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L’Algérie de Kamel Daoud et la nouvelle Algérie

Publié par Naoufel Brahimi El Mili
le 23.02.2020 , 11h00
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Par Naoufel Brahimi El Mili
Kamel Daoud est la fierté d’Oran et pourquoi pas celle de l’Algérie ? En visionnant, en mode replay,  L’Algérie de Kamal Daoud, documentaire diffusé sur France 5, je vois défiler les images d’une belle Algérie. D’autres plus hideuses, hélas, mais elles sont inévitables. L’urbanisme peu harmonieux ne cesse de défigurer les villes du pays. Par des mots, avec une caméra, se dresse un portrait de l’Algérie vue par l’écrivain. Des témoignages étoffent ce regard. Au détour d’une phrase, un ami et son grand frère, dit-il, entrepreneur de son état, évoquent le chiffre de 300 000 morts, tués par les islamistes. 
La décennie noire est revisitée comme le fut la contre-enquête de Meursault mais sans le talent de l’auteur du best-seller. Sans doute des propos nécessaires à la construction d’une dramaturgie pour mieux faire valoir la barbarie de la fatwa prononcée à l’égard de l’enfant prodige d’Oran. Je continue à regarder, à écouter ce documentaire qui convoque en moi un énorme intérêt et dont la vedette déploie une grande énergie pour ne pas succomber à l’autoglorification. Seulement à la 48e minute, l’Algérien le plus lu en France, déclame : « Je crois qu’on a peur de la liberté. » Même quand il dit des inepties, il le fait avec talent. Ses formules sont déversées avec une improvisation calculée. Presque une heure plus tard, se déroule le générique de la fin, je n’ai pas perdu mon temps, j’ai vu l’Algérie de Kamel Daoud.  Pensif, je m’interroge, « Y aurait-il autant d’Algérie que d’Algériens ?» 
Au-delà du documentaire visionné, à quelques jours de la clôture de l’An I de la révolution, je tente de me projeter dans une nouvelle Algérie que je ne connais pas encore. Certainement pour éviter de méditer sur ma propre Algérie, celle de mon enfance. Je ne me sens pas prêt à la raconter. Ni à parler de mon parcours initial à l’ombre de feu mon père. Pourtant, il m’a tant influencé non seulement par sa sagesse qui lui a permis de vivre avec une épouse hors-normes, m’a-t-on dit, mais aussi par sa culture. En effet, le milieu qui fut le mien n’était pas particulièrement défavorisé. Je suis reconnaissant à mes parents qui avaient laissé un grand nombre de livres à la portée de ma curiosité. 
Des auteurs français étaient sur beaucoup d’étagères, contrairement à ce que l’on pouvait supposer. Le soir, même sans mes parents, je ratais rarement le journal télévisé de 20 heures. Pourtant, les thèmes développés étaient récurrents : Boumediène, la Révolution agraire et de temps à autre Bouteflika, quand il travaillait mais à l’étranger. Même sous un parti unique, l’actualité politique n’était pas morose. C’était ma première Algérie. 
Quittons-la et intéressons-nous à celle qui s’esquisse un an après le 22 février. J’ai presque envie de parler d’ère nouvelle si ces deux mots n’étaient pas galvaudés par notre ancien voisin, Ben Ali. Ni le contexte, ni l’environnement géopolitique et encore moins la soif de liberté et de démocratie des Algériens ne feront de
M. Abdelmadjid Tebboune un « Ben Ali » en puissance. Il est le Président investi mais sous observation. Il le sait. Il ne pourra jamais l’oublier. Contrairement à son prédécesseur, il n’a pas de revanche à prendre sur l’Algérie. J’entends dire que M. Tebboune est la continuité de l’ancien système. Pourtant, nombreuses sont les personnalités de l’ancien régime qui ne cessent de faire croître la population carcérale. Le 22 février est une révolution mais pas au sens bolchevique du terme. Tous les dirigeants de l’Europe de l’Est étaient communistes et poussés par leur peuple et l’Occident, ils ont fait entrer leurs pays, non sans peine, dans la démocratie. J’ai envie de parler de l’Algérie nouvelle où plus rien ne sera comme avant. Bien sûr, des agendas opposés vont se confronter. J’aurais été ravi si certains de ces agendas étaient exclusivement algériens. J
e ne parle ni de la main de l’étranger ni du « Hizb França », ce serpent de mer commode et ennuyeux à la fois. Faute de troupes significatives, certaines personnalités algériennes ont recours à l’Occident qui n’en attend pas mieux. La main de l’étranger ne s’immisce pas spontanément, elle est souvent convoquée par certains Algériens.  
Reste à savoir comment tourner définitivement la page des « vingt honteuses ». Au début de ces deux décennies, Abdelaziz Bouteflika fait ses premiers pas de président en laissant derrière lui un sillon de parfum  de l’Algérie de Boumediène. Plutôt un gaz anesthésiant. Les décideurs qui l’ont désigné Président ne l’ont pas vu venir. Quelques mandats plus tard, ils sont tous écartés, les Algériens avec. Je ne fais ni le bilan de son règne, la justice algérienne s’en charge, ni je tire sur une ambulance. Je rappelle seulement que la diplomatie, son fonds de commerce, était timide. Nombreux sont les ambassadeurs étrangers à être repartis d’Alger avec la copie originale de leurs lettres de créance dans leurs bagages. Faute d’audience protocolaire avec le Président. Il y a trop de mots, trop de verbes pour exprimer sa colère. Je cherche encore les miens pour exprimer mon espoir dans cette Algérie que je qualifie de nouvelle. 
Les attentes des Algériens sont énormes et vraisemblablement ne peuvent être toutes satisfaites, du moins dans l’immédiat. Je consacre ces dernières lignes à mon père qui est originaire de Mila, comme l’indique son nom. Sa région est loin d’Oujda mais ce n’est pas la raison de son absence d’affinités avec Bouteflika. En 1999, il m’avait dit que ce Président ne peut être l’homme de la situation. Je n’en dirai pas plus, le reste est un secret de famille. J’aurais aimé avoir son avis sur Abdelmadjid Tebboune. Sage comme il était, il m’aurait demandé de patienter et d’espérer.
N. B. E. M.

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