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Contribution Qui sème le chaos récolte la tempête !

Publié par Ali Akika
le 13.08.2018 , 11h00
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Le chaos, une notion chère à la philosophie moisie du conservatisme, continue à avoir des partisans comme si notre monde était toujours une jungle où la force brutale est un passage obligé pour solutionner un problème politique. Ses partisans provoquent eux-mêmes le chaos pour atteindre leur but politique. Henry Kissinger fut un «brillant avocat» de cette stratégie politique(1). 
Cette «subtile philosophie» prône donc le chaos pour faire bouger les lignes, comme se plaisent à le dire ses idéologues. Kissinger mit en pratique cette notion dans le conflit Israël/pays arabes qui entraîna le retrait d’Israël du Sinaï et d’une partie du Golan syrien.(2) 
De nos jours, un autre républicain, Mister Trump, applique les leçons de Kissinger en donnant un coup de pied dans la fourmilière dans le camp même de ses alliés (Otan, guerre commerciale) sans parler de la Palestine où il ressemble à un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ainsi, cette politique du chaos, l’Occident aujourd’hui l’expérimente de nouveau au Moyen-Orient. Il pense réitérer son exploit de la Première Guerre mondiale quand cette région était sous la coupe de l’Empire ottoman (accords Sykes/Picot 1916). Sauf que beaucoup d’eau a coulé depuis dans le fleuve de l’Euphrate et, comme le disait le général Giap, l’impérialisme est un mauvais élève, il n’apprend rien des leçons de l’histoire. Primo, en 1916, l’Occident, vainqueur de la guerre 14/18, était le maître absolu de la région, manipulant une myriade de tribus pour créer des Etats qui le laissaient siphonner leur pétrole en contrepartie d’une garantie de leur sécurité. 
Aujourd’hui, d’autres joueurs extérieurs à la région (Russie, Chine), mais aussi des acteurs autochtones qui ne ressemblent pas du tout aux féodalités de la belle époque de Sykes/Picot (Iran, Irak, Syrie) déjouent d’ores et déjà son petit jeu avant de le ramener à la raison. 
Ainsi la «géniale» trouvaille du chaos est en train de se retourner contre cet Occident dont l’arrogante certitude lui fait croire qu’il est dans son droit au nom de ses hautes valeurs «politiques» et «humanistes». 
Fermons cette petite parenthèse pour nous pencher sur la nouvelle carte qui se dessine au Moyen-Orient sur les plans géopolitique et géostratégique.           
1) Sur le plan géopolitique, on voit, d’ores et déjà, nombre de pays qui ont foncé tête baissée derrière les USA/Israël tout en faisant «plaisir» aux États féodaux du Golfe descendre de quelques étages de leur piédestal. Cette «mise à l’écart», ils vont la payer par une douloureuse facture sur les plans diplomatique et économique. Ils perdront leur influence politique et, cerise sur le gâteau, verront les milliards pour la reconstruction de la Syrie dévastée  leur passer sous le nez. Ils comprendront alors que si, pour eux, l’argent n’a pas d’odeur, il n’en est pas de même pour les peuples qui mettent leur dignité au-dessus de tout. 
En revanche, les pays qui ont assimilé l’intelligence de l’histoire voient leur horizon se dégager pour atteindre leurs objectifs en symbiose avec les réalités du monde en mouvement mais dont les buts sont aussi dictés à la fois par des impératifs de sécurité nationale et plus prosaïquement par des intérêts économiques. Les pays en question, jadis «écartés» des routes de commerce et des mers chaudes, vont ainsi multiplier à l’avenir leurs capacités économiques et militaires de grandes puissances (re)devenues (Russie, Iran, Chine).
Ces bouleversements géopolitiques ont fait perdre leur latin à «nos spécialistes» assistant au spectacle des alliances, ici contre nature, ailleurs insolites ou bizarres, entre acteurs dans la région. Comme à leurs habitudes, ces «spécialistes», le nez dans le guidon, soûlent l’opinion avec leurs analyses à mille lieues des réalités des champs de bataille. Ils continuent à débiter leurs balivernes loin, très loin des faits historiques qu’ils moulinent avec les «théories» de l’apparence des choses et de la technique banale de comparaisons incongrues. 
Un peu d’ignorance mélangée à de la conviction quelque peu «travaillée» leur assurent la paix de l’âme. Comme par exemple dénoncer le terrorisme (chez soi) qui se cache derrière une religion et fermer les yeux sur des ailleurs quand des pays soutiennent ouvertement et allègrement les mêmes terroristes.
 Il est vrai que le commerce juteux avec ces pays nécessitent que l’on fasse quelques sacrifices. Il est vrai aussi que dans leur représentation du monde, les morts n’ont pas le même prix… Toujours la théorie du monde comme jungle livrée à la bestialité.
