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Contribution

24 FÉVRIER 1971- 24 FÉVRIER 2021 Il y a 50 ans, les nationalisations des hydrocarbures

Publié par LSA
le 27.02.2021 , 11h00
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Par Abdelatif Rebah
1. L’enjeu fondamental : au service de quel ordre social et économique, les richesses hydrocarbures du pays vont-elles être mises ?
Cinquante ans après les nationalisations des hydrocarbures, la question reste posée sur leur place et leur rôle dans le développement économique et social de l’Algérie : l’enjeu essentiel qui doit nous préoccuper est celui des usages économiques et sociaux de cette ressource rare et non renouvelable. Au service de quel ordre social et économique, les richesses hydrocarbures du pays vont-elles être mises ? Vont-elles servir à construire des usines créatrices d’emplois qualifiés et valorisants, à développer l’agriculture, contribuer au progrès social dans nos campagnes et à la réduction de notre dépendance alimentaire, à doter le pays des moyens d’une santé publique de qualité, moderne et au profit de tous, à mettre notre système d’enseignement au diapason du progrès scientifique et technique, à créer les conditions matérielles du développement culturel de notre pays… ?
Ou bien, ainsi qu’il en a été au cours de ces trente dernières années, tout particulièrement, servir à la mise en selle de «champions nationaux» de la prédation et de la rapine ?

2. Une configuration de crise
En effet, le contexte des trois dernières décennies a connu des bouleversements majeurs. Les ressources pétrolières et gazières, naguère levier de développement productif et instrument d’émancipation sociale, sont devenues facteur de régression économique, source d’enrichissement mafieux et parasitaire, et creuset des inégalités sociales. Seules en ont tiré de faramineux profits, les forces qui ont accumulé des fortunes dans l’import-import et l’immobilier de rente. Déclin des réserves prouvées récupérables des hydrocarbures conventionnels, explosion de la consommation interne, émergence de la préoccupation environnementale, rupture de la relation hydrocarbures-développement et singulièrement du lien vertueux recettes devises pétrolières (et gazières)- investissement productif, reconfiguration agressive de l’ordre énergétique international obligent à reformuler l’équation énergétique algérienne. Outre les questions centrales du choix de la variante de mix énergétique incluant les énergies renouvelables et de la maîtrise de la demande, elle doit intégrer de nouvelles variables qui ne relèvent pas du strict cadre de la politique énergétique. Elle se décline en termes d’enjeux non seulement de politique économique mais aussi de nature proprement politique qui touchent à la relation modèle énergétique-modèle politique. Il s’agit d’enjeux nouveaux qui se posent autour de choix stratégiques d’ordre technique, économique et politique et qui soulèvent des défis majeurs et de caractère inédit.
La perspective de transition énergétique dans laquelle la transformation du modèle énergétique s’inscrit par nature est intimement liée à la question fondamentale du changement politique, économique et social. Elle appelle, quant au fond, la construction d’une cohérence alternative nouvelle.

