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Contribution

Coupe du monde 2026 Le Maroc, victime expiatoire des «Caïn» arabes

Publié par Kamel Bouchama
le 19.06.2018 , 11h00
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Par Kamel Bouchama, auteur 
«Khok khok, la yghorok sahbak.»

«Ton frère, c'est ton frère, ne te laisse pas abuser par ton ami.»

Mais il y a mieux, en ce précepte de notre Prophète Mohamed (QSSSL) :
«Soutiens ton frère qu'il soit injuste ou victime d'injustice.»

Encore une fois, notre monde, dans le gotha du «juste milieu» a commis son énième aberration qui le décrédibilise aux yeux de tous et jette l’opprobre sur son institution appelée «Ligue arabe» qui, à chaque occasion, perd une portion de son respect – si tant qu’elle possède cette qualité –, elle qui est censée porter, depuis sa création en 1945, des valeurs éthiques très fortes. Il n’en est rien de cela ! 
C’est en fait nous tous, qui ne sommes rien, avec nos aréopages dissemblables et contrefaits, sur tous les plans. Et ainsi, nous représentons ce monde arabe tel qu’il est…, une entité imaginaire, irréelle…, inexistante. Mon Dieu que c’est dur d’appartenir à ce monde, qui n’a pas de soubassement, qui ne repose sur aucun socle.  Ce qui nous fait réagir, c’est ce dernier vote négatif envers le Maroc de certains pays du Golfe, comme l'Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, le Koweït, le Bahreïn et la Jordanie, qui a profondément déçu le Maroc et nombre de pays arabes. Et, depuis, toutes les figures de style – formulées en de résonance vraie – jaillissent des rédactions de journaux qui n’ont pu contenir le choc, surtout qu’il nous vient de frères qui auraient pu s’abstenir de commettre cette autre folie, cette fois-ci…, impardonnable. Et l’Arabie Saoudite a été la locomotive dans ce malheureux revirement, après que le 29e Sommet arabe, tenu dans la ville saoudienne de Dhahran, a affirmé son soutien, à l’unanimité, à la candidature du Maroc à l'organisation de la Coupe du monde 2026 de football. D’ailleurs, le ministre marocain des Affaires étrangères, satisfait de cette décision arabe, plutôt de ce consensus autour d’une «sérieuse affaire», bien avant le dénouement inattendu en faveur des «autres», s’est empressé – et il avait raison – de faire la déclaration suivante à la presse : «Le Sommet a affirmé, à l’unanimité, son soutien à la candidature du royaume du Maroc à l’organisation du Mondial 2026 et appelé tous les Etats à apporter un soutien total et un appui sans faille à cette candidature.» 
Nada de nada ! Rien de rien, vous rétorquent les gens sérieux qui ont connaissance de l’œuvre de ces adeptes d’affaires scabreuses, de ceux-là mêmes qui baignent dans les humeurs capricieuses et les conduites bizarroïdes, quand elles ne sont pas dégoûtantes comme cette dernière volte-face qui a causé un grave préjudice dans les rangs de la communauté arabe, en éliminant un des siens d’une compétition où il avait toutes les chances de réussir. Et ils ont raison de ne pas les croire, de ne pas les suivre dans leurs délires car, jusqu’à aujourd’hui, ils essayent d’empêtrer notre monde – heureusement sans y parvenir – dans une sordide politique de capitulation et de renoncement à nos droits. Ils essayent même d’aller plus loin et… vas-y que je t’en donne ! De l’aplaventrisme, de l’inconstance, de la dépendance, de la traîtrise et tant de choses que récuse le droit et n’accepte pas la raison…  
Ces génies malfaisants, au sein du monde arabe, sont dénoncés énergiquement, aujourd’hui, en une singulière campagne de désapprobation qui les voue aux gémonies. Nous n’avons pour preuves que ces expressions douloureuses, mais essentielles si elles peuvent éveiller, voire proscrire des comportements bannis par la morale afin que les «choses» soient claires pour tout le monde. 
