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Saâd Hariri ou le syndrome de Stockholm

Publié par Naoufel Brahimi El Mili
le 03.03.2018 , 11h00
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Par Naoufel Brahimi El Mili
Mercredi, dernier jour de ce mois de février, le journal télévisé saoudien consacre son édition du soir à Saâd Hariri, ancien et de nouveau Premier ministre libanais. Il est reçu par le roi Salman. Devant les caméras, ils boivent le rituel café ensemble, tout sourires. Le roi d’Arabie Saoudite pardonne à son ancien détenu ou bien l’inverse ? Il ne s’agit pas de la clémence d’Auguste mais d’intérêts communs. Sans l’Arabie Saoudite, Saâd Hariri n’est qu’un Premier ministre occasionnel et qui compte bien le rester après les élections législatives libanaises du mois de mai prochain. De leurs côtés, les Saoudiens réalisent leur erreur en forçant Hariri à démissionner, le 4 novembre dernier, et en le détenant prisonnier quelque temps. A l’époque, Thamer Al-Sabhan, ministre des Affaires du Golfe, était en charge du dossier libanais. Son idée était de faire démissionner Hariri qui justifiait son départ «volontaire» de la tête du gouvernement libanais en accusant la mainmise du Hezbollah sur son pays. Le but était de faire soulever les masses sunnites libanaises contre le Hezbollah. Contrairement à son père, Saâd n’a point de charisme. Même les rues de la ville natale de son père, Saida, n’ont pas bougé. Pourtant, cette ville doit beaucoup de choses à Rafik Hariri.
Le plan échoue, pourtant Saâd est resté détenu à Riyadh pendant plus de trois semaines. Et dans quelles conditions ! Au moment où des princes et des milliardaires saoudiens sont emprisonnés dans des suites du prestigieux hôtel Ritz-Carlton, Saâd Hariri est enfermé dans une chambre de service, réservée habituellement au personnel hôtelier. L’humiliation est aggravée par le fait que ce Ritz-Carlton était construit par Saoudi-Ojje, groupe appartenant à la famille Hariri. Mais ce n’est pas très grave pour Saâd, même si le matelas n’est pas confortable la moquette est suffisamment épaisse pour lui assurer un bien-être, fût-il relatif. Le métier de fils à papa est plus reposant que celui de Premier ministre. Pauvre Saâd, fini le bon vieux temps où l’essentiel de son activité était de collectionner des montres et des stylos. Heureusement, Emmanuel Macron, président de la République française, vole au secours de Saâd Hariri et oblige la monarchie wahhabite à libérer un Premier ministre d’un Etat souverain et proche de la France. Mohammed Ben Salman, prince héritier, cède aux pressions françaises mais comme ce n’est pas de sa faute, il dessaisit son ministre Thamer Al-Sabhan du dossier libanais. MBS, pour les intimes, nomme Nizar Alloula «Monsieur Liban». Ainsi, le dossier libanais n’est plus traité au niveau gouvernemental mais par un conseiller du prince héritier. La donne va changer.
Saâd Hariri rentre au Liban, redevient Premier ministre libre de ses mouvements croit-il, jusqu’au lundi 26 février au soir. Cette nuit-là arrive à Beyrouth Nizar Alloula, Monsieur Liban auprès de MBS. Le mardi matin, l’envoyé spécial de Sa Majesté est reçu par le Président libanais, Michel Aoun, pendant huit minutes chrono, le temps que le rituel café refroidisse légèrement et que le sucre se dissout dans le breuvage protocolaire. Ensuite, il est reçu par le président du Parlement libanais. L’un et l’autre jouent la comédie, l’entrevue dure presque une heure. Un chiite proche du Hezbollah qu’a-t-il à dire à un wahhabite très proche de la monarchie saoudienne ? Peu importe. Pour Nizzar Alloula, sa mission est accomplie, il peut quitter le Liban dans l’après-midi. Saâd Hariri, Premier ministre en exercice, est convoqué en Arabie Saoudite le soir même.
En effet, il arrive à Riyadh en temps et en heure. A sa descente d’avion, il n’est accueilli que par Nizar Alloula et par un ministre en charge d’une vague coopération. Les Saoudiens sont grands seigneurs, ils ne logent pas le Premier ministre de la République libanaise au Ritz-Carlton qui ne doit pas évoquer chez leur hôte les souvenirs les plus agréables. Saâd Hariri réside dans un palais mis exclusivement à sa disposition et qui a sans doute été construit par son père, citoyen saoudien. Le Premier ministre doit séjourner pendant trois jours, le temps qu’il comprenne bien sa prochaine mission décidée par MBS, le prince héritier. Devant le tollé provoqué par la détention d’un Premier ministre, l’Arabie Saoudite doit se libérer du poids de cette erreur. En recevant ainsi leur ancien prisonnier, la page est définitivement tournée. Saâd Hariri doit maintenant s’envoler pour Paris, Londres et Washington pour expliquer aux chefs d’Etat les plus puissants du monde occidental que les Saoudiens sont des alliés fiables. La preuve, le 15 mars à Rome, se tiendra une conférence internationale de soutien à l’armée libanaise dont le moment fort sera la remise d’un gros chèque saoudien pour tenter de soustraire l’influence chiite de l’armée libanaise. Aussi, le 6 avril à Paris, se tiendra un sommet consacré aux Etats accueillant des réfugiés syriens, ce qui est le cas du Liban. Là aussi, un très gros chèque saoudien va planer comme un ange qui passe.
N. B. E.-M.

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