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Stop procrastinating ! Stop bashing ! Stop fake news !

Publié par Zineddine Sekfali
le 29.07.2019 , 11h00
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Mille monologues ne font pas un dialogue. Tous les soliloques les plus brillants de nos plus chevronnées guest-stars de la politique ne sauront remplacer le dialogue auquel la sagesse nous convie. Aucun exposé sentencieux de quelque expert en droit constitutionnel interne ou comparé ne pourra nous faire l’économie d’un débat serein sur les voies et moyens    d’aller vers une élection présidentielle propre et honnête. Aucun avis académique d’un quelconque «doctus cum libro» ou de quelque «douktour» ès sciences politique ne pourra se substituer au dialogue inclusif, ni tenir lieu de débat ouvert ni se conclure par des mesures concrètes susceptibles de sortir le pays du bourbier dans lequel on l’a mis. Comme les feuilles mortes de l’automne emportées par le vent, les feuilles de route, autrement dit les programmes politiques pour une sortie de la crise, se ramassent à la pelle. On y trouverait, semble-t-il, de tout : du raisonnable, de l’irréalisable, de la surenchère et du délire... Mais tout compte fait, peu de choses consensuelles. 

Les premières décisions attendues du panel
En tout cas, mettre la charrue devant les bœufs n’a jamais été nulle part le meilleur moyen d’avancer. Le panel ne saurait toutefois se réunir que sur la base d’un ordre du jour clair et précis. Il lui appartient d’élaborer son règlement intérieur. A cet égard, il est essentiel que le panel tranche lui-même la question de savoir si ses décisions doivent être prises «par consensus» ou par «vote» et,  dans ce cas, préciser à quelle majorité. Il devrait être rappelé dans ce règlement intérieur pour éviter tout blocage et autres manœuvres dilatoires, que consensus ne signifie pas unanimité. 
Chaque membre du panel devrait aussi savoir qu’il a la possibilité de faire inscrire sur le procès-verbal de la réunion qu’il a exprimé un avis contraire à la décision prise. Ce droit de faire noter, par écrit, sur le procès-verbal, son avis «contraire à celui des autres» existe dans certaines législations. C’est une fois ces questions de procédure réglées que s’engagera la discussion sur les voies et moyens d’organiser l’élection présidentielle. C’est le panel qui se choisit un président chargé de conduire les débats. C’est celui-ci  qui aura la lourde mission de mettre fin aux dérives et aux palabres oiseuses. On pourrait éventuellement prévoir qu’en cas de partage de voix au moment d’un vote, celle du président est prépondérante : c’est là une autre manière de passer outre les tentatives de blocage. On peut imaginer de permettre au président du panel, si les membres du panel en expriment le souhait, d’entendre lors d’une des réunions, pour avis ou à titre de renseignement, tel ou tel expert en droit constitutionnel, droit des élections, droit administratif... Le panel devra, bien entendu, disposer d’un secrétariat qui devrait ressembler davantage au greffe d’une haute juridiction qu’à un secrétariat administratif traditionnel. 

