pessimistes, des impatients, des goinfres qui veulent, coûte que coûte et sur le pouce, manger le blé en herbe. Tout comme le système qu'ils veulent voir partir, ils ne témoignent aucun respect au peuple et n’ont apparemment aucune confiance en lui. Ils pensent que, sans leur leadership, les Algériens ne seront plus capables de dignité et ne pourront plus, croient-ils, relever la tête, reprendre le combat, sans berger pour les guider. 
Pourtant, on parle ici du peuple qui s’était spontanément soulevé le 22 février 2019 contre la tyrannie d’Abdelaziz Bouteflika, comme ses aïeuls l’avaient fait le 8 mai 1945 et le 11 décembre 1960 contre celle du colonialisme. Du calme, alors. Un changement irréversible est en cours. Nous n’en sommes qu’au début. Cette évolution commence justement par l’élévation du sens civique des citoyens, par leur implication positive et responsable dans la chose publique.  
L’Algérie fait actuellement face à tant de périls. Le dernier, le plus urgent, le plus terrifiant est le coronavirus. Le Hirak a, selon les propres  termes d’Abdelmadjid Tebboune, sauvé le pays de l’effondrement ; il a redonné énergie et espoir à son peuple. Il ne saurait attenter, juste après, à sa santé. Cela relèverait du non-sens. 
La poursuite des manifestations sous la menace d’une pandémie ravageuse est contraire à l’éthique qui unit les Algériens depuis une année. C’est une folie qui détruira l’esprit du Hirak, ses victoires et exposera l’Algérie à de grands dangers. 
Confondre vitesse et précipitation, chercher à tout prix l’affrontement avec une bête blessée qui essaie de survivre au règne de Bouteflika constitue une attitude suicidaire. De toute façon, Hirak ou non, quelle est la puissance ou l’institution mondiale – surtout pas l’OMS — qui accepterait, en temps de pandémie, le départ dans la confusion du régime algérien ? Rien que pour répondre à cette question, il faudra se confiner chez soi et méditer jusqu’à la neutralisation du coronavirus. 
M. B.
* Ecrivain et journaliste indépendant

 

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