3. «Le cœur et le sang» de l’économie de l’Algérie indépendante
En juillet 1965, les accords pétroliers algéro-français de juillet 1965 avaient porté le taux de participation de l’Algérie, alors jeune Etat indépendant, de 40% à 50%, devenant actionnaire à 50% en même temps que tutelle et puissance fiscale. C’est une série de premières mondiales, l’Algérie est le premier pays du tiers-monde qui acquiert un tel statut dans l’industrie pétrolière : opérateur, transporteur et vendeur ; de plus, elle devient détentrice du monopole de l’exploitation de ses richesses gazières.
Avec les nationalisations du 24 février 1971, l’Algérie exerce le contrôle intégral sur l’ensemble des activités hydrocarbures, de l’amont à l’aval. Elle devient détenteur de réserves, explorateur, producteur, transporteur, vendeur.
Les hydrocarbures sont le cœur battant d’une vaste entreprise de construction nationale où se conjuguent, de manière centralisée et concentrée, state building, entrepreneurship national et édification de la base matérielle de l’économie.
En vingt ans, de 1967 à 1986, avec des recettes cumulées représentant moins du tiers de celles engrangées, par la 3issaba, ces trois dernières décennies, l’Algérie de la stratégie de développement national et du progrès social a relevé le défi de jeter les bases d’une industrie nationale ex nihilo. Près de 1 800 unités industrielles ont été mises en service et 200 projets industriels dans les domaines du raffinage, de la liquéfaction du gaz, de la pétrochimie, des engrais, des plastiques, des pneumatiques ont été mis en œuvre ; des grands hôpitaux et des universités ont été édifiés.
En vingt ans, de 1967 à 1986, plus de deux millions de postes de travail nouveaux ont été créés. L’Algérie a produit des tracteurs, des wagons, des engrais, des grues, des moissonneuses-batteuses, des produits pharmaceutiques, des téléviseurs, des camions, des bus. Des bourgs agricoles se sont transformés, en l’espace de quelques années, en authentiques villes industrielles comme Sidi-Bel-Abbès, devenue la capitale de l’électronique, Annaba devenue la capitale de l’acier, Arzew celle de la pétrochimie, ou encore Skikda, Sétif et Biskra. Chaque commune est dotée d’au moins 3 écoles, un CEM, un centre de santé, un Souk-el-Fellah, chaque wilaya d’un centre universitaire…
L’emprise économique des ressources hydrocarbures, alors, va aller s’accentuant jusqu’à progressivement imprimer des traits déterminants à l’ensemble de l’évolution politique, économique et sociale de l’Algérie.
Plus de cinquante ans après l’indépendance, l’hégémonie des revenus du pétrole et du gaz est pratiquement totale. Le secteur pétrolier et gazier représente 41% du PIB, 97% des recettes devises, 77% des rentrées fiscales. Les recettes d’exportations d’hydrocarbures générées durant ce demi-siècle ont rapporté à l’Etat algérien un montant cumulé d’environ 1 000 milliards de dollars, tandis que celles de la fiscalité pétrolière ont atteint un montant cumulé de plus de 600 milliards de dollars.
Premier employeur avec un effectif de 150 000 personnes, premier investisseur, le secteur hydrocarbures est celui qui suscite le plus d’intérêt de la part des capitaux étrangers, représentant la destination quasi exclusive des IDE rentrés en Algérie au cours des deux décennies 1990 et 2000. La chaîne énergétique allant de la recherche à la distribution des hydrocarbures absorbe à présent un montant d’investissement de 12 milliards de dollars annuellement en moyenne. Le secteur hydrocarbures assure la couverture des importations destinées à la satisfaction de 70 à 75% des besoins des ménages et des entreprises et le climat politique et social est fonction directe du baromètre pétrolier. L’or noir constitue l’assise matérielle du pouvoir de l’Etat, celui qui lui confère la souveraineté et l’autonomie de décision. Sans son monopole de la propriété du sol et du sous-sol, l’Etat serait réduit à sa seule fonction de puissance publique.
Pour mettre en relief le caractère «vital et stratégique» que revêt désormais cette richesse naturelle, le recours à la métaphore est devenu un passage obligé : les hydrocarbures sont «le cœur et le sang de l’économie», ils constituent «la colonne vertébrale de l’économie algérienne, la denrée sur laquelle est assise sa souveraineté», si bien que, contrôler le secteur hydrocarbures, c’est contrôler «la circulation de son propre sang dans son cœur, ses propres facultés de respiration». Autant d’attributs essentiels qui sculptent la figure caractéristique du modèle énergétique algérien et forment le noyau invariant du discours officiel sur le statut de cette ressource du sous-sol depuis les «décisions historiques» du 24 février 1971. Ainsi, assurer la pérennité du rôle des ressources hydrocarbures à la fois en tant que source quasi unique de financement de l’économie et source d'approvisionnement énergétique national à long terme, s’est imposé, depuis les nationalisations pétrolières, comme la trame essentielle de la politique énergétique de l’Algérie.