Pourquoi est-il urgent et prioritaire d’élire un président ?
L’élection d’un président est l’urgence première. Le vaisseau «Algérie» est sans pilote et notre pays est à l’arrêt depuis de longues années. Tout le monde s’en souvient : durant les deux années 2017 et 2018, il flottait sur l’Algérie une lourde ambiance de fin de règne. Gravement déstabilisé, notre pays se débattait au milieu de multiples écueils qui ont pour noms : décomposition politique, instabilité institutionnelle, dérive monarchiste, «totémisation» de la fonction présidentielle avec consécration de la pratique avilissante du culte de la personnalité, népotisme, clanisme, une faillite ajournée — pour combien de mois encore ? — par le recours à quelques expédients dont la redoutable planche à billets et le recours à l’endettement auprès d’institutions financières étrangères, une corruption généralisée, une prédation débridée, de honteuses impostures, une impéritie crasseuse dans tous secteurs à tous les niveaux, des injustices choquantes, des impunités scandaleuses. Pire, on a, soit par simple négligence, soit peut-être à dessein, permis au régionalisme de se requinquer, devenant d’autant plus détestable qu’il est archaïque, sectaire, tribal, voire même dangereusement séparatiste. Dans le même temps, la société algérienne qui n’est sans doute pas sortie indemne — il s’en faut de beaucoup — de la catastrophique décennie rouge a été une fois de plus sommée de choisir entre la permissivité prônée par les «laïcs modernistes» et le rigorisme prêché par les «religieux traditionalistes». Beaucoup de nos compatriotes ont perdu le sens du «juste milieu» que nos aïeux nous ont légué, puis éclatant en confréries et sectes, zaouïas et ahzab, nous nous sommes égarés dans des querelles «byzantines» d’une époque révolue. Notre société ainsi tirée à hue et à dia en est encore à la recherche de son point d’équilibre. Y parviendra-t-elle un jour ? Possible, mais cela prendra du temps. Car la crise profonde qui frappe notre pays est, en plus d’être politique, économique, sociale, culturelle, une crise des valeurs, une crise morale, une crise civique et certains pourront ajouter : une crise de l’unité nationale. Le pénible épisode de l’emblème amazigh, à propos duquel les autorités auraient dû s’adresser au peuple pour le mettre en garde contre les provocateurs, et lui rappeler que cet emblème a été créé en 1968, par l’un des membres les plus extrémistes de l’Académie berbère, association dont le siège social était à Paris, et qui a été dissoute en 1970 par les autorités françaises suite à des pressions diplomatiques algériennes. Cet emblème est réapparu en 1998, lors de la proclamation du Congrès mondial amazigh, qui s’est tenu aux îles Canaries, territoire espagnol. D’après une carte géographique édité par on ne sait quel service ni quel imprimeur, le territoire amazigh tel que fantasmé par ses militants s’étendrait des rives du fleuve Sénégal à la Mauritanie, au Sahara Occidental, aux cinq pays du Maghreb arabe, à l’Égypte, au Tchad, au Niger, au Mali, à tout le Sahel puis aux îles Canaries situées au large des côtes marocaines. Ce territoire est plus étendu que celui de l’Empire almohade et celui du Maghreb arabe uni. Ce n’est point un hasard si l’emblème de cette entité territoriale, culturelle et politique est à un détail près celui du MAK qui a un gouvernement en exil en France ! Le soufflé de l’emblème amazigh s’est fort heureusement rapidement retombé, après les interpellations de quelques militants particulièrement excités et leur présentation devant le procureur territorialement compétents, 

De quelques boîtes de Pandore
En tout cas, il n’est certainement pas pertinent, sous prétexte de changer de Constitution, d’ouvrir hic et nunc les boîtes de Pandore de l’identité nationale, de la langue, de la religion de l’Etat, du statut de la femme, des missions et du rôle de l’ANP, du présidentialisme, du bicaméralisme, des attributions du chef du gouvernement, de la séparation des pouvoirs, de l’équilibre des pouvoirs.... 
Rouvrir les débats sur ces thèmes ô combien clivants, c’est permettre à certains de faire un retour sur la scène politique, en ramenant dans leurs bagages les passions tristes, les tensions dures et les divisions mortifères qui ont jadis violemment opposé les Algériens baâthistes et les Algériens berbéristes. On ne va pas passer notre vie à ressasser les vieilles antiennes et lubies du passé ! L’Algérie n’est pas la Libye : il n’y a pas des armées, des milices, deux Parlements, deux gouvernements, des combats tribaux et confessionnels, la Cyrénaïque qui bombarde la Tripolitaine ou le Fezzan et inversement. On ne peut imaginer qu’une ville conclue un traité ou un accord de non-agression avec une autre ville du même pays. L’Algérie est un pays unitaire, décentralisé. La nation est une et indivisible. 
Nous nous disons Algériens, originaires de telle ou telle ville ou wilaya. Nous ne nous présentons pas à nos interlocuteurs étrangers comme Arabes, Kabyles, Chaouis, Mozabites, ou Targuis. Nous ne sommes pas une confédération de tribus ni un conglomérat de confréries. Nous sommes un pays organisé en collectivités locales décentralisées et circonscriptions administratives régies par les mêmes codes, lois et règlements et soumis aux mêmes autorités centrales. Notre ANP est chez elle partout sur le territoire nationale.

«Perdez tout espoir, vous qui y entrez !»
Par ailleurs, il est incompréhensible, qu’à l’occasion de la grande opération  «mani pulite» à l’algérienne, déclenchée il y a trois mois environ, des voix s’élèvent de-ci de-là pour dénoncer la manipulation de la justice par le pouvoir exécutif, alors qu’il ne fait point de doute que nos juges et procureurs ont repris, soutenus en cela par le hirak populaire et protégés par l’ANP, le plein exercice de leurs missions et attributions constitutionnelles et légales. Ils ont d’ores et déjà envoyé en prison une bonne partie de «la bande», en laissant entendre à ceux-ci et à ceux qui vont incessamment les rejoindre en détention : «Lasciate ogni speranza voi che entrate» (citation tirée de la Divine Comédie de Dante Alighieri (XIIIe-XIVe siècle). L’institution judiciaire que les ex-gouvernants avaient transformée jadis en un service subalterne et soumis est en train de récupérer sa dignité et son honneur. Ne la fragilisons pas, en lançant contre elle des accusations aussi infondées que nauséabondes. Il s’est en effet produit une incontestable prise de conscience, tant chez le peuple, au sein du pouvoir exécutif que chez les magistrats, de l’indispensable indépendance de la justice. 
La Constitution ne proclame-t-elle pas que le juge n’obéit qu’à la loi ? Comment peut-on se proclamer fervent défenseur de l’Etat de droit et persister à accuser les juges de partialité et de servilité envers le pouvoir exécutif ? Comment des juristes spécialisés dans la défense des délinquants de toutes catégories peuvent-ils amalgamer des concepts aussi différents que celui d’atténuation de responsabilité (circonstances atténuantes) avec celui de causes d’irresponsabilité (démence, contrainte majeure, légitime défense) et la mettre en demeure d’élargir sans jugement telle ou telle
personne ? Comment peut-on en se disant juriste respectueux de la lettre et de l’esprit de la loi revenir au temps de la justice réduite à l’état servile et soumise aux desiderata  de ces princes «sans noblesse» qui ont tenu dans leurs mains sales ce pays et son peuple innocents de toutes leurs turpitudes ? Ceux qu’on envoie en détention préventive ou ceux qu’on inculpe en les mettant sous contrôle judiciaire sont juridiquement présumés innocents tant qu’ils ne sont pas condamnés par un jugement définitif, ils ne sont pas pour autant blancs comme neige. Quand on découvre chez l’un d’entre eux une chambre remplie de liasses de billets de banque, il y a au contraire de sérieuses présomptions de culpabilité. Pour en finir avec la «bande» et la justice, je me permettrais de rappeler ici ces mots de la philosophe et humaniste, farouchement anticolonialiste, Simone Weil (1909-1943), qui a, il importe de le rappeler, défendu Messali Hadj, poursuivi en justice durant son exil en France. Elle avait écrit ceci, à propos de l’honnêteté exigée des hommes publics : «Il faut que le crime d’improbité envers l’Etat des hommes publics soit effectivement puni plus sévèrement que le vol à main armée.»  Il n’est en effet ni juste ni équitable qu’on passe par les armes un voyou qui attaque à main armée une banque ou une bijouterie, et qu’on ne condamne qu’à dix ou vingt années de prison susceptibles d’aménagements et de remises partielles «un col blanc» qui, profitant de ses fonctions, détourne et dilapide des milliards de dinars, propriété de la collectivité nationale. C’est même franchement quelque chose de scandaleux !

Hommages
Les remous et les soubresauts de 2017-2018, mentionnés ci-dessus, n’étaient rien d’autre en vérité que des signes annonciateurs des bouleversements révolutionnaires internes qui se déroulent aujourd’hui, sous nos yeux. C’est un fait pourtant incontestable que depuis les premières grandioses manifestations populaires de cette année, et en dépit de l’apparente ambiance festive de la plupart des marches du Hirak qui ont eu lieu du mois de février au mois de juillet à Alger et dans la plupart des chefs-lieux de wilaya, l’Algérie s’est trouvée plus d’une fois au bord du drame. On doit à cet égard convenir que sans, d’une part, l’inébranlable volonté du Haut Commandement militaire de l’ANP de défendre la pérennité de l’Etat, l’unité de la Nation ainsi que l’intégrité du territoire de la République, et sans, d’autre part, la ferme résolution des autorités compétentes en la matière de sécurité intérieure, de maintenir contre vents et marées l’ordre public et la sécurité des personnes et des biens, il y a eu plus d’une fois de sérieux risques d’émeutes, d’insurrections, d’actions séditieuses ou factieuses, comme l’auraient souhaité, semble-t-il, certains comploteurs et aventuriers. Au demeurant, on ne rendra jamais assez hommage à la sagesse de l’immense majorité des citoyens qui n’ont pas cédé aux chants des sirènes des aventuriers et des comploteurs, nous évitant ainsi de connaître de nouveau les affres d’une autre sanglante guerre civile. Cette prise de conscience citoyenne est, de mon point de vue, le plus grand acquis de cette révolution populaire pacifique. 

Conclusion. Je conclurais en rappelant qu’il y a 9 siècles, le célèbre penseur arabo-andalou Ibn Rochd (l’Averroès du monde occidental), a dit ceci : «Le pouvoir est une forme de folie. Certains sont prêts à tout pour l’obtenir.» 
Son avertissement reste d’actualité ! Qu’Allah nous préserve des fous du pouvoir, qui n’aspirent qu’à piller le pays et asservir son peuple.
Z. S.

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