2) Quant aux bouleversements géostratégiques, il n'y a qu'à entendre les menaces des USA à l'encontre de l'Iran et la guerre menée par l'Arabie Saoudite au Yémen. Quant à Israël, il n’y a qu’à observer l’agitation diplomatique et militaire de son Premier ministre et de son armée. Sur le plan diplomatique, les nombreux voyages de Netanyahou à Moscou et ses demandes de protection, non pas aux USA (déjà acquises), mais à la Russie, sont des signes à la fois d’inquiétude et de glissement des rapports de force. Oui, les données stratégiques de la guerre ont changé et la peur-panique d’Israël quant à la présence iranienne en Syrie en est la cause. Il faut avoir en tête la faiblesse stratégique d’Israël en raison de l’absence d’une profondeur géographique dans son territoire. Ironique paradoxe et arrogance maladive, Israël supplie, exige, mendie auprès de la Russie de lui garantir une profondeur stratégique sur… le territoire de son pire ennemi, la Syrie. 
Une profondeur géographique de 100 km et qui plus est démunie de toute arme de type missile. Bref, jusqu’ici, Israël a compensé cette faiblesse ou ce handicap par deux facteurs : la suprématie de son aviation et la capacité à porter la guerre sur le territoire des autres. 
En 2006, la guerre au Liban contre le Hezbollah ouvre une fissure dans cette  stratégie. Le Hezbollah n’avait ni palais ni usines à perdre avec les bombardements de l’aviation ennemie.
 En revanche, de simples casemates d’où sortaient ses combattants ont suffi à ces derniers pour faire des ravages dans les colonnes de tanks israéliens Merkava. Leurs lance-roquettes faciles à manier et à déplacer mais néanmoins redoutables tombaient dans des campements militaires en Israël même. 
Cette guerre de 2006 a calmé les ardeurs de cette armée israélienne qui s’est abstenue, depuis, d’entrer au Liban quand et comme bon lui semblait. Si le «petit territoire» du Hezbollah au Liban fait réfléchir Israël, qu’en est-il de la Syrie installée dorénavant sur le plateau du Golan ayant la vue sur les kibboutz et les bases militaires israéliennes ? Si l’on ajoute son allié iranien lourdement équipé d’armes sophistiquées, il n’est pas difficile de deviner pourquoi Israël mobilise sa diplomatie et pourquoi son armée cherche des parades pour maintenir ses avantages stratégiques. Quand bien même son aviation garde sa suprématie dans les airs, elle n’a plus les moyens de se balader sans risque dans le ciel de la Syrie (DCA plus performante acquise chez son allié russe). Et plus grave encore, comment faire la guerre en territoire ennemi plein de pièges et sans protection de l’aviation ?  Voilà donc les redoutables problèmes militaires et politiques à résoudre. 
Ce sont du reste ces problèmes à la fois militaires et politiques qui font réfléchir le gouvernement israélien avant d’envahir éventuellement Ghaza infiniment plus fragile. 
Les militaires, en bons stratèges, donnent la priorité au front nord syrien car faire la guerre à Ghaza mobiliserait des forces sans réel but militaire et catastrophique sur le plan politique. L’opinion internationale ne comprendrait pas le pourquoi d’une guerre contre une population dans une prison à ciel ouvert, alors que l’on s’abstient d’affronter au nord un ennemi plus «menaçant». 
En vérité, comme toujours, Israël n’écoute pas cette opinion internationale. Il écoute ses généraux qui font leur job de stratèges. Aujourd’hui, ce sont eux qui poussent Netanyahou à calmer le jeu à Ghaza pour qu’ils puissent résoudre la difficile équation stratégique composée de variables inconnues, nombreuses et complexes. Révolu le temps où l’on pouvait détruire toute une aviation égyptienne    stationnée sur un terrain à l’air libre. Fini le temps des agressions sans riposte de l’ennemi.  
La guerre du Liban en 2006 et celle de Syrie depuis 2011 ont changé les données de la guerre. Leurs effets commencent à se faire sentir. Et ce n’est pas la théorie du chaos qui va venir en aide aux partisans de la force brutale. L’éternité si tant est qu’elle existe est un élément aléatoire dans l’art de la guerre et des rapports de force. C’est Giap qui a raison et non Kissinger. Et son élève Trump vit cette vérité avec la Corée du Nord.
A. A.

1) Henry Kissinger, secrétaire d’Etat de Nixon, plus politique que diplomate, ne raisonnait que selon le rapport des forces imposé par la brutalité et la puissance des moyens engagés. Il appliqua sa théorie au Vietnam dont le peuple coriace et résistant a fini par l’obliger à signer la paix quand le «grand» Kissinger pressentit que l’armée américaine allait connaître le sort des Français à Dien Bien Phu.  
2) En contrepartie de l’évacuation du Sinaï, l’Egypte signa un traité de paix avec Israël. Quant à la Syrie, elle refusa de suivre l’exemple de l’Egypte. C’est du reste une des raisons de la guerre actuelle qui a vu Israël aider les «rebelles» pour occuper et garder «éternellement» le Golan.

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