Oui, des expressions douloureuses quand elles sont dites ouvertement, au sein de ce monde arabe, un monde qui est, depuis longtemps, malade de ses dissensions, de ses querelles, de ses alliances contre-nature et, n’hésitons pas à le dire, de ses forfaitures. Ainsi, nous lisons en substance ces qualifications qui ne manquent pas : «Trahison, mensonge, humiliation, félonie saoudienne…, ou : Riyad a perdu le sens de la mesure, de l’Histoire et du temps…», ou encore : «Colère, frustration, incompréhension… Les mots ne manquent     pas à nos dirigeants politiques quand il s’agit           de qualifier la décision prise par l’Arabie     Saoudite de soutenir et défendre le dossier nord-américain, au détriment de la candidature du Maroc… Le verdict est tombé, hier lundi, en faveur des Etats-Unis, mais s’il était plus ou moins attendu, c’est le retournement de veste de pays arabes «frères» qui choque.» 
Les responsables, aussi, sont montés au créneau. Mais peuvent-ils faire autrement quand ils partagent ce même sentiment de colère, voire d’écœurement, contre la décision de certains pays arabes, l’Arabie Saoudite et les Emirats surtout, de soutenir le trio nord-américain ? L’ancien ministre marocain de la Jeunesse et des Sports, membre du bureau politique du Mouvement populaire, avoue qu’«une telle position de la part de ces pays ne peut être que source de frustration et de grande déception pour nous. Ce n’est pas l’expression de la volonté des peuples de ces pays, mais celle de leurs dirigeants, dont il faudra désormais se méfier. Et je retiens que nos pays amis du Maghreb ont tous été au rendez-vous». 
Ainsi, on peut affirmer, sans risque de nous tromper – et cela l’Histoire ne va pas l’oublier – que les représentants des «Lieux Saints de l’Islam» ont tout pollué…, l’Islam d’abord, la politique ensuite et, présentement, le sport, cette matière qui appartient à la jeunesse, cette frange qui représente la force de création et de changement. Parce que s’ils avaient voté pour les Américains, afin de préserver leurs intérêts, c’est, à la limite, une position difficile à admettre mais qui peut se comprendre, car venant d’un pays satellisé, mais qu’ils aient fait campagne contre le Maroc, dans un excès de dévouement qui devient de la servilité, en entraînant avec eux d’autres «pays frères», les Emirats arabes unis, le Koweït, le Liban, le Bahreïn, la Jordanie et l’Irak, et en sécurisant 32 votes de la Confédération asiatique sur 46, cela dépasse l’entendement. Cela veut dire également, selon un journaliste marocain, que «l’Arabie Saoudite ne courbe pas seulement l’échine devant les Etats-Unis de Donald Trump, mais se couche, rampe, s’engage dans une course à l’avilissement, ne craignant plus ni les sarcasmes, ni les humiliations». Ce même rédacteur continue, dans la logique des choses, et nous le croyons quand il affirme que «les Marocains n'en veulent ni aux Etats-Unis, ni au Canada, ni au Mexique pour qui ils n'ont que respect. Ils en veulent à ces grands du Golfe qui n'ont aucune dignité.»(1) 
Alors, la question qui nous vient à l’esprit, présentement, est la suivante : cette dernière action de l’Arabie Saoudite qui ne peut être qualifiée que par des vocables qui définissent la malveillance, la perversion et l’ignominie, aura-t-elle des conséquences au sein de la Ligue arabe et de ses membres ? Pensez-vous ! Aucune réaction officielle ! Mais qui oserait se permettre de proposer des sanctions exemplaires, ou à tout le moins, pour cette fois-ci, une motion de consternation et d’affliction à l’endroit des amis de l’Oncle Sam, comme nous avions l’habitude d’en produire, lorsqu’on ne pouvait s’exprimer dans la plénitude de nos droits ? «La maison de Loqman reste en son état», comme dit l’adage arabe ! Et ainsi, la Ligue, dans son profond sommeil, depuis toujours, n’entend jamais les échos de la voix des peuples qui condamnent et leurs souverains et leurs outrances, quand ils font dans l’indifférence et le renoncement ou, carrément, dans la forfaiture. En effet, elle ne pourra jamais être à l’écoute, du fait que «tout au long de son parcours, elle a cumulé les échecs et a collectionné les dissensions et les trahisons de ses propres principes et objectifs. Les raisons ne s'expliquent pas uniquement par la fragilité de ses fondements doctrinaux qui se réfèrent au panarabisme passéiste et nostalgique d'une gloire perdue, mais surtout par la nature des régimes qui la composent et par les objectifs nationaux de chacun de ses membres […] Depuis 1945, les Arabes ont écrit et joué une pièce tragicomique qui n'a plus aucun goût. L'une des régions les plus riches du monde, tant en ressources naturelles qu'en ressources humaines, située au cœur de la planète, se laisse violer et violenter à souhait par des puissances qui ne défendent que leurs intérêts y compris en soutenant Israël.»(2)
Et ainsi, la Ligue arabe, la nôtre malheureusement – puisque nous y sommes –, cette «incomparable caisse de résonance pour le pire», comme je l’ai appelée dans ma dernière contribution, est dans le même état, depuis sa création. Elle reste ankylosée, vidée de son âme. Un constat amer, qui nous dévoile ses interventions insensées et son silence face à des problèmes graves, afin de nous confirmer son inutilité dans ce monde arabe qui, saturé par l’inefficacité, voire la déficience de ses dirigeants, est en attente de profondes réformes dans toutes les institutions qui le gouvernent.
Alors, de là jusqu’à espérer qu’une quelconque sanction vienne de cette caisse de résonance, contre les «cheikhs» de l’Arabie Saoudite pour leur dernière action lubrique vis-à-vis des Yankees et qui explique fort bien leur course à l’avilissement, il faudrait peut-être attendre que s’engage une véritable odyssée en matière de  changement pour parvenir à dégager toutes ces scories qui nous entourent et nous empestent l’existence. 
Mais, en attendant, et pour sensibiliser nos jeunes au bien-fondé de nos espoirs quant aux salutaires bouleversements dans nos sociétés, et leur nécessité absolue, essayons de leur traduire dans les faits quelques manquements à la déontologie régissant les missions de la Ligue arabe et de ses membres, tant au niveau des carences sur le terrain de la réalité qu’au niveau des échecs visibles à l’œil nu dans le traitement des grands dossiers qui leur ont été soumis. Cela ne pouvait être autrement dans ce «club d’autocrates» plus ou moins vieillissants, hostiles les uns aux autres, indécis de surcroît, et incapables de s’entendre sur des sujets sérieux qui concernent le monde arabe. Ce sont autant de preuves matérielles qui nécessitent ces bouleversements que les nouvelles générations attendent avec impatience.
Alors pour commencer, laissons de côté les écarts et les carences par lesquels se caractérisent la plupart de nos dirigeants dans le présent, alors que le monde arabe se trouve au comble de son obsolescence qui lui fait traverser une étape très difficile… N’abordons pas tous les sujets brûlants, qui ne font pas la fierté de notre monde, et où la Ligue arabe a démontré manifestement son immobilisme latent qui traduit la nature de sa composante et de ses régimes qui sont, dans leur majorité, autoritaires, oligarchiques et de plus sclérosés. 