4. Pour rappel. A l’origine, une terre sans avenir pétrolier
«Quelques cultivateurs de dattes dans les oasis les plus rapprochées et les plus fertiles, quelques chasseurs d’autruche, voilà, selon nous, tout l’avenir du Sahara.» Ainsi, s’exprimait, il y a un siècle et demi, en 1863, le gouverneur général de l’Afrique occidentale française, le général Faidherbe à propos de ce qui était considéré alors comme un «vide immense», qui attirait surtout des ethnologues, des géographes ou des officiers. La sentence prononcée sur un ton catégorique et sans appel semblait sceller à jamais le sort minier du Sahara. Longtemps, rien ne viendra sérieusement infirmer ce jugement. Un article paru, en 1946, dans une publication dédiée à l’œuvre coloniale de la France, intitulée «L’Algérie d’aujourd’hui» expédie en quelques lignes l’inventaire des ressources pétrolières du sous-sol algérien. «Le pétrole, peut-on lire, a fait l’objet de multiples recherches. Dans le Dahra, la sonde a fait jaillir l’huile minérale de profondeur de 757 mètres et de 1 223 mètres, mais la production était très faible.» Maints indices de pétrole existaient dans la province d’Oran et dans la région de Mostaganem sous forme de gisement bitumineux et de suintement de naphte, de sources sulfureuses et d’émissions gazeuses, d’autres, dans la région de Constantine. «Malheureusement, les traces semblent dispersées.» En bref, des «nappes pétrolières peu étendues et sans comparaison avec celles de l’Irak, de l’Iran ou de la Roumanie». Décidément, rien qui n’augure vraiment d’un avenir pétrolier pour le pays.
Dans l’Algérie française, c’est le temps de la vigne et du vin. Le puissant lobby colonial de la viticulture fait la pluie et le beau temps jugeant même que «du pétrole et du gaz au Sahara, c’est de la fumisterie», «c’est de l’argent jeté en l’air». En 1950, un des chefs de ce puissant groupe de pression vitivinicole fera même annuler à l’Assemblée algérienne un chapitre budgétaire relatif au financement de l’exploration pétrolière obligeant le président de la société pétrolière française SN. Repal, Roger Goetz, à solliciter instamment le président de la commission des finances de l’Assemblée algérienne, Abderahmane Fares, pour qu’il apporte son concours afin de faire approuver le chapitre intitulé «Recherches pétrolières, dotation : 40 millions». En accompagnant sa demande de force arguments : «Nous avons de très sérieux indices en pétrole et en gaz. Il faut absolument que ce chapitre soit voté dans son ensemble car le gouvernement est décidé à financer les recherches mais il veut que l’Algérie y participe.» Abderahmane Fares fera supprimer l’amendement Zevaco en mobilisant ses collègues musulmans autour de la signature d’un contre-amendement. «Vous venez de rendre un service immense à l’Algérie. Le gaz et le pétrole seront dans quelques années deux des plus importantes richesses du pays», s’exclamera, très satisfait, le président de la Repal. Paroles prémonitoires.

5. 15 juin 1956, le puits de Messaoud Rouabah rentre dans la postérité : les barils bleu, blanc, rouge.
Le 15 juin 1956, un puits creusé, un jour de printemps 1919, par le jeunes guide caravanier Messaoud Rouabah de la tribu des Chaâmbas, pour permettre aux chameliers de se désaltérer, va être brusquement projeté dans la postérité et portera, dorénavant, une majuscule et le prénom de celui qui le fora : Hassi Messaoud. Le communiqué de la SN Repal qui tombe sur les téléscripteurs est un bulletin de victoire : «La sonde du puits MD1 foré sur le permis d’Oued Niya au lieudit Hassi Messaoud à 75 kilomètres de Ouargla a rencontré le toit de grès imprégné d’huile à 3338 mètres de profondeur et trouvé la couche sur 140 mètres.» C’est l’enthousiasme à la SN Repal : Hassi Messaoud est un gisement exceptionnel dont l’épaisseur de la couche varie entre 60 et 140 mètres, des réserves égales à une production annuelle de 12 millions de tonnes pendant 60 ans. A peine cinq mois après, le 8 novembre 1956, à 10 kilomètres du point d’eau de Hassi R’mel, le premier puits foré HR1 atteignait le premier réservoir de gaz à 2132 mètres de profondeur. L’Algérie se place comme 3e réserve mondiale de gaz. Des richesses qui promettent. L’ère pétrolière de l’Algérie commence. Dès 1962, la part de l’or noir dans le PIB passe à 48% contre 14% en 1959, tandis que le brut constitue déjà 59% des exportations globales. Mais les barils sont encore bleu-blanc-rouge.
L’Algérie accédait, en effet, à l’indépendance, lestée, en vertu des Accords Evian, d’un compromis qui conférait à l’activité pétrolière une sorte de régime d’extraterritorialité. Comme on disait, alors, l’Algérie regardait passer le pétrole. Certes, affublée d’un statut de percepteur de royalties versées par les compagnies françaises, conformément aux-dits accords. Il était admis, cependant, y compris par la partie française, à la recherche d’une «décolonisation contractuelle» exemplaire, que ce volet problématique et décrié des accords était appelé tôt ou tard à être remis en question.
A. R.

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