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Transition vers une démocratie Le nécessaire «compromis historique»

Publié par LSA
le 19.03.2019 , 11h00
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Par Brahim Lakhlef(*)
La situation politique actuelle du pays est le résultat de l’entêtement du pouvoir de décider seul et de ne pas reconnaître ses erreurs sur le plan politique et économique. Ce comportement a conduit le pays à une impasse politique et à une crise économique latente. 
Les institutions ont été vidées de leur sens. Elles ne possèdent pas la capacité de réagir, d’arbitrer ou de contrôler (Conseil constitutionnel, Parlement, Cour des comptes...).
S’ajoute à cette déliquescence du pouvoir, l’incapacité de l’opposition à proposer un projet en commun et de constituer une alternative sérieuse pour sortir le pays de cette impasse. L’opposition n’a pas pu être un porte-parole crédible de la société.
Ce décalage entre les structures politiques et la société résulte d’une double erreur d’analyse.
D’une part, l’absence de réaction de la société algérienne durant la période du « printemps arabe » a conduit beaucoup d’acteurs politiques à considérer la société algérienne comme une société neutralisée et annihilée par la décennie noire, incapable de réagir face aux effets négatifs des choix politiques et économiques. 
Selon ces mêmes analystes et hommes politiques, le citoyen préfère subir les conséquences d’une politique désastreuse et de la corruption généralisée que d’entrer en conflit avec le pouvoir, de peur de l’inconnu.
D’autre part, l’évolution de la société et notamment l’adhésion massive de la jeunesse algérienne à l’utilisation des moyens de communication modernes, rapides et échappant à tout contrôle ont contribué fortement à l’émergence d’un nouveau comportement. 
La jeunesse d’aujourd’hui n’est pas celle des années 1988, même si les revendications sont similaires ou complémentaires. Les réactions sont différentes.
Ces erreurs d’analyse sur la réaction de la société face à la déliquescence du pouvoir et des institutions n’ont pas pu prévoir ce nouveau mode de résistance contre le pouvoir. 
La discipline, l’accord sur des revendications principales, sans verser dans une multitude de revendications, le respect des biens publics et l’engagement de tout le peuple avec l’ensemble de sa composante : ouvriers, chômeurs, enseignants, experts, étudiants, juristes, médecins, retraités, hommes et femmes constituent indéniablement le premier pas, la première condition pour construction une Algérie démocratique, multiple et moderne. Comment passer, sans casse, d’un régime autocratique et corrompu à un système démocratique ?        Une période transitoire est nécessaire. Elle doit réunir les conditions indispensables pour accéder à la démocratie, aussi bien sur le respect de certains principes que sur le plan de la démarche.
Des étapes sont incontournables. L’évolution des sociétés a été toujours progressive. Il n’y a pas d’étapes à brûler. L’histoire du développement de notre histoire le confirme.
Mais comme toute société, plusieurs courants idéologiques et politiques traversent l’Algérie. La construction d’une société démocratique leur donne le droit de s’exprimer et de donner leur avis sur la manière de mettre en place un système démocratique et sur les fondamentaux qui sont admis et partagés par l’ensemble des tendances.
C’est pour ces raisons qu’un « compromis historique » s’impose à nous afin d’éviter que cette magnifique « révolution » ne soit détournée ou confisquée par une seule tendance ou par une organisation mieux structurée sur le terrain. L’histoire des mouvements sociaux nous incite à être vigilants. 
Il est utile de rappeler succinctement les conditions qui ont conduit dans les années 1970 Enrico Berlinguer à proposer aux forces politiques en présence un compromis pour sortir l’Italie de la crise politique et de permettre au pays d’être géré. 
Durant cette période, l’Italie était divisée entre deux grands partis dont les idéologies étaient diamétralement opposées ; la démocratie chrétienne et le Parti communiste. Le compromis historique a permis à l’Italie de retrouver une certaine stabilité grâce au dialogue et la participation des principales tendances politiques à la constitution des gouvernements.
Mais un compromis entre les tendances politiques et idéologiques du pays ne veut pas dire négocier avec le pouvoir en place. Ce pouvoir n’a rien à proposer, il doit disparaître du paysage politique algérien. 
Le compromis ne veut pas dire, également, renier ou retoucher les grands principes qui constituent une société démocratique, à savoir : les libertés, le respect de l’autre, des élections libres et transparentes, des institutions démocratiquement constituées, l’indépendance de la justice, du Conseil constitutionnel, la Cour des comptes. Le contrôle de l’exécutif par le Parlement…. Le compromis doit confirmer les principes fondamentaux qui réunissent la société algérienne et définir ensemble l’approche, les étapes, le calendrier et l’évaluation des actions conduisant à l’instauration de la démocratie.
 En un mot, une feuille de route, avec les objectifs visés et le calendrier de leur concrétisation.
Cette feuille de route ne doit pas être initiée, formulée, construite et suivie par le pouvoir actuel.
Le choix des hommes et femmes qui seront chargés de définir la démarche et ses étapes doit échapper à tout lien avec le pouvoir actuel. 
Le compromis historique est l’unique voie conduisant à la construction de la démocratie et éviter au pays l’instabilité, l’insécurité et le retour de la dictature. 
L’évolution du printemps arabe en Egypte nous confirme qu’une absence de concertation et de soutien entre l’ensemble des forces démocratiques ne peut conduire qu’à une impasse politique, voire faciliter le retour de la dictature. 
Les différentes tendances politiques ou idéologiques sont tenues, durant cette phase de transition, de faire la distinction entre les objectifs fondamentaux et les considérations secondaires ou partisanes. Il demeure entendu que l’objectif est double. En premier lieu, libérer le pays de l’emprise d’une dictature qui a dilapidé les richesses du pays et exclu la jeunesse du champ politique. Instaurer, ensuite, progressivement, un système démocratique. Essayons donc de dépasser nos différences et placer l’intérêt de l’Algérie comme l’unique objectif durant cette phase. Œuvrons tous à l’instauration d’un dialogue avec le respect de chaque tendance. C’est la première règle fondamentale de construction d’une démocratie.
C’est une période qui nécessite de l’intelligence et une capacité à sélectionner les priorités. Le 22 février est un nouveau « 1er Novembre » pour l’avenir du pays. 
Le 1er Novembre 1954 avait comme objectif de libérer le pays du colonialisme. Le 22 février vise un double objectif : libérer le pays du despotisme et construire une démocratie véritable. Il faut être à la hauteur de la demande de cette jeunesse et ne pas rater ce rendez-vous avec l’Histoire.
B. L.

* Auteur du livre Qualité des institutions, réformes et résultats économiques les éditions ALE 2012 et plusieurs contributions, notamment «Pourquoi l’Algérie n’est pas une économie émergente ?»

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