Prenons deux exemples, très proches de nous dans le temps, avant de voyager dans les années soixante et soixante-dix pour donner des faits concrets de capitulation dans des circonstances où nous devions, pardon notre Ligue, devait montrer sa force devant l’Histoire. Abordons la crise libyenne et dévoilons aux jeunes que les chefs arabes ont décidé, en mars 2011,(3) d’appeler le Conseil de sécurité de l’ONU «à prendre les mesures ‘’nécessaires ?’’ pour l’instauration immédiate d’une zone d’exclusion aérienne (visant) le trafic militaire libyen», à l’exception de notre pays, l’Algérie, et la Syrie qui ont compris qu’il se tramait «une manœuvre opportuniste à peu de frais, contre feu El Kadhafi, mais en réalité contre la Libye», et que cela marquait une autre rupture dans l’histoire de la Ligue arabe qui, franchement, n’en était pas à sa première. Mais dans la Ligue arabe, il y a 22 membres, et les jeunes comprennent fort bien que malgré le refus de l’Algérie et de la Syrie – deux pays à principes – la Libye a été suspendue, au début des troubles, de cette institution moribonde, mais qui se réveille quand elle reçoit des «ordres» de la Maison Blanche. D’ailleurs, cette dernière a salué le «pas important» fait par la Ligue arabe dans ce dossier libyen, pour, soi-disant, protester contre la répression violente de la rébellion.
Allons maintenant en Syrie pour faire découvrir aux jeunes un autre complot diaboliquement orchestré contre ce pays frère. Il faut les informer que, nonobstant de graves sanctions de l’Union européenne, des Etats-Unis d’Amérique et des projets de résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies contre la Syrie, une terrible «alliance occidentale», voici que la Ligue arabe annonce à son tour une série de sanctions démentes, abominables. 
Elle annonce le gel des actifs financiers du régime syrien, la fin des échanges financiers avec la Banque centrale de Syrie, l'arrêt des lignes aériennes entre les pays de la Ligue arabe et la Syrie, l'interdiction de séjour de plusieurs personnalités syriennes et l'arrêt des investissements en Syrie des Etats de la Ligue arabe. Ainsi, ces sérieux désaccords qui apparaissent au sein de la Ligue arabe ne sont pas venus pour arranger les choses, ni même pour atténuer la charge du fardeau de l’Occident sur ce pays frère. 
Il est évident, également, que notre pays, l’Algérie, s’est démarqué de cet affreux compromis avec le diable, entraînant avec lui l’Irak et le Liban, pour s’opposer – et à juste titre – aux propositions, plutôt aux honteuses initiatives, prises par la Ligue arabe pour mettre fin au régime de Bachar Al Assad, avec le gel du siège de la Syrie, les sanctions économiques puis l’envoi d’une mission d’observateurs.
Continuons sur notre lancée, pour que les jeunes sachent ce qu’étaient et ce que sont, jusqu’à l’heure, les dirigeants arabes dans leur veulerie et leur lâcheté devant  les problèmes de destin. Ah…, que ne réveille-t-elle pas cette «scabreuse histoire» de vote contre nos frères du Maroc comme souvenirs douloureux !! Et là, mes lecteurs doivent me pardonner la passion avec laquelle je vais à la rencontre de mes mémoires qui remontent à la surface et qui leur apprennent que les complications que nous avons tous avec la Ligue arabe et ses dirigeants ne sont pas natives d’aujourd’hui. Pareilles déceptions, comme celle du Maroc, j’en ai eu au moins deux, lors de mes premières expériences dans la haute politique, et principalement dans les relations internationales.
Ma première déception se situe en 1968, à l’occasion du 9e Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à Sofia où notre jeunesse algérienne s’était très bien préparée pour «faire un tabac», selon nos honnêtes ambitions, dans la capitale bulgare, avec notre forte délégation de 250 jeunes. Celle-ci se divisait en 3 groupes (politique, culturel et artistique et, bien entendu, sportif). Cependant, même si nous étions prêts pour le départ, après un important stage de préparation à l’Ecole normale de Bouzaréah, il restait cette appréhension de la présence d’une délégation d’Israël à Sofia pour assister au festival. Cette présence allait altérer, selon nous, le principe même des luttes de libération à travers le monde. 
Je dois expliquer aux jeunes qu’à cet effet, nous avons entrepris une sérieuse campagne avec les jeunesses arabes et africaines, pour être solidaires avec nos frères palestiniens, qui n’ont pas été autorisés à prendre part à ce festival, pourtant ouvert à toutes les jeunesses de la planète. Notre position était d’agir positivement pour un sérieux boycott de ce grand rassemblement, dans le cas où la jeunesse sioniste serait présente à Sofia. Vous vous imaginez, le continent africain et le monde arabe absents, cela pèserait lourdement sur la crédibilité de cette rencontre mondiale qui, en plus, était un vaste rassemblement pour la solidarité, la paix et la souveraineté des peuples.
Ainsi, tous les responsables arabes de la jeunesse ont été accueillis à Alger. J’étais parmi les organisateurs de ces rencontres. Des accords historiques ont été scellés, dans l’approbation la plus totale. 
La Ligue arabe nous a donné son feu vert et ses assurances d’appui au sein des pays arabes membres. Nous étions satisfaits du climat fraternel de compréhension qui nous a réunis avec nos frères arabes. Cela s’est passé de la même manière avec les Africains. 
Mais restons dans notre Ligue pour apprendre, malheureusement, que c’est elle, encore une fois, dans pareille situation que cet abject retournement de l’Arabie Saoudite contre le Maroc, pour ce qui est de la Coupe du monde de football en 2026, qui n’a pas été à la hauteur pour corriger tous les pays arabes qui, toute honte bue, ont renoncé à leur parole et assisté à Sofia, aux côtés de la délégation d’Israël. Vous avez compris, que malgré les grandes rencontres, les palabres, les assurances et les signatures de protocoles d’accord, la Ligue arabe et tous les dirigeants qui la composent ont fait faux-bond et ont failli à leur engagement. Triste réalité en cette année 1968 !  Kaïd Ahmed, le responsable du parti du FLN, est venu la veille de notre départ nous rejoindre au siège de notre regroupement à Bouzaréah, pour nous apprendre, après une longue intervention, comme il avait l’habitude d’en faire, que l’Algérie a décidé de ne pas assister au 9e Festival mondial de la jeunesse et des étudiants. Un silence éloquent dans la salle, c'est quelque chose... d'inouï (4), après cette annonce. 
Des visages accablés, des mines tristes, des espoirs envolés et deux avions, remplis de cadeaux et de victuailles, attendaient, sur le tarmac de l’aéroport, l’ordre de décollage, en direction de Sofia. Mais les avions ne décolleront pas, assurément. Si Slimane, Kaïd Ahmed, au nom de l’Etat, venait d’exprimer la décision algérienne, non sans afficher sa déception contre les Arabes et leur ligue inodore, incolore, insipide et…, sans saveur ! (5) 
Le silence régnait encore dans la salle, après cette annonce. Mon ami, le chanteur Mohamed Lamari, membre de la délégation algérienne, était assis à côté de moi. Il était déçu, parce que, pendant tout le stage, il ne faisait que répéter son «tube», sur Che Guevara, que lui a composé le regretté Mustapha Toumi. Il voulait en faire une «chanson phare» pendant ce festival de Sofia, au sein de la jeunesse progressiste. Il s’est passé un temps où la parole ne trouvait pas ses mots pour exprimer la déception de ceux qui venaient d’être trahis par les leurs. Je regardai encore une fois Lamari. Il m’a fixé à son tour et, d’un bond, il s’est levé et de sa voix vibrante, pleine d’émotion, a lancé à l’endroit de Kaïd Ahmed : «Ya Si Slimane, El Djazaïr…, redjla !»  
Il a tout dit, par ce cri qui sortait de ses entrailles, ce sacré chanteur des jeunes ! Et là, les 250 participants se lèvent, applaudissant chaudement la position de notre pays, une position juste, une position d’appui et de soutien à la jeunesse palestinienne qui lutte pour ses droits inaliénables dans ses territoires occupés.   
Deux années après cette aventure, et en juillet 1970, quatre jeunes Algériens sont jetés dans l’effervescence new-yorkaise, lancés à l’aventure dans une cité infernale qui subit avec arrogance le poids du gigantisme, qui gère froidement la congestion du trafic urbain et qui abrite indifféremment la misère et la délinquance. En effet, quatre jeunes Algériens, dont je faisais partie et qui, malgré leurs bilans élogieux dans de nombreuses missions qu’ils avaient dirigées à travers le monde, ne s’imaginaient pas vivre cette odyssée, à leur âge, où leurs pareils étaient encore épris de camping et de déplacements par auto-stop. C’était en fait la meilleure récompense que leur offrait leur organisation, en les envoyant assister au premier Congrès mondial de la jeunesse, organisé par les Nations-Unies, en reconnaissant ainsi leur expérience dans le domaine des relations internationales. Et, dans ce vaste rassemblement mondial, les jeunes se comportaient en terrain conquis. Les Algériens profitaient de ce branle-bas pour se placer au hit-parade du mouvement de solidarité. Pour cela, notre délégation demandait le départ des représentants fantoches de Séoul, Saigon, Phnom Penh et de Taïwan, ensuite le boycott des délégations sionistes dans ce rassemblement pour la paix. Beaucoup de pays progressistes ont adhéré à notre vision qu’ils trouvaient juste et conforme à leur position anti-impérialiste. Par contre, et contre toute attente, les délégations arabes ont souligné, avec forte conviction, que nous étions illogiques dans ces propositions et, plus encore, elles étaient parmi celles qui n’ont pas accepté, après notre proposition, qu’un Palestinien soit membre au Comité directeur du Congrès mondial.
En effet, c’était pendant les réunions de coordination avec le groupe arabe,  deux jours avant l’ouverture des travaux, que «l’histoire» est sortie au grand jour. De quelle histoire s’agit-il ? Eh bien, tout simplement, il s’agit du refus de toutes les délégations arabes, sans exception, de la proposition algérienne qui consistait à désigner un frère palestinien au Comité directeur de ce premier Congrès mondial de New York. Chaque intervenant a légitimé la position de son pays et l’a étoffée par des explications qui n’en finissaient pas et des arguments qui ne tenaient pas la route. 
L’Algérie, par contre, que je représentais au cours de ses réunions, campait sur sa position qui était non seulement logique, mais aussi très positive pour faire valoir les droits de la jeunesse et du peuple palestiniens dans ce grand rassemblement de la paix. 
Peine perdue, puisqu’aucun pays arabe n’a accepté de mener bataille avec nous pour cette entreprise qu’il jugeait comme une action hasardeuse, allant à l’encontre du bon sens. J’ai essayé de les convaincre par tous les moyens, en mettant en avant les sentiments qu’ont toutes les masses arabes à l’endroit du peuple palestinien, en énumérant les malheurs qu’il a subis et qu’il subira encore si des actions déterminantes de notre part et, principalement, de la jeunesse ne sont pas organisées à son profit. Absolument rien ! Tous étaient de glace. Alors, j’ai claqué la porte, non sans leur jeter à la face que l’Algérie maintiendra sa proposition qui passera, sans aucun doute, avec l’aide des progressistes du monde qui sont plus à même de comprendre le combat des frères palestiniens et de tous ceux qui luttent pour la justice et la liberté !
Le soir même, j’ai été appelé par le chef du Bureau de la Ligue arabe à New York pour assister à une réunion urgente. Je comprenais, bien sûr, l’urgence de cette rencontre. Je suis allé, par respect à cette institution que j’abhorrais déjà, pour ses nombreux atermoiements et pour son insensibilité devant les malheurs que subissaient les Palestiniens, ouvertement, au grand jour. La réponse de l’Algérie…, je l’ai donnée devant ce chef de la Ligue arabe qui essayait de me convaincre que c’était une gageure très risquée que de faire une telle proposition – celle de mettre un Palestinien au Bureau du Congrès. Je lui ai répondu qu’«il n’y avait aucune autre stratégie à prendre que celle de lutter tous ensemble pour imposer le délégué palestinien à ce comité directeur et, par là même, démontrer cette solidarité agissante de la jeunesse du monde avec la jeunesse palestinienne… Sinon, aucune autre éventualité ne pourrait être agréée par la délégation algérienne».
Enfin, nous n’allons pas raconter, dans les détails, cette bataille avec nos frères arabes, mais nous pensons qu’il est utile de souligner que le Palestinien du nom de Fawez Nadjiyeh, proposé par les Algériens, malgré le refus de la Ligue arabe et de «ceux qui la remplissent», a été non seulement plébiscité par l’ensemble des organisations progressistes présentes à ce grandiose rassemblement de jeunes, mais aussi, il a eu l’insigne honneur de diriger la plus grande et la plus importante commission du Congrès, la «Commission de la paix» qui était suivie, à l’intérieur des Nations-Unies, par plus d’un millier de grands diplomates et de hauts fonctionnaires internationaux et de l’extérieur par la Maison Blanche et tout le lobby sioniste. Le Président Richard Nixon était relié directement au siège de Manhattan et suivait régulièrement tous les travaux.  Quant au président de cette fameuse Commission de la paix, le Palestinien Fawez Nadjiyeh, a su lui imprimer le respect au cours des débats, tout en la dirigeant d’une main de maître, aux côtés de ses adjoints, les délégués de la Guinée, du Pakistan, de Cuba et de la RDA. Ainsi, après avoir raconté, dans les détails, ces deux mésaventures de jeunesse, avec les Arabes et leur Ligue…, des mésaventures qui nous affirment que notre division est clairement entamée, et depuis longtemps, pourquoi, au fait, s’étonner d’apprendre aujourd’hui – nous y revenons – qu’une décision scandaleuse a été prise par les Saoudiens au détriment de leurs frères marocains, malgré les affinités et les intérêts communs ? Ce n’est pour eux, en réalité, qu’une «position normale», parmi tant d’autres, par lesquelles ils s’assument dans leur politique régionale et internationale. 
C’est pour cela que, sans vouloir les défendre, nous pouvons dire qu’ils sont dans le rôle qui est le leur et, de ce fait, ils ne sont pas à blâmer, parce qu’ils appartiennent à leur culture…, qui est ainsi composée. Alors, je me dis, en conclusion, eu égard à ce dernier constat, pourquoi avoir choisi comme titre de ma présente contribution : «Le Maroc, victime expiatoire des «Caïn» arabes.» ? J’aurais dû, après avoir fait ce tour d’horizon sur nos écarts, nos carences et nos désaccords, m’arrêter sur un titre pour ma contribution…, sur un titre dans un style qui est le nôtre, parce qu’il appartient à notre culture, parce qu’il marque enfin notre différence, criante de vérité, face à ces Caïn arabes : «El Djazaïr… Redjla !», cette riposte du chanteur Lamari devant Kaïd Ahmed. 
K. B

Notes : 

(1) Farid Mnebhi : journaliste marocain. Source : Oujdacity (site d’information marocain).
(2) Abdelkrim Ghezali La Tribune le 16/9/2013. 
(3) Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, a demandé le samedi 12 mars 2011 au Conseil de sécurité de l'Onu d'imposer une zone d'exclusion aérienne en Libye. 
(4) «Le silence, c’est quelque chose… d’inouï», une citation de Grégoire Lacroix dans Les euphorismes de Grégoire (2006).
(5) Expression si chère à Kaïd Ahmed